Critique Ciné : Reedland (2025)

Critique Ciné : Reedland (2025)

Reedland // De Sven Bresser. Avec Gerrit Knobbe et Loïs Reinders.

 

Avec Reedland, le réalisateur Sven Bresser propose un premier long-métrage qui intrigue autant qu’il déroute. Présenté comme un thriller rural, le film prend rapidement une direction inattendue, loin des codes classiques du genre. Une proposition singulière, mais qui risque de laisser une partie du public sur le bord du chemin. L’histoire démarre pourtant de manière assez claire. Johan, un homme solitaire qui travaille dans les roseaux, découvre le corps sans vie d’une jeune femme dans un marais. Un point de départ qui évoque immédiatement une enquête policière, presque classique. 

 

Lorsqu’il découvre le corps sans vie d’une jeune fille sur ses terres, Johan, fermier solitaire, est submergé par un étrange sentiment. Alors qu’il s’occupe de sa petite-fille, il se lance à la recherche de la vérité, déterminé à faire la lumière sur ce drame. Mais le mal se cache parfois derrière les apparences les plus ordinaires...

 

Mais très vite, le film s’éloigne de cette piste pour explorer autre chose, de plus flou, de plus introspectif. Le personnage principal devient alors le véritable centre du récit. Johan est un homme taiseux, enfermé dans une routine faite de gestes répétitifs et de silence. Le choix d’un acteur non professionnel renforce cette impression de réalisme brut. Mais ce parti pris a aussi ses limites : son jeu très minimaliste, presque figé, peut créer une distance avec le spectateur. Ce manque d’expressivité finit par peser sur l’ensemble. Johan parle peu, agit peu, et le film adopte ce même rythme. Les scènes s’étirent, les silences s’accumulent, et la narration avance par petites touches. 

 

Pour certains, cela peut créer une atmosphère particulière. Pour d’autres, cela donne surtout une impression de lenteur. Car Reedland est un film lent, très lent. Il prend le temps d’installer son décor, ses personnages, ses tensions. Mais ce choix narratif ne s’accompagne pas toujours d’une véritable progression. L’enquête, censée être au cœur de l’histoire, reste en arrière-plan. Elle n’évolue presque pas, et finit même par disparaître au profit d’une observation plus diffuse. Le film préfère s’attarder sur l’ambiance. Les paysages de la campagne néerlandaise occupent une place importante. Les roseaux balayés par le vent, les marais, les ciels gris… tout cela compose un cadre visuel soigné. 

 

Il y a une vraie recherche esthétique, avec des plans travaillés et une volonté de capter une forme de beauté brute. Cette dimension visuelle est sans doute l’un des points forts du film. Le réalisateur parvient à transformer ce décor rural en un espace presque mental. Le paysage devient le reflet de l’état intérieur du personnage principal. Une idée intéressante, mais qui ne suffit pas toujours à maintenir l’attention sur la durée. Le film joue aussi beaucoup sur l’ambiguïté. Johan est-il simplement un homme solitaire, ou cache-t-il quelque chose de plus sombre ? La question traverse tout le récit, sans jamais trouver de réponse claire. Cette incertitude est volontaire, mais elle peut aussi frustrer.

 

La dernière scène pousse encore plus loin ce flou. Elle laisse planer un doute sur la nature du personnage, au point de remettre en question tout ce qui a été vu auparavant. Une fin ouverte qui peut intriguer, mais qui peut aussi donner le sentiment d’un manque de résolution. Autour de Johan, le film esquisse d’autres figures. Une adolescente passionnée de chant, une petite-fille avec qui il partage des moments plus doux, ou encore les habitants du village. Ces personnages apportent des touches d’humanité, mais restent souvent en retrait. Certaines scènes marquent malgré tout. Notamment celle où la jeune fille chante devant les habitants. Un moment qui, au lieu d’être apaisant, crée un malaise. 

 

Les regards, les silences, les non-dits… tout contribue à installer une tension diffuse. Le film suggère plus qu’il ne montre, et c’est là qu’il trouve parfois une certaine force. Mais cette approche a aussi ses limites. À force de rester dans l’allusion, Reedland donne parfois l’impression de ne pas savoir où aller. Les thèmes se multiplient : la solitude, le monde rural, les tensions sociales, le désir, la violence… sans qu’aucun ne soit vraiment approfondi. Le résultat est un film qui semble hésiter entre plusieurs directions. Thriller, drame, chronique rurale… difficile de le classer. 

 

Cette indécision peut être vue comme une richesse, mais elle peut aussi donner une impression de confusion. La bande-son participe à cette sensation. Par moments, elle devient presque agressive, avec des sons stridents ou répétitifs. Un choix qui renforce le malaise, mais qui peut aussi sortir du film. Certaines scènes, en revanche, interrogent plus franchement. Le réalisateur filme des gestes très intimes, parfois dérangeants, sans toujours apporter de justification narrative. Cela peut créer un sentiment de gêne, voire d’inconfort, qui ne sert pas toujours le propos. Malgré ces réserves, Reedland reste une œuvre avec une identité. 

 

Ce n’est pas un film formaté, ni un simple exercice de style. Il y a une vraie intention derrière cette mise en scène, une volonté de proposer autre chose qu’un récit classique.Mais cette ambition s’accompagne d’un risque : celui de perdre le spectateur en route. L’absence de véritable intrigue, le rythme très lent et le flou constant finissent par créer une distance.

 

Note : 4/10. En bref, un faux thriller entre mystère rural et lente dérive contemplative. Reedland est un film médiocre. Il séduira sans doute ceux qui apprécient les propositions contemplatives et les récits ouverts. Mais pour un spectateur qui attend un thriller, la déception risque d’être au rendez-vous. Une expérience de cinéma à part, entre beauté visuelle et frustration narrative, qui laisse une impression mitigée une fois la séance terminée.

Sorti le 10 décembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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