5 Février 2026
Mob Cops // De Danny A. Abeckaser. Avec David Arquette, Kevin Connolly et Danny A. Abeckaser.
Il fut un temps où le film de mafia savait au moins faire semblant. Même fauché, même bancal, il avait une ambiance, une tronche, un minimum de tenue. Mob Cops, lui, semble venir d’un univers parallèle où le cinéma criminel n’a jamais vraiment existé, seulement vaguement aperçu à travers des extraits YouTube mal encodés. Le résultat ? Un objet filmique aussi pénible que confus, qui donne l’impression d’avoir été tourné à la va-vite entre deux réunions mal préparées, avec l’ambition démesurée de rivaliser avec des références qu’il ne comprend manifestement pas.
Deux flics corrompus de la police de New York sont poursuivis par un détective afin de les traduire en justice.
Le point de départ est pourtant vendeur : deux flics new-yorkais corrompus, liés à la mafia, poursuivis des années plus tard par un enquêteur déterminé. Une histoire inspirée de faits réels, donc déjà écrite par la réalité elle-même. Il suffisait de regarder, d’écouter, de laisser les situations respirer. Mob Cops choisit l’option inverse : tout expliquer, tout commenter, tout surligner, comme si le spectateur risquait de se perdre à la moindre ellipse. Résultat : une voix off omniprésente qui débite des informations à la chaîne, jusqu’à donner l’impression d’assister à un exposé PowerPoint sur la corruption policière. Le film ne montre presque rien. Il raconte. Il répète. Il insiste. Il revient en arrière. Il saute dans le temps sans prévenir.
Les années 80 et les années 2000 se mélangent dans une bouillie narrative où la seule chose constante, c’est l’ennui. Le montage, ultra-haché, semble paniqué à l’idée de laisser une scène durer plus d’une minute. À croire qu’aucun acteur n’était capable de tenir un plan sans sortir du personnage. Parlons-en, des acteurs. David Arquette en flic véreux censé faire peur, c’est déjà une proposition audacieuse. Mais Mob Cops pousse l’expérience encore plus loin en lui donnant une moustache improbable et un jeu oscillant entre le malaise et la parodie. Chaque regard appuyé, chaque phrase dite avec gravité donne l’impression qu’il joue dans un sketch involontaire.
Son partenaire, interprété par Jeremy Luke, compense en surjouant tout ce qu’il peut : les colères, les menaces, l’ego. Le résultat n’est pas intimidant, juste bruyant. Quant au héros-enquêteur, incarné par le réalisateur lui-même, difficile de faire plus neutre. Présenté comme le pilier moral du récit, il traverse le film sans jamais dégager la moindre intensité. Son implication personnelle est racontée, jamais ressentie. Même la douleur d’une mère ayant perdu ses fils, pourtant centrale à l’intrigue, reste à l’état de concept abstrait. Mais le véritable clou du spectacle reste la photographie. Rarement un film aura donné l’impression d’être aussi visuellement abandonné.
L’éclairage est tantôt grisâtre, tantôt agressivement plat, sans cohérence ni intention visible. Certaines scènes ressemblent à des épisodes oubliés d’une série policière générique planquée au fond du catalogue Rakuten TV, celles que personne ne lance volontairement mais qui se retrouvent en lecture automatique à 3 heures du matin. Décors recyclés, arrière-plans sans âme, cadres étriqués : Mob Cops n’a tout simplement pas l’air d’un film de cinéma. Le manque de budget est évident, mais ce n’est pas une excuse. D’autres films ont fait mieux avec moins. Ici, chaque économie devient un défaut visible. Les mêmes lieux reviennent sans logique. Une scène censée se dérouler à Las Vegas ressemble étrangement à une ruelle new-yorkaise déjà vue plus tôt.
Les erreurs de continuité s’accumulent, comme cette scène où une balle traverse une vitre entrouverte sans jamais la briser. Le souci du détail n’a manifestement jamais été invité sur le tournage. Les dialogues, eux, semblent avoir été écrits en suivant un manuel intitulé Scénariste pour les Nuls. Insultes mécaniques, menaces creuses, phrases pseudo-cool qui tombent à plat. Chaque conflit se règle en une réplique lourde, comme si le scénario avait peur de laisser une situation évoluer. À force de vouloir imiter les codes du genre sans en saisir la substance, Mob Cops devient une caricature de ce qu’il prétend être. Les personnages féminins n’échappent évidemment pas au traitement minimum syndical.
Épouses criardes, mères en souffrance, silhouettes utilitaires sans aucune épaisseur. Elles existent pour rappeler que les hommes font des choix, souvent mauvais, pendant qu’elles subissent en arrière-plan. Rien de nouveau, rien d’intéressant, rien de crédible. Le film tente parfois de se donner une importance dramatique en multipliant les scènes de torture, les discussions dans des restaurants italiens mal éclairés, les réunions de gros durs qui parlent fort. Mais sans tension, sans mise en scène, sans écriture, tout cela ressemble à une suite de clichés en roue libre. Même la musique, envahissante et mal dosée, semble vouloir forcer une émotion qui ne vient jamais.
Le plus ironique dans tout ça, c’est que Mob Cops dure à peine plus de 80 minutes, et parvient pourtant à sembler interminable. Le temps s’étire à mesure que les scènes se succèdent sans impact, sans progression, sans enjeu réel. Lorsqu’un semblant d’intrigue intéressante émerge enfin dans le dernier acte, il est déjà trop tard pour s’en soucier.
Note : 0/10. En bref, Mob Cops donne l’impression d’un projet persuadé que le simple fait de parler de mafia suffit à faire un film de gangsters. Comme si aligner des insultes, des flingues et des noms vaguement italiens pouvait remplacer une mise en scène, une écriture ou une vision. Ce n’est ni un plaisir coupable, ni un ratage fascinant. Juste un film laid, mal fichu, et pénible.
Sorti le 5 février 2026 directement sur Paramount+
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