5 Janvier 2026
L’Âme Idéale // De Alice Vial. Avec Jonathan Cohen, Magalie Lépine Blondeau et Florence Janas.
L’Âme Idéale n’est pas le genre de film que l’on regarde distraitement. Dès les premières minutes, quelque chose s’installe, une atmosphère particulière, à la fois douce et un peu troublante. Alice Vial signe ici un premier long métrage qui navigue entre romance, fantastique et réflexion sur la mort, sans chercher à en faire trop. Le résultat est imparfait, parfois attendu, mais sincère, et surtout porté par un duo d’acteurs qui donne envie d’y croire. Jonathan Cohen et Magalie Lépine-Blondeau sont clairement le cœur battant du film. Leur relation fonctionne parce qu’une vraie complicité se ressent à l’écran. Les échanges paraissent naturels, même quand le récit flirte avec l’irréel.
Elsa, 40 ans, célibataire, a renoncé aux histoires d’amour. Un don un peu spécial la garde à distance des autres : elle peut voir et parler aux morts. Pourtant un soir elle rencontre Oscar, un homme drôle et charmant, qui lui fait espérer à nouveau que tout est possible. Mais au moment où elle commence enfin à tomber amoureuse, Elsa réalise que leur histoire n’est pas aussi réelle que ce qu’elle pensait…
Cette alchimie rend l’histoire crédible et permet au spectateur de s’attacher aux personnages, malgré un scénario qui ne surprend pas toujours. Voir Jonathan Cohen dans un registre plus posé est plutôt agréable. Habitué aux rôles comiques très marqués, il montre ici une autre facette, plus retenue, sans renier totalement ce qui fait son charme. Quelques répliques viennent alléger l’ensemble, et tombent souvent juste. Ce n’est pas un contre-emploi radical, mais une variation intéressante qui apporte un équilibre entre gravité et légèreté. Face à lui, Magalie Lépine-Blondeau confirme tout le bien que son précédent travail pouvait laisser espérer.
Après Simple comme Sylvain, elle s’impose encore une fois comme une actrice très juste, capable de faire passer beaucoup d’émotions sans en rajouter. Son jeu est spontané, lumineux, et surtout très incarné. Le détail qui surprend agréablement reste l’absence totale d’accent, au point d’en oublier ses origines québécoises. Sa présence à l’écran donne clairement une identité au film, et donne envie de la revoir dans d’autres projets français. Sur le fond, L’Âme Idéale parle avant tout de ceux qui restent. La mort est là, omniprésente, mais jamais traitée comme un simple prétexte dramatique. Le film s’intéresse davantage à ce que l’absence provoque chez les vivants, à la manière dont il faut continuer à avancer malgré tout.
Ce thème, pourtant souvent abordé au cinéma, trouve ici une approche plus intime, presque quotidienne. Le récit invite à savourer la vie, à regarder autrement les instants que l’on croit acquis. Sans jamais donner de leçon, le film suggère que chaque moment compte, surtout quand il est partagé. Cette idée traverse le long métrage de bout en bout et crée une émotion progressive, qui s’installe sans brutalité. Difficile de rester complètement détachée face à certaines scènes, tant elles parlent à quelque chose de très universel. L’aspect fantastique, discret mais présent, évoque forcément d’autres films du genre comme Ghost ou Sixième Sens. La comparaison vient naturellement, mais L’Âme Idéale ne cherche pas à les imiter frontalement.
Le fantastique sert ici de point d’appui au récit, sans prendre toute la place. Cette touche irréelle permet d’aborder la mort avec un peu de distance, tout en restant ancrée dans une réalité émotionnelle très concrète. Le temps passe vite devant le film. Malgré quelques longueurs et un rythme parfois inégal, l’ensemble reste engageant. L’émotion monte par petites vagues, jusqu’à toucher là où ça fait mal. Impossible de nier l’effet de certaines scènes, pensées pour émouvoir, et qui remplissent leur mission sans tomber systématiquement dans la facilité. Un vrai regret cependant : le fameux retournement de situation est beaucoup trop mis en avant dans la bande-annonce. Ce choix marketing enlève une part de surprise qui aurait pu renforcer l’impact du film.
Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore vu, le meilleur conseil reste d’éviter les images promotionnelles autant que possible. L’expérience n’en sera que plus forte. Cela dit, même en connaissant cette information à l’avance, le plaisir de visionnage reste intact. L’émotion ne repose pas uniquement sur ce twist, mais sur la relation entre les personnages et sur ce qu’ils traversent. Le film réussit à créer une parenthèse, un moment suspendu, où l’on se laisse porter par les sentiments. L’Âme Idéale n’est pas un film parfait, ni une révolution du genre. Certaines facilités scénaristiques sont visibles, et le chemin emprunté par l’histoire est parfois prévisible.
Pourtant, l’ensemble fonctionne grâce à une intention claire et à une vraie douceur dans le regard porté sur ses personnages. Ce premier long métrage d’Alice Vial montre une réalisatrice attentive aux émotions, qui préfère la sincérité à l’esbroufe. Entre comédie romantique et conte fantastique, L’Âme Idéale trouve un équilibre fragile mais touchant. Un film qui parle d’amour, de perte et de ce lien invisible qui continue d’exister, même quand tout semble fini. En sortant de la séance, une chose reste en tête : l’envie de profiter davantage du présent. Et rien que pour cela, L’Âme Idéale mérite qu’on s’y attarde.
Note : 6/10. En bref, un film entre absence et attachement, porté par un duo qui touche juste.
Sorti le 17 décembre 2025 au cinéma
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