26 Mars 2026
Baby // De Marcelo Caetano. Avec João Pedro Mariano, Ricardo Teodoro et Bruna Linzmeyer.
Avec Baby, le réalisateur Marcelo Caetano confirme une approche déjà marquée dans son précédent film Corpo elétrico : un cinéma ancré dans le réel, mais traversé par une forme de sensualité et de douceur inattendue. Présenté notamment à la Semaine de la Critique, ce drame brésilien s’inscrit dans une veine sociale tout en bifurquant progressivement vers une histoire plus intime. Le film suit Wellington, 18 ans, qui sort d’un centre de détention et se retrouve livré à lui-même dans les rues de São Paulo. Dès les premières scènes, le ton est donné : pas de filet de sécurité, pas de famille pour l’accueillir, juste une ville immense et indifférente.
À sa sortie d’un centre de détention pour mineurs, Wellington se retrouve seul et à la dérive dans les rues de São Paulo, sans nouvelles de ses parents et sans ressources pour commencer une nouvelle vie. Il fait la rencontre de Ronaldo, un homme mûr qui lui enseigne de nouvelles façons de survivre. Peu à peu, leur relation se transforme en passion conflictuelle.
Très vite, il glisse dans une réalité faite de débrouille, de deals et de survie. La trajectoire semble déjà tracée, comme si le film insistait sur cette idée d’un destin social difficile à contourner. C’est dans ce contexte qu’il rencontre Ronaldo, un escort plus âgé, figure ambivalente qui oscille entre protection, manipulation et véritable attachement. Leur relation devient le cœur du récit. Une relation déséquilibrée, marquée par la différence d’âge, mais aussi par une forme de dépendance affective et matérielle. Rien n’est simplifié, rien n’est idéalisé. Le film prend le temps de montrer les contradictions de ce lien, entre désir, besoin et tentative de construire quelque chose malgré tout.
Ce qui frappe dans Baby, c’est la manière dont il évolue. Le début ressemble à un film social assez dur, presque documentaire dans sa façon de capter la rue, les corps, les regards. Puis, petit à petit, une autre dimension apparaît. Plus charnelle, plus émotionnelle. Une histoire d’amour, ou du moins une tentative d’amour, qui se construit dans un environnement hostile. La mise en scène accompagne ce glissement avec beaucoup de fluidité. Les images jouent souvent sur des contrastes : des ruelles sombres, des néons agressifs, puis des moments plus lumineux, presque suspendus. Il y a une vraie attention portée aux corps, aux gestes, à la proximité entre les personnages.
Sans jamais tomber dans le voyeurisme, le film assume une certaine frontalité, notamment dans les scènes liées à la prostitution ou à la drogue. Mais Baby ne se résume pas à cette dureté. Ce qui ressort aussi, c’est une forme de solidarité, presque fragile, qui traverse le récit. À travers une communauté de jeunes, notamment des danseurs de rue liés au voguing, le film esquisse une autre possibilité : celle d’une famille choisie. Une idée simple, mais qui prend ici une dimension très concrète. Face au rejet ou à l’absence, ces liens deviennent essentiels. Le personnage de Wellington incarne bien cette recherche. Il avance sans vraiment savoir où aller, oscillant entre différentes influences, différentes tentations.
Il subit autant qu’il agit. Et c’est justement ce qui rend son parcours crédible. Il n’est ni idéalisé ni condamné. Il est montré tel qu’il est : un jeune homme en construction, avec ses contradictions. Ronaldo, de son côté, apporte une autre couche au film. Plus âgé, déjà marqué par la vie, il représente à la fois un modèle possible et une impasse. Leur relation devient alors un miroir, presque générationnel. Le film joue beaucoup sur cette tension : est-ce une rencontre qui peut sauver, ou simplement une étape de plus dans une trajectoire déjà fragile ? Ce regard sans jugement fait partie des qualités du film. Baby évite les clichés souvent associés aux récits sur la jeunesse LGBTQI+ en difficulté.
Il ne cherche pas à donner des leçons, ni à simplifier les enjeux. Il montre, simplement, avec une certaine retenue. Même les situations les plus dures ne sont jamais exploitées de manière sensationnaliste. Sur le plan politique, le film reste discret mais présent. En arrière-plan, il évoque des réalités bien concrètes : précarité, homophobie, violence sociale. Le Brésil contemporain apparaît en filigrane, avec ses contradictions et ses tensions. Mais là encore, le film préfère passer par les personnages plutôt que par un discours frontal. Il y a aussi quelque chose de très physique dans Baby. Une manière de filmer les corps, les regards, les silences. La sensualité est partout, mais jamais gratuite.
Elle participe à la construction des personnages, à leur manière d’exister dans un monde qui les rejette souvent. C’est peut-être là que le film trouve sa singularité : dans cette capacité à mêler dureté sociale et désir, sans opposer les deux. Tout n’est pas parfait pour autant. Le récit peut parfois donner l’impression de tourner en rond, notamment dans sa partie centrale. Certaines relations secondaires auraient mérité d’être un peu plus développées. Mais ces limites n’empêchent pas le film de garder une vraie cohérence. La dernière partie apporte une forme d’apaisement, sans pour autant tomber dans une résolution facile. Le film ne cherche pas à tout résoudre, et c’est sans doute une bonne chose.
Il laisse une place au doute, à l’incertitude, fidèle à ce qu’il raconte depuis le début. Au final, Baby s’impose comme un film à la fois rugueux et sensible. Un récit d’apprentissage qui ne cherche pas à embellir la réalité, mais qui laisse malgré tout une place à l’espoir. Pas un espoir naïf, mais quelque chose de plus discret, presque fragile, qui passe par les liens humains. Un film qui prend le temps de regarder ses personnages sans les enfermer, et qui trouve sa force dans cette attention aux détails, aux émotions, aux contradictions.
Note : 7.5/10. En bref, plongée brute et sensible dans la jeunesse queer de São Paulo.
Sorti le 19 mars 2025 au cinéma - Disponible en VOD et sur Ciné+ OCS
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