Critique Ciné : Un page après l'autre (2026)

Critique Ciné : Un page après l'autre (2026)

Une page après l’autre // De Nick Cheuk. Avec Lo Chun Yip, Ronald Cheng et Hanna Chan.

 

Avec Une page après l’autre, le cinéaste hongkongais Nick Cheuk signe un premier long métrage qui s’attaque à un sujet délicat : la santé mentale des adolescents et la pression scolaire qui pèse sur eux. Le film ne cherche pas à choquer gratuitement ni à faire de grandes démonstrations. Il avance doucement, parfois trop, mais avec une sincérité évidente et une vraie attention portée à ses personnages. L’histoire démarre sur un événement brutal. Une lettre aux accents suicidaires est retrouvée dans un établissement scolaire. Un professeur, Cheng, décide d’en retrouver l’auteur. À première vue, le film semble emprunter les codes du thriller ou du film d’enquête. Mais très vite, cette piste devient secondaire. 

 

Suite à la découverte d’une lettre de suicide, un enseignant se lance à la recherche de l’élève qui aurait pu l'écrire. Cette enquête le replonge alors dans son propre passé.

 

Ce qui intéresse Nick Cheuk n’est pas de résoudre une énigme, mais d’explorer ce que cette lettre fait ressurgir chez ceux qui la lisent. L’enquête n’est qu’un point d’entrée vers quelque chose de plus intime. Une page après l’autre parle avant tout d’absence. L’absence d’écoute, l’absence de mots, l’absence de gestes simples qui auraient pu empêcher certaines blessures de s’installer. À travers le personnage du professeur Cheng, le film interroge la responsabilité des adultes dans un système éducatif obsédé par les résultats. Cheng n’est pas présenté comme un mauvais enseignant. Au contraire, il semble sincèrement concerné par ses élèves. Mais il porte aussi ses propres failles, ses regrets et un passé qu’il n’a jamais vraiment affronté.

 

Le récit alterne entre présent et souvenirs, multipliant les flashbacks et les voix off. Ce genre de procédés peut facilement alourdir un film, mais ici, ils trouvent plutôt leur place. Ils permettent de faire sentir le poids du passé et la manière dont certaines blessures d’enfance continuent d’influencer les adultes que l’on devient. Le montage n’est pas toujours limpide, et certaines transitions peuvent déstabiliser, mais cette construction fragmentée reflète aussi l’état intérieur des personnages. Le personnage d’Eli, un élève en grande difficulté, est au cœur du film. Il incarne cette jeunesse laissée seule face à des attentes trop grandes pour elle. Eli ne sait pas comment exprimer ce qu’il ressent. 

 

Il intériorise, se culpabilise, se réfugie dans la lecture d’un manga qui lui offre quelques phrases d’encouragement, presque comme un soutien de fortune. Ces détails donnent au personnage une vraie épaisseur et évitent les caricatures. Le film montre avec justesse le fossé entre les générations. Les adultes parlent de réussite, d’avenir, de performance, pendant que les plus jeunes tentent simplement de tenir debout. Les parents, souvent absents ou maladroits, ne sont pas montrés comme des monstres, mais comme des figures dépassées par un système qu’ils perpétuent parfois sans le remettre en question. Cette nuance rend le propos plus crédible et plus touchant. 

 

Une scène en particulier résume bien l’esprit du film : celle où Eli joue du piano avec sa professeure, chacun utilisant une main pour composer ensemble une mélodie simple. Ce moment suspendu, sans grands discours, montre ce que peut être une vraie écoute. Ce sont ces instants rares, presque fragiles, que Une page après l’autre met en valeur. Ils ne résolvent pas tout, mais ils offrent un peu d’air dans un récit étouffant. La direction d’acteurs est l’un des points forts du film. Lo Chun-Yip incarne le professeur Cheng avec beaucoup de retenue. Son jeu repose sur les silences, les regards, les gestes inachevés. Il donne au personnage une humanité palpable, loin des figures d’enseignants figées que l’on voit souvent au cinéma. 

 

Le jeune Sean Wong impressionne également par la justesse de son interprétation. Il parvient à exprimer une détresse profonde sans jamais en faire trop. Le reste du casting est solide et bien dirigé, y compris les rôles secondaires et les enfants. La mise en scène, en revanche, reste assez sage. Nick Cheuk privilégie une approche discrète, parfois trop. Certaines scènes auraient gagné à être plus audacieuses visuellement ou plus resserrées. Le montage peut sembler laborieux par moments, ce qui nuit légèrement à l’immersion. Le film demande de l’attention et ne cherche pas à faciliter la tâche du spectateur. Malgré ces limites, Une page après l’autre touche par son honnêteté. 

 

Le film ne donne pas de solutions miracles. Il ne prétend pas comprendre totalement le suicide chez les jeunes, ni apporter de réponses définitives. Son message est simple : prendre soin des autres, surtout des plus fragiles. Écouter avant de juger. Accompagner plutôt que pousser. Le titre prend alors tout son sens. Il ne s’agit pas d’oublier ni de “tourner la page”, mais d’accepter de les lire une par une, même celles qui font mal. Le film invite à vivre avec ses cicatrices plutôt qu’à les nier. Une page après l’autre est un film imparfait, parfois maladroit, mais profondément humain. Il aborde un sujet difficile avec pudeur et sensibilité, sans forcer l’émotion. 

 

Note : 6.5/10. En bref, une œuvre discrète, qui mérite d’être découverte, même si sa diffusion reste malheureusement très confidentielle dans notre pays. 

Sorti le 21 janvier 2026 au cinéma

 

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