5 Février 2026
Ella McCay // De James L. Brooks. Avec Emma Mackey, Jamie Lee Curtis et Woody Harrelson.
Avec Ella McCay, James L. Brooks signe son retour derrière la caméra après une longue absence. Quinze ans sans long métrage, c’est beaucoup, et malheureusement, cela se ressent à chaque minute du film. Présenté comme une comédie politique teintée de drame familial, Ella McCay donne surtout l’impression d’un projet daté, maladroit, et incapable de choisir une direction claire. Le résultat ressemble à un film resté coincé au début des années 2000, ressorti trop tard et sans réelle mise à jour. L’histoire suit Ella McCay, femme politique sur le point d’accéder au poste de gouverneure.
Une jeune femme idéaliste tente de jongler entre sa vie personnelle et professionnelle dans une comédie sur les gens qu’on aime et sur la façon dont on doit composer avec les épreuves qu’ils peuvent placer sur notre chemin…
Alors que sa carrière semble enfin décoller, une menace jugée sérieuse par le scénario plane sur son avenir : un possible écart personnel qui pourrait ruiner sa crédibilité. En parallèle, Ella doit gérer une situation familiale envahissante, composée d’un père problématique, d’un frère replié sur lui-même et d’un mariage déjà bien fissuré. Tout se déroule sur une période très courte, ce qui, paradoxalement, n’apporte ni tension ni rythme à l’ensemble. Le principal problème de Ella McCay, c’est l’absence d’enjeux crédibles. Le film tente de faire croire que la carrière politique de son héroïne peut s’effondrer pour une affaire dérisoire, dans un univers pourtant réputé pour tolérer bien pire.
Difficile d’adhérer à cette idée, encore plus dans un contexte politique contemporain où les scandales réels dépassent largement ce que le film ose montrer. Cette menace centrale, censée maintenir l’intérêt, tombe rapidement à plat. Le scénario s’éparpille ensuite dans une multitude de sous-intrigues. La vie professionnelle d’Ella se divise déjà en plusieurs fils narratifs, auxquels s’ajoutent son mariage, son frère, son père, son garde du corps et divers personnages secondaires qui apparaissent puis disparaissent sans réelle utilité. Certains arcs narratifs semblent exister uniquement pour donner quelque chose à faire aux acteurs, sans jamais nourrir le propos principal.
Le film donne parfois l’impression d’une série de scènes juxtaposées plutôt qu’un récit construit. Le personnage du frère, par exemple, n’apporte que très peu à l’histoire globale, malgré une scène isolée plutôt réussie. Quant au père, incarné par Woody Harrelson, il oscille entre caricature et agacement permanent. Présenté comme un homme irresponsable et envahissant, il ne provoque ni empathie ni amusement. Son rôle paraît forcé, presque décoratif. À force de multiplier ces figures secondaires, Ella McCay perd de vue ce qui aurait pu faire sa force : le parcours politique et intime de son personnage principal. Sur le plan du ton, le film est un vrai casse-tête.
Ella McCay hésite constamment entre comédie, drame, satire politique et chronique familiale. Le problème, c’est que ces registres ne s’accordent jamais vraiment. Certaines scènes se veulent légères, presque burlesques, quand d’autres cherchent une gravité artificielle. Cette instabilité empêche toute immersion. Les acteurs eux-mêmes semblent parfois perdus, jouant des personnages aux réactions disproportionnées par rapport aux situations. Le casting est pourtant solide. Jamie Lee Curtis porte le film sur ses épaules avec un professionnalisme évident. Elle fait ce qu’elle peut avec un personnage écrit de manière très rigide, souvent moralisateur, parfois agaçant.
Ella McCay est présentée comme droite, intègre, presque trop sûre de sa propre vertu, ce qui rend difficile toute identification. Curtis apporte du sérieux et une certaine énergie, mais le scénario sabote régulièrement ses efforts. Woody Harrelson, de son côté, semble surtout là pour apporter un peu de relief, sans jamais y parvenir pleinement. Son personnage de père volage et pathétique manque de nuances. Les autres membres du casting sont largement sous-exploités, réduits à des fonctions narratives sans profondeur. Seul le chauffeur d’Ella, étonnamment, apparaît comme un personnage vaguement attachant, ce qui en dit long sur l’équilibre général du film.
La mise en scène est à l’image du reste : molle, prudente, sans aucune audace. Tout est filmé de manière très sage, presque scolaire. Aucun plan ne marque vraiment la rétine, aucune scène ne décolle. L’ensemble est si lisse qu’il en devient soporifique. Le montage n’aide pas non plus, accentuant cette impression de désordre narratif. Certaines intrigues sont abandonnées sans explication, d’autres reviennent de façon insistante alors qu’elles n’ont rien à dire. Au fond, Ella McCay donne le sentiment d’un film qui ne sait pas ce qu’il veut raconter. Il évoque la pression politique, les sacrifices personnels, le poids de la famille, mais sans jamais creuser un axe précis.
Les thèmes sont survolés, répétés, puis laissés en suspens. Le spectateur peine à comprendre le message, s’il y en a un. La satire politique annoncée reste très timide, presque inexistante. Ce qui ressort surtout, c’est une impression d’ennui. Le film est long, bavard, et rarement engageant. Même les rares scènes qui fonctionnent sont rapidement étouffées par un récit confus. Ella McCay n’est pas totalement catastrophique, mais il accumule trop de défauts pour convaincre. Trop de personnages inutiles, trop de sous-intrigues, pas assez de vision.
Note : 3/10. En bref, Ella McCay ressemble à un projet dépassé, porté par un casting qui mérite mieux. Un film qui aurait peut-être trouvé sa place il y a vingt ans, mais qui aujourd’hui paraît déconnecté, maladroit et sans réel impact. Une curiosité tiède, qui laisse surtout l’impression d’un rendez-vous manqué.
Sorti le 26 janvier 2026 directement en VOD
Ella McCay devait sortir au cinéma le 7 janvier 2026 en France. L’échec cuisant du film au box-office américain a eu raison de sa sortie cinéma en France.
Sorti le 5 février 2026 directement sur Disney+
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