4 Août 2026
La première saison de The Crow Girl s'était achevée sur une révélation franchement perturbante. Un choix osé, mais qui laissait pas mal de questions en suspens. Pour cette saison 2 de six épisodes, l'enjeu était clair : prouver que ce twist n'était pas un simple coup de tête scénaristique. Et la bonne nouvelle, c'est que la série ne cherche pas à faire machine arrière. L'histoire reprend quasiment dans la foulée des derniers événements. Plutôt que de survendre un nouveau mystère spectaculaire, l'intrigue prend le temps de poser les choses et de faire face aux dégâts.
L'enquête criminelle sert toujours de fil conducteur, mais elle passe clairement après la psychologie de ses personnages, tous profondément marqués par leur passé. Dès le premier épisode, la série prend un parti pris agréable : elle ne perd pas de temps en résumés ou en explications inutiles. Elle part du principe que si vous êtes là, c'est que vous connaissez déjà les visages et les enjeux. On retrouve une Jeanette Kilburn plus usée et vulnérable que jamais. Sa vie personnelle prend l'eau de toutes parts, et son obsession pour le tueur devient presque incontrôlable. C'est cette tension permanente qui dicte chacune de ses actions et donne au récit ce rythme poisseux et oppressant.
De son côté, Sophia Craven reste au centre de l'échiquier. Alors que la première saison jouait surtout sur le mystère qui l'entourait, ces nouveaux épisodes cherchent enfin à décortiquer ce qui se passe dans sa tête. Les révélations ne tombent plus pour faire sursauter, mais pour donner du sens à un personnage façonné par la souffrance. Même si l'enquête avance et que de nouveaux cadavres apparaissent, le véritable intérêt de cette saison réside dans le parcours de Victoria Burkeman. C'est elle qui porte toute la charge émotionnelle de ces six épisodes. À travers de nombreux flashbacks, la série prend la peine de montrer les violences subies pendant son enfance et la manière dont elle s'est construite pour survivre.
Le sujet du trouble dissociatif de l'identité y est traité avec suffisamment d'espace et de nuances pour éviter le piège du cliché facile. C'est assez malin, car ces précisions apportent un éclairage tout à fait différent sur la première saison. En repensant à certaines scènes passées, beaucoup de comportements bizarres prennent enfin tout leur sens. La série reste brutale, mais elle cherche au moins à comprendre ce qui anime ses figures plutôt qu'à simplement empiler les drames. Sur le plan pur du polar, The Crow Girl ne lève pas le pied. De nouveaux corps font leur apparition, d'anciennes affaires ressortent des dossiers et plusieurs enquêtes finissent par se croiser. La toile d'araignée autour du réseau d'abus s'étend encore.
On prend le temps d'observer comment les disparitions, les victimes et certains lieux précis se répondent. C'est ambitieux, mais cela rend aussi la narration parfois lourde. Il faut rester vraiment attentif pour ne pas perdre le fil tant les informations tombent vite. Heureusement, le scénario retombe sur ses pieds au moment du final. La série préfère amener ses réponses étape par étape plutôt que d'assommer le spectateur avec des retournements de situation sortis de nulle part. Il faut aussi saluer la prestation des comédiennes, qui soutiennent la série de bout en bout. Eve Myles joue une Jeanette constamment sur le fil du rasoir, avec une retenue très efficace. Quand elle finit par craquer, l'impact n'en est que plus fort.
Katherine Kelly hérite sans doute du rôle le plus délicat. Son personnage navigue sans cesse entre une assurance glaciale et une vraie détresse, sans jamais basculer dans l'excès. C'est précisément cette zone de flou qui maintient l'intérêt. De son côté, Clara Rugaard apporte une bonne dose d'incertitude : on ne sait jamais vraiment si elle contrôle la situation ou si elle subit complètement ses traumatismes. Ce flou nourrira d'ailleurs la relation la plus réussie de la saison : celle entre Jeanette et Sophia. La proximité qui s'installe entre elles, alors que la vérité n'est pas encore totalement tirée au clair, crée un décalage très réussi pour le spectateur. Si je devais émettre un bémol, ce serait sur la lourdeur ambiante.
À force de vouloir faire toujours plus sombre, plus poisseux et plus macabre, la série frôle parfois l'overdose. L'accumulation de scènes dérangeantes et de crimes sordides finit par engourdir la sensibilité. À vouloir trop en faire dans l'horreur, certaines séquences perdent un peu de la force qu'elles auraient pu avoir avec un peu plus de sobriété. La série évite heureusement le voyeurisme gratuit, mais un soupçon de retenue n'aurait pas fait de mal. Au final, cette saison 2 transforme l'essai. Là où le final de la première saison laissait perplexe, ces nouveaux épisodes apportent la profondeur qui manquait. C'est un visionnage parfois éprouvant en raison des thèmes abordés, mais le mélange entre polar sombre et drame psychologique fonctionne bien.
Note : 6.5/10. En bref, malgré une intrigue un peu surchargée et un parti pris macabre parfois pesant, la série prouve que son vrai sujet n'est pas tant de démasquer un tueur, mais de regarder en face les fêlures de ses personnages. Une suite cohérente, mûre, qui pose des bases solides pour une éventuelle suite.
Disponible sur Paramount+
Paramount+ n’a pas encore renouvelé The Crow Girl pour une saison 3 à l’heure où j’écris ces lignes.
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