6 Février 2026
Una Figlia // De Ivano De Matteo. Avec Stefano Accorsi, Ginevra Francesconi et Michela Cescon.
Avec Una figlia, Ivano De Matteo poursuit son exploration des failles familiales et des drames intimes. Le cinéaste italien, déjà remarqué pour Mia, s’intéresse ici à une relation père-fille brisée par un acte irréparable. Le film s’ouvre sur un conflit domestique banal, presque étouffant, avant de basculer dans une tragédie qui marque durablement tous les personnages. Sur le papier, le sujet est fort. À l’écran, le résultat reste touchant, mais inégal. L’histoire se déroule à Rome, dans un quartier bourgeois. Sofia, 17 ans, vit avec son père Pietro, agent immobilier, et Chiara, la nouvelle compagne de ce dernier.
Pietro élève seul sa fille Sofia depuis la mort de sa femme. Quand, après quelques années, il tente de refaire sa vie avec une nouvelle compagne, tout ne se passe pas comme il l'avait rêvé : la réaction de sa fille est explosive et Pietro sera mis à rude épreuve.
La mère de Sofia est morte cinq ans plus tôt, et ce deuil mal digéré empoisonne la vie familiale. Sofia supporte mal la présence de Chiara, qu’elle considère comme une intruse ayant pris la place de sa mère. Le film installe cette tension dès la première scène, sans insister lourdement, mais avec une efficacité certaine. Une nuit, Sofia erre dans la maison, insomniaque, hantée par ses pensées. Elle entend son père et Chiara faire l’amour. Cette scène suffit à faire comprendre que quelque chose est profondément déréglé dans l’équilibre familial. Peu après, une dispute éclate dans la cuisine. Elle dégénère brutalement. Sofia poignarde Chiara. La jeune femme meurt.
Le geste est soudain, presque sec, et laisse le spectateur abasourdi. Una figlia ne s’attarde pourtant pas sur le crime en lui-même. Le film s’intéresse surtout à l’après. Sofia est arrêtée, incarcérée dans un centre pénitentiaire pour mineurs. C’est là qu’elle découvre qu’elle est enceinte. Pietro, lui, s’enfonce dans un état de sidération. Il est incapable de comprendre, encore moins de pardonner. À ses yeux, l’acte de sa fille n’est pas seulement un meurtre, c’est une attaque personnelle, une punition pour avoir tenté de reconstruire sa vie. L’intérêt principal du film se trouve clairement dans cette relation père-fille, mise à nu dans toute sa complexité. Ivano De Matteo filme le lien parental comme quelque chose d’indestructible mais profondément abîmé.
Le père reste un père, quoi qu’il arrive, même quand l’amour se heurte au dégoût, à la colère et à l’incompréhension. Cette idée traverse tout le film, parfois de manière appuyée, parfois plus subtilement. Le rythme de Una figlia est volontairement froid. Là où Mia jouait davantage sur l’émotion brute, ce nouveau film adopte une approche plus distante, presque clinique. Les scènes s’enchaînent sans chercher à provoquer des élans mélodramatiques. Cette retenue évite le piège du pathos, mais elle finit aussi par créer une certaine fatigue. Après un début très prenant, le film a tendance à s’essouffler. Le parcours de Sofia en détention est sans doute la partie la plus réussie. Le quotidien carcéral est filmé de manière assez réaliste, sans surenchère.
Sofia y croise d’autres jeunes filles, plus endurcies, plus violentes parfois, et semble peu à peu se transformer. La grossesse agit comme un déclencheur. Elle lui redonne un but, une forme de désir de vivre. Cette évolution est crédible, même si elle reste parfois un peu trop balisée. En parallèle, le cheminement de Pietro est plus figé. Stefano Accorsi incarne un homme muré dans sa douleur, presque anesthésié. Son jeu est volontairement en retenue, mais manque parfois de nuances. Le personnage semble tourner en rond, prisonnier de son incapacité à faire un pas vers sa fille. Cette stagnation narrative finit par peser, d’autant plus que le film insiste beaucoup sur son mutisme. Visuellement, Una figlia adopte un style nerveux, parfois trop démonstratif.
Ivano De Matteo multiplie les effets de mise en scène : travellings appuyés, gros plans insistants, symboles soulignés. Certains choix paraissent artificiels, comme si le film voulait forcer l’émotion au lieu de la laisser émerger naturellement. Les scènes situées dans les milieux populaires ou en détention sont, à l’inverse, plus justes et plus convaincantes. La dimension sociale est également très présente. Le film suggère clairement que la réponse apportée à une tragédie dépend aussi du milieu social. Le crime commis par une adolescente issue d’un cadre bourgeois ne reçoit pas le même traitement symbolique qu’un drame survenu dans un environnement plus précaire. Cette lecture apporte une profondeur intéressante, même si elle reste parfois en arrière-plan.
Côté interprétation, Ginevra Francesconi s’impose comme la révélation du film. Elle parvient à rendre Sofia à la fois antipathique, fragile et profondément perdue. Son évolution, de la colère brute à une forme de lucidité douloureuse, est l’un des vrais points forts du long métrage. Les rôles féminins adultes, notamment l’avocate incarnée par Michela Cescon, sont tenus avec sobriété et efficacité. La fin du film, marquée par le pardon du père, arrive de manière attendue. Elle apporte une forme d’apaisement, mais aussi une certaine facilité. Après tant de tensions et de silences, cette résolution paraît presque trop sage, comme si le film refusait d’aller jusqu’au bout de sa noirceur. Au final, Una figlia reste un film correct, porté par un sujet fort et une actrice principale très convaincante.
Il touche juste par moments, notamment dans sa description du lien parental et du chemin de rédemption d’une jeune femme. Mais son manque de rythme, certaines lourdeurs de mise en scène et une émotion parfois trop contenue l’empêchent d’être pleinement marquant. Un film respectable, qui pose de bonnes questions, sans toujours trouver les réponses les plus percutantes.
Note : 5/10. En bref, Una figlia reste un film correct, porté par un sujet fort et une actrice principale très convaincante. Il touche juste par moments, mais son manque de rythme, certaines lourdeurs de mise en scène et une émotion parfois trop contenue l’empêchent d’être pleinement marquant.
Sorti le 1er février 2026 directement en SOONER (ex FILMO & UniversCiné)
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