Critique Ciné : 180 (2026, Netflix)

Critique Ciné : 180 (2026, Netflix)

180 // De Alex Yazbek. Avec Prince Grootboom, Warren Masemola et Fana Mokoena.

 

À la recherche d'un bon thriller pour votre soirée Netflix ? Vous êtes peut-être comme moi tombé sur 180. Le titre est simple, l'affiche promet du sale, et le pitch semble efficace. Mais qu'est-ce que ça vaut vraiment ? On est ici sur un terrain hyper balisé : la vengeance et la culpabilité. C'est le genre de sujet que le cinéma a retourné dans tous les sens, mais le film essaie quand même de tracer sa propre route en misant sur l'émotion plutôt que sur les explosions. Le résultat est un film qui souffle le chaud et le froid, avec des moments vraiment prenants et d'autres qui nous laissent un peu sur notre faim. 

 

Lorsqu'une altercation entre conducteurs laisse son fils entre la vie et la mort, un père sombre dans une spirale destructrice nourrie par le désespoir et la vengeance.

 

L'histoire nous plonge dans le quotidien de Zak. C'est un type normal, sans histoires, jusqu'au jour où tout dérape. Un bête incident de "road rage", une altercation qui s'envenime, et sa vie explose. Son fils est gravement blessé. À partir de là, Zak n'est plus le même homme. Il est dévoré par la colère, mais surtout par une culpabilité qui le ronge de l'intérieur. Il décide de se venger, mais n'allez pas imaginer un John Wick qui aligne les headshots. Ici, la vengeance est sale, hésitante et surtout, elle fait mal au personnage lui-même. Ce qui frappe d'abord dans 180, c'est son rythme. Le réalisateur prend son temps. On n'est pas balancé dans l'action tout de suite. 

 

Le film installe une ambiance, nous laisse observer Zak dans sa douleur. C'est presque déroutant au début, car on attend que ça démarre vraiment. Mais ce choix est payant : il nous permet de comprendre que Zak n'est pas un héros, ni même un dur à cuire. C'est juste un père paumé qui ne sait plus quoi faire de sa souffrance. L’acteur principal porte littéralement le film sur ses épaules. Il est d'une justesse assez rare dans ce type de production. On sent chaque doute, chaque peur derrière ses yeux. Même quand il commet l'irréparable, on garde une forme d'empathie pour lui parce qu'il reste profondément humain. C'est cette vulnérabilité qui donne au film une épaisseur que beaucoup d'autres thrillers n'ont pas. 

 

On ne regarde pas juste un homme qui se bat, on regarde un homme qui se brise. Visuellement, le parti pris est clair : c'est sombre, c'est urbain, c'est étouffant. La caméra reste souvent très proche des visages, ce qui renforce ce sentiment d'oppression. Les décors n'ont rien de glamour, c'est la ville dans ce qu'elle a de plus brut et de plus froid. Cette esthétique colle parfaitement au moral du personnage et contribue à créer une tension permanente. On a l'impression que tout peut basculer à chaque coin de rue, et c'est sans doute l'une des plus grandes réussites du long-métrage. Malheureusement, le tableau n'est pas parfait. Le gros point noir, c'est l'écriture. Une fois que la machine est lancée, le scénario devient beaucoup trop prévisible.

 

Si vous avez l'habitude des thrillers, vous allez voir venir les gros rebondissements à des kilomètres. C'est dommage, car ça casse un peu l'effet de surprise et l'intensité dramatique baisse d'un cran au milieu du film. On a l'impression que les scénaristes ont eu peur de sortir des sentiers battus. Le film tente bien de poser des questions de fond, comme la limite entre justice et vengeance ou l'inefficacité de la violence pour réparer un deuil. Ce sont des thèmes forts, mais ils sont traités de manière un peu superficielle. On aurait aimé que le récit s'enfonce plus profondément dans ces dilemmes moraux au lieu de rester en surface pour privilégier l'avancée de l'intrigue.

 

Les personnages secondaires sont aussi un peu en retrait. C'est frustrant parce qu'on sent qu'il y avait du potentiel avec certains acteurs, mais ils ne servent finalement que de faire-valoir à la quête de Zak. Ils manquent de relief et de vie propre. Cela crée un déséquilibre : dès que Zak n'est pas à l'écran, l'intérêt chute un peu. La deuxième partie du film s'emballe un peu trop mécaniquement. On sent que le récit doit avancer vers son dénouement et certains choix narratifs paraissent un peu forcés pour arriver à la conclusion attendue. La confrontation finale, par exemple, manque de la finesse psychologique qu'on avait au début du film. C'est efficace, certes, mais un peu trop "déjà-vu".

 

Note : 5.5/10. En bref, 180 est un film qui se laisse regarder sans déplaisir. Il y a une sincérité évidente dans la démarche et une volonté de traiter la douleur avec respect. Ce n'est pas le thriller du siècle, il ne révolutionne rien du tout, mais il a le mérite d'être honnête et bien interprété. C'est typiquement le genre de film parfait pour un dimanche soir quand on a envie d'une histoire intense, portée par une émotion réelle, même si on sait un peu comment ça va finir. Une œuvre imparfaite, mais qui touche juste par moments grâce à son approche très humaine.

Sorti le 17 avril 2026 directement sur Netflix

 

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