Critique Ciné : 72 heures (2026, Netflix)

Critique Ciné : 72 heures (2026, Netflix)

72 heures // De Tim Story. Avec Kevin Hart, Marcello Hernández et Mason Gooding.

 

Sur le papier, retrouver Kevin Hart dans une comédie Netflix n’a plus rien de très surprenant. On connaît la formule : une dose d’énergie débordante, un pitch taillé pour le grand public et un rythme pensé pour accrocher l’attention dès les premières minutes. Avec 72 heures, Tim Story tente de connecter l'acteur au public d'aujourd'hui en le parachutant au milieu d'un groupe de jeunes de vingt ans lors d'un enterrement de vie de garçon à Miami. Si le point de départ laissait espérer un choc des générations un peu affûté, le film s'épuise malheureusement très vite, victime d'une écriture en panne d'inspiration.

 

Un cadre de 40 ans espère sauver sa carrière en se joignant à un groupe de jeunes de 20 ans pour un enterrement de vie de garçon de trois jours.

 

En tant que critique, je cherche toujours ce petit déclic qui fait décoller une comédie, cette étincelle de folie ou ce mot d'esprit qui sort du lot. Ici, l'idée de départ tient la route pendant une petite vingtaine de minutes. Voir Joe, ce publicitaire de quarante ans complètement largué, tenter de comprendre les codes des jeunes pour sauver sa carrière professionnelle offre quelques moments amusants. Kevin Hart fait du Kevin Hart, mais il le fait bien : son timing comique reste précis, son expressivité fonctionne et il apporte cette panique visuelle qu'il maîtrise sur le bout des doigts. Le problème, c'est que le film abat toutes ses cartes beaucoup trop tôt. Dès que la bande pose ses valises à Miami, la satire générationnelle laisse place à une mécanique bien trop prévisible. 

 

Au lieu de creuser les décalages culturels ou d'offrir un vrai regard amusé sur notre époque, le scénario préfère aligner les clichés. On bascule instantanément dans la comédie d'excès classique : alcool, drogues, blagues physiques, quiproquos prévisibles et hurlements en tout genre. Ce genre d'humour peut fonctionner quand il est porté par une vraie inventivité, mais 72 heures se contente de recycler ce que le cinéma américain nous sert depuis des années. L'impression de revoir une version édulcorée et sans grande saveur de films comme Very Bad Trip devient vite pesante. Le cadre de Miami apporte certes un vrai confort visuel. Les plages, les couleurs vives et l'ambiance estivale offrent une jolie carte postale qui détend l'œil, mais cela ne suffit pas à masquer la pauvreté du récit. 

 

Tim Story enchaîne les scènes de fête sans jamais réussir à créer une véritable progression dramatique. On a le sentiment d'assister à une suite de sketchs indépendants collés les uns aux autres plutôt qu'à une histoire construite. Il se passe constamment quelque chose à l'écran, mais rien ne fait avancer les personnages de manière intéressante. Ce manque de substance devient particulièrement évident en raison de la durée du film. Étirer une idée aussi mince sur près d'une heure quarante-cinq s'avère être une erreur stratégique. Plusieurs séquences semblent être là uniquement pour meubler le temps, ce qui casse régulièrement le rythme. 

 

L'intégration tardive d'une sous-intrigue criminelle illustre parfaitement ce tâtonnement : plutôt que d'injecter de la tension ou un second souffle, cette péripétie absurde alourdit inutilement une intrigue qui peinait déjà à garder le cap. Côté distribution, le film repose presque intégralement sur les épaules de Kevin Hart. Il faut lui reconnaître une chose : l'acteur se donne à fond. Il injecte une vivacité constante qui sauve l'ensemble du naufrage complet et parvient à rendre son personnage attachant malgré la légèreté de l'écriture. Autour de lui, en revanche, c'est le désert habillé. Les jeunes membres de cette virée nocturne manquent cruellement de relief. Ils sont réduits à des fonctions purement mécaniques et s'effacent derrière les gags. 

 

Seul Marcello Hernandez tire son épingle du jeu grâce à un naturel rafraîchissant dans ses répliques avec Hart, mais le script ne lui donne pas suffisamment d'espace pour exister sur la durée. Même la dimension émotionnelle du récit tombe un peu à plat. La prise de conscience de Joe sur le temps qui passe, le besoin d'accepter son âge et l'importance de la solidarité restent de simples intentions théoriques. Ces thèmes sont traités avec une superficialité déconcertante, constamment étouffés par la surenchère de gags potaches. En fin de compte, 72 heures ressemble davantage à un concept étiré qu'à un vrai projet de cinéma. C'est le type même de production calibrée pour le streaming : un divertissement poli, visuellement agréable, mais dépourvu de vraie personnalité. 

 

Ce n'est pas un désastre absolu dans la mesure où Kevin Hart arrache quelques rires et que la réalisation reste propre, mais le sentiment de gâchis prédomine. On était en droit d'attendre une comédie plus percutante et mieux articulée sur les fossés générationnels. Au lieu de cela, Netflix nous livre un film tiède qui s'oublie pratiquement au moment où le générique de fin commence à défiler.

 

Note : 4/10. En bref, 72 heures ressemble davantage à un concept étiré qu'à un vrai projet de cinéma. C'est le type même de production calibrée pour le streaming : un divertissement poli, visuellement agréable, mais dépourvu de vraie personnalité. 

Sorti le 24 juillet 2026 directement sur Netflix

 

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