Critique Ciné : The Ugly (2026)

Critique Ciné : The Ugly (2026)

The Ugly // De Sang-Ho Yeon. Avec Jeong Min Park, Hae-hyo Kwon et Shin Hyon Bin.

 

Avec The Ugly, Yeon Sang-ho prend un virage bien différent de ses succès habituels. Terminé les zombies déchaînés et l'action spectaculaire à gros budget. Ici, le réalisateur adapte son propre roman graphique pour nous livrer un récit qui oscille entre thriller psychologique, drame familial et satire sociale. Le résultat n'est pas irréprochable, loin de là, mais le film pose des questions suffisamment brutes pour capter l'attention de bout en bout. Tout commence quand Dong-hwan apprend que les restes de sa mère viennent d'être découverts, quarante ans après sa disparition. Le problème, c'est qu'il n'a quasiment aucun souvenir d'elle. Pour piger qui elle était et ce qui lui est arrivé, il décide de remonter le fil du passé. 

 

Aveugle de naissance, un maître artisan, admiré pour la beauté des sceaux qu’il grave, vit reclus avec son fils unique. Mais cette paix vole en éclats lorsque les ossements de sa femme, disparue quarante ans plus tôt, sont découverts. Son fils entreprend alors de mener l’enquête sur ce passé. Cette quête de vérité va dévoiler de lourds secrets, de ceux qui touchent à la laideur humaine.

 

Une journaliste de télévision vient vite se greffer à sa démarche. Sauf que ce qui l'intéresse, c'est surtout le potentiel d'audience du fait divers. Ensemble, ils vont interroger les rares témoins de l'époque et rassembler les morceaux d'un puzzle franchement glauque. Au début, la mécanique narrative tourne plutôt bien. Chaque témoignage apporte son lot de révélations et affine progressivement le portrait de cette femme oubliée. Le jonglage entre le présent et les flashbacks instaure un vrai mystère. Pendant près d'une heure, The Ugly installe une tension constante et donne réellement envie de comprendre ce qui se cache derrière ce drame vieux de plusieurs décennies. Le souci, c'est que la suite perd rapidement en efficacité. 

 

La plupart des révélations s'anticipent des kilomètres à l'avance. Le scénario sème des indices tellement évidents qu'on comprend où le récit veut nous emmener bien avant les personnages principaux. Résultat : pas mal de scènes piétinent inutilement, le temps que le héros réalise ce qu'on avait déjà capté depuis un moment. Heureusement, réduire The Ugly à sa simple enquête policière serait une erreur. Ce polar sert surtout de prétexte pour aborder un sujet lourd : la place écrasante accordée à la beauté physique en Corée du Sud, et plus largement la façon dont la société rejette, humilie ou invisibilise ceux qui ne entrent pas dans les moules établis. La mère du héros devient le symbole de ce rejet. 

 

Le choix de cacher son visage pendant une grande partie du film est d'ailleurs la meilleure idée de mise en scène. En refusant de nous montrer ce visage que tout le monde qualifie de monstrueux, Yeon Sang-ho nous renvoie directement à notre propre curiosité voyeuriste et à notre regard sur la différence. Au fil des récits, le film dresse le portrait d'un monde d'une violence sourde avec les plus faibles. Moqueries quotidiennes, insultes, discriminations systématiques... Derrière l'affaire criminelle, le constat est amer : dans cette société, une apparence jugée hors norme suffit à condamner quelqu'un à la mort sociale avant même qu'il n'ait pu décrocher un mot. Le personnage de la journaliste apporte lui aussi une réflexion bienvenue. 

 

Au départ simple reporter en quête de sujet, elle incarne vite un journalisme prêt à transformer une tragédie intime en spectacle de masse. Sa fascination grandissante pour les détails glauques met presque plus mal à l'aise que les révélations sur le crime en lui-même. Du côté des comédiens, Park Jeong-min livre une prestation tout en retenue dans le rôle de ce fils déboussolé, obligé de reconstruire l'image d'une mère inconnue à travers les racontars des autres. Kwon Hae-hyo apporte lui aussi beaucoup d'humanité et de nuance à ses apparitions, donnant un vrai poids émotionnel à plusieurs séquences clés. Là où le film pêche le plus, c'est dans sa narration parfois trop démonstrative. Les personnages passent un temps fou à raconter les événements avant que les flashbacks ne viennent bêtement l'illustrer. 

 

Ce procédé finit par casser le rythme et retire une partie de l'impact émotionnel. Et la dernière partie accentue ce travers. Le scénario choisit de tout verrouiller et d'apporter une réponse à chaque détail. Alors que le mystère fonctionnait justement grâce aux zones d'ombre, vouloir tout expliciter gâche un peu le résultat. Le premier gros retournement paraissait attendu depuis longtemps, et le second alourdit inutilement une histoire qui gagnait en force lorsqu'elle restait simple. Visuellement, on reste sur une réalisation très sobre, presque terne : décors gris, intérieurs sombres, cadrages étouffants. Ça colle plutôt bien au sujet, même si l'ensemble manque parfois d'un peu de personnalité pour marquer durablement l'esprit.

 

Note : 5/10. En bref, The Ugly vaut surtout pour ce qu'il raconte plutôt que pour son suspense pur. Son enquête devient progressivement secondaire face à cette charge contre les diktats de la beauté et la cruauté ordinaire. Ce n'est clairement pas la meilleure œuvre de Yeon Sang-ho, mais c'est un film sincère qui prouve que la pire monstruosité n'a pas besoin de fantastique pour faire d'immenses dégâts.

Sorti le 29 juillet 2026 au cinéma

 

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