4 Août 2026
Netflix a encore frappé. Prenez un roman de Harlan Coben, mettez-le dans le blender algorithmique de la plateforme, ajoutez une rasade de secrets de famille éventés, saupoudrez d’un pauvre type accusé à tort, et bim : vous obtenez Sur tes traces. Sur le papier, le pitch faisait illusion. Un mystère accrocheur, une promesse de tension, bref, de quoi grignoter son pop-corn sans trop réfléchir un dimanche soir de pluie. Sauf qu'en pratique, la série s'avère être une purge mémorable, calibrée au millimètre pour vous faire perdre un temps précieux. Tout commence pourtant avec une idée plutôt efficace. Un père croupit en prison depuis des années pour le meurtre de son propre fils.
Un père innocent condamné à la prison à vie pour le meurtre de son fils reçoit une preuve que son enfant est peut-être toujours vivant... et décide de s'évader pour trouver la vérité.
Classique, mais efficace. Son quotidien bascule le jour où une ancienne journaliste débarque avec une photo récente du gamin. Spoiler : le gamin serait vivant. À partir de là, la machine se lance. On s'attend à un jeu de piste nerveux, une quête haletante pour démêler le vrai du faux. C'était sans compter sur la gourmandise des producteurs, qui ont décidé d'étirer ce pauvre scénario sur huit loooongs épisodes. Le problème saute aux yeux dès le deuxième chapitre : il n'y a absolument rien pour remplir le vide. Pour meubler les sept heures restantes, les scénaristes ont donc choisi la méthode du rouleau compresseur.
On empile les fausses pistes, on invente des secrets rocambolesques à chaque figurant et on balance des révélations toutes les dix minutes juste pour éviter que le spectateur ne s'endorme. Le souci, c'est qu'à force de vouloir créer la surprise à tout prix, l'histoire devient totalement grotesque. On n'est plus face à une enquête criminelle, mais face à une surenchère absurde où le bon sens a déserté le plateau depuis bien longtemps. L'univers de la série bascule rapidement dans une théorie du complot tellement gigantesque qu'elle en devient hilarante. Dans ce bled, absolument tout le monde cache un secret d'État. Le moindre épicier du coin semble impliqué dans une machination internationale.
Pour faire avancer le Schmilblick, les scénaristes ne s'embarrassent pas de logique narrative. Ils préfèrent faire pleuvoir des coïncidences monstrueuses et faire prendre aux personnages des décisions d'une stupidité abyssale. Quand votre héros prend systématiquement la pire option possible juste pour relancer l'intrigue, c'est qu'il y a un souci dans la salle des auteurs. Côté dialogues, c'est le désert de Gobi. La série souffre du syndrome de l'explication permanente. Les personnages ne se parlent pas, ils se font des résumés de texte. À chaque scène, quelqu'un se dévoue pour récapituler poliment ce qui s'est passé cinq minutes plus tôt ou pour détailler à voix haute son prochain plan d'attaque.
On repassera pour le suspense ou la subtilité. On a l'impression d'écouter un livre audio illustré par des comédiens qui lisent leurs fiches sans y croire. Il faut dire que le casting n'aide pas vraiment à sauver le navire du naufrage. Le duo principal avait sur le papier de quoi tenir la route : le père désespéré qui cherche son fils et l'ex-journaliste en quête de rachat. Sur l'écran, le résultat manque cruellement d'étincelle. Les personnages ont la profondeur psychologique d'une flaque d'eau. On assiste aux aventures de coquilles vides. L'acteur principal traverse la série avec une seule et unique expression faciale, oscillant gentiment entre la migraine légère et la constipation.
Difficile d'éprouver la moindre empathie pour un type qui semble s'ennuyer autant que nous devant ses propres malheurs. Seuls deux ou trois seconds rôles essaient d'apporter un peu de tonus au milieu de cette monotonie générale, mais la série s'empresse de balayer leurs intrigues sous le tapis dès qu'elles deviennent un tant soit peu intéressantes. Tout doit être lissé pour coller au cahier des charges. Le dernier tiers de la mini-série atteint des sommets de ridicule. Les explications deviennent tellement tordues qu'il faudrait un schéma mural et trois aspirines pour comprendre qui a fait quoi et pourquoi. Quand le dénouement arrive enfin, la montagne d'attentes n'accouche même pas d'une souris, mais d'un pétard mouillé.
La résolution repose sur des bouts de ficelle géants et laisse la moitié des questions sans réponse. Les scénaristes ont visiblement tout misé sur un ultime effet de manche totalement artificiel, en oubliant au passage d'apporter un point final cohérent à leur propre histoire. Alors oui, le mécanisme tourne. La série enchaîne les cliffhangers à la chaîne et pousse à cliquer sur le bouton épisode suivant par simple curiosité morbide. Mais une fois le générique de fin déroulé, on réalise l'ampleur de l'arnaque. Sur tes traces n'est qu'un produit de consommation rapide de plus, aussitôt vu, aussitôt oublié. Un emballage brillant autour du vide absolu. Si vous avez du temps à perdre, allez plutôt faire une sieste, ce sera nettement plus enrichissant.
Note : 2/10. En bref, une mini-série Netflix calibrée au kilomètre qui gâche une bonne idée de départ dans une surenchère absurde de fausses pistes et de coïncidences grotesques. Malgré un rythme qui pousse au binge-watching, des personnages creux et une écriture téléphonée réduisent ce thriller à un pétard mouillé aussitôt vu, aussitôt oublié.
Disponible sur Netflix
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