Small Achievable Goals (Saison 2, 8 épisodes) : quand l’équilibre se fissure doucement

Small Achievable Goals (Saison 2, 8 épisodes) : quand l’équilibre se fissure doucement

La saison 2 de Small Achievable Goals s’inscrit dans une continuité assez naturelle, tout en opérant un léger déplacement dans son regard. Là où la première salve d’épisodes posait les bases d’un ton frontal et sans filtre, cette nouvelle saison choisit d’approfondir ses personnages plutôt que de simplement prolonger ses mécaniques comiques. Le résultat donne une série toujours ancrée dans le quotidien, mais avec une densité émotionnelle plus marquée. Dès les premiers instants, un changement d’équilibre se fait sentir. L’environnement professionnel évolue, la pression augmente, et les deux héroïnes doivent composer avec une dynamique plus contraignante. 

 

Ce contexte sert de point d’appui pour explorer une tension déjà présente auparavant : comment préserver une relation personnelle quand le cadre professionnel devient instable. Ce fil rouge traverse l’ensemble des huit épisodes sans jamais être surligné de manière artificielle. Julie et Kris continuent de fonctionner comme un duo complémentaire. L’une tente de garder le contrôle, l’autre encaisse difficilement les bouleversements internes. Cette opposition, déjà installée, gagne ici en nuance. Il ne s’agit plus seulement d’un contraste comique, mais d’un véritable dialogue entre deux façons de réagir au même moment de vie. La série prend le temps de montrer que ces postures peuvent évoluer, parfois se fissurer.

 

Le premier épisode sert avant tout à repositionner les enjeux. L’arrivée d’une nouvelle hiérarchie vient perturber les habitudes, tout en renforçant l’idée que le travail n’est pas un espace neutre. L’écriture insiste sur la surveillance, la performance attendue, et la difficulté de rester soi-même dans un cadre formaté. En parallèle, les manifestations liées à la périménopause sont toujours présentes, mais intégrées de manière plus organique. Elles ne sont pas là pour provoquer le rire à tout prix, mais pour rappeler une réalité constante. La suite de la saison adopte un rythme qui alterne entre épisodes très accessibles et moments plus introspectifs. 

 

Certains segments jouent clairement la carte du comique pur, notamment lorsqu’il est question de tendances bien-être ou de solutions miracles. Derrière ces situations, un regard critique se dessine sur une industrie qui transforme chaque inconfort en opportunité commerciale. Ce n’est jamais appuyé, mais suffisamment lisible pour donner une autre lecture aux scènes les plus légères. Un des aspects intéressants de cette saison réside dans la gestion du podcast, élément central de la série. Ce projet commun devient progressivement un espace de conflit. Entre les impératifs financiers, les partenariats et l’envie de rester fidèle à une ligne éditoriale sincère, les choix deviennent plus difficiles. 

 

La série aborde ainsi la question de la compromission sans jugement tranché, en laissant les personnages naviguer dans des zones grises. À mi-parcours, un basculement s’opère. Le ton se fait plus lourd, sans pour autant abandonner l’humour. La santé mentale de Kris prend une place plus importante, avec une représentation qui évite les raccourcis. Les épisodes concernés montrent une fatigue accumulée, une forme d’isolement, et surtout une difficulté à verbaliser ce qui se passe. Ce traitement donne lieu à certaines scènes moins immédiates, mais qui apportent une profondeur bienvenue. En parallèle, Julie suit une trajectoire différente. Son rapport au contrôle, déjà présent, est progressivement remis en question. 

 

La série explore ce que signifie “lâcher prise” sans en faire un slogan. Cela passe par des décisions concrètes, parfois inconfortables, et par une remise en perspective de ses priorités. Ce cheminement ne se fait pas de manière linéaire, ce qui renforce son aspect crédible. Les épisodes situés vers la fin de la saison accentuent cette double évolution. Le cadre professionnel devient de plus en plus intrusif, au point de redéfinir les contours du projet initial. Cette pression extérieure agit comme un révélateur : ce qui tenait jusque-là commence à se fragiliser. L’amitié entre Julie et Kris est mise à l’épreuve, non pas à travers un conflit spectaculaire, mais par une accumulation de désaccords et de silences.

 

Le dernier épisode vient conclure cet arc avec une certaine retenue. Plutôt que de chercher une résolution nette, il propose une ouverture. Les choix des personnages ne sont pas présentés comme définitifs, mais comme des étapes. Cette approche correspond bien à l’esprit de la série, qui préfère observer des trajectoires en construction plutôt que figer ses héroïnes dans des conclusions trop claires. Sur l’ensemble de la saison, l’écriture parvient à maintenir un équilibre entre comédie et éléments plus sensibles. L’humour reste présent, souvent dans des détails ou des situations du quotidien, mais il cohabite avec une volonté de traiter des sujets plus lourds. Cette cohabitation n’est pas toujours parfaitement fluide. 

 

Certains épisodes donnent l’impression de vouloir aborder trop de thèmes à la fois, ce qui peut nuire à leur lisibilité. Néanmoins, ces hésitations font aussi partie de l’identité de la série. Le format court des épisodes impose un certain rythme, parfois inégal. Certaines intrigues auraient gagné à être davantage développées, tandis que d’autres semblent s’étirer un peu. Malgré cela, la saison conserve une cohérence globale, portée par ses deux personnages principaux. Ce qui ressort finalement de cette saison 2, c’est une volonté d’aller au-delà du simple constat. La ménopause, le rapport au corps, la place dans le monde professionnel ou encore la santé mentale ne sont pas traités comme des thèmes isolés, mais comme des éléments imbriqués. 

 

La série montre comment ils influencent les relations, les décisions et l’image de soi. Cette approche donne à Small Achievable Goals une tonalité particulière. Sans chercher à délivrer de message appuyé, elle propose un regard assez direct sur une période de vie encore peu représentée de cette manière. La saison 2 confirme cette intention, tout en acceptant de rendre ses personnages moins “fonctionnels” et plus vulnérables. Au final, cette nouvelle salve d’épisodes s’inscrit dans une continuité tout en prenant le risque de déplacer son centre de gravité. Le résultat n’est pas uniforme, mais il reste suffisamment cohérent pour donner envie de suivre la suite.

 

Note : 6/10. En bref, la saison 2 de Small Achievable Goals approfondit ses personnages en explorant les tensions entre amitié, travail et santé mentale, avec un ton plus posé que précédemment. Malgré un rythme parfois irrégulier, elle conserve une approche sincère qui donne davantage de poids aux trajectoires de Julie et Kris.

Prochainement en France

Disponible sur CBC Gem, accessible via un VPN

 

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