24 Avril 2026
Chainsaws Were Singing // De Sander Maran. Avec Karl Ilves, Laura Niils et Martin Ruus.
Honnêtement, essayer de résumer Chainsaws Were Singing, c’est un peu comme tenter d'expliquer un rêve bizarre après une soirée trop arrosée. Le film de Sander Maran est une anomalie totale. On est quelque part entre la comédie musicale romantique, le slasher pur jus et la parodie qui n’a absolument aucune limite. C'est généreux, c'est fatiguant, c'est crade, mais c'est surtout unique. Le pitch de départ est presque trop sage. Tom et Maria ont un coup de foudre immédiat. C'est mignon, c'est cliché, et ça dure environ deux minutes avant qu’un tueur à la tronçonneuse ne débarque pour kidnapper Maria.
Des aventures vous attendent lorsque les nouveaux amants sont séparés par un tueur à la tronçonneuse.
À partir de là, Tom se lance dans une quête de sauvetage désespérée. Sur le papier, on a déjà vu ça mille fois. Sauf que dans les faits, Sander Maran décide de piétiner chaque règle du cinéma traditionnel. Ce qui frappe dès l'ouverture, c'est l'énergie du projet. On sent que c’est un film qui revient de loin. Tourné avec des bouts de ficelle il y a plus de dix ans, puis retravaillé pendant une éternité en post-production, le résultat transpire la passion du DIY (Do It Yourself). C'est du cinéma artisanal, fait avec trois fois rien mais une envie débordante de choquer et de faire rire. Le film ne s’arrête jamais pour reprendre son souffle, quitte à nous épuiser un peu au passage.
Tom, notre héros un peu paumé, finit par faire équipe avec Jaan, un conducteur dont l'enthousiasme frise la folie pure. Ensemble, ils traversent un univers où la logique a pris sa retraite. On croise des flics d'une incompétence légendaire et des personnages secondaires qui semblent sortir d'une autre dimension. Le film s’amuse à détourner les codes de Massacre à la tronçonneuse, mais version grand n'importe quoi. Le tueur lui-même est une pépite : capable de démembrer quelqu'un à la chaîne, il peut s'arrêter net pour pousser la chansonnette et clamer son amour pour la flore locale. C'est là que le film devient vraiment étrange : c'est une vraie comédie musicale.
Les personnages chantent tout le temps, souvent au moment où on s'y attend le moins. On n'est pas sur des Broadway bien polis. Les morceaux sont bruts, les paroles sont absurdes et la mise en scène est volontairement chaotique. Ça participe à cette ambiance de carnaval gore où tout peut arriver. Visuellement, le film assume son côté bricolé. Les effets spéciaux sont souvent à la limite de l'amateurisme volontaire, les cadrages sont agressifs et chaque voiture qui effleure un trottoir semble destinée à exploser dans une boule de feu digne de Michael Bay. Ce parti pris pourra en rebuter certains, mais c’est ce qui donne au film son âme. Il y a une sincérité désarmante dans cette façon de dire : « On n'a pas de budget, mais on va quand même vous montrer les trucs les plus fous possibles. »
Le revers de la médaille, c’est le rythme. Le film dure presque deux heures, et pour un délire de ce genre, c’est long. Très long. À force d’empiler les gags, les chansons et les explosions gratuites, on finit par saturer. Certaines scènes tirent en longueur ou semblent n’être là que pour remplir un cahier des charges de l'absurde. On sent qu'une version plus courte aurait permis de garder une tension et une efficacité plus constantes. Pourtant, malgré ses défauts et ses longueurs, il y a quelque chose de profondément attachant dans cette œuvre. C’est un projet qui ne s’est manifestement jamais soucié de plaire au plus grand nombre. Sander Maran a fait le film qu’il voulait voir, sans filtre et sans compromis.
C'est inégal, c’est parfois lourd, mais ce n'est jamais ennuyeux. Au bout du compte, Chainsaws Were Singing ne se recommande pas à tout le monde. Si vous cherchez de la finesse ou une narration carrée, fuyez. Mais si vous avez envie de voir un objet filmique non identifié, une explosion de créativité gore qui ne respecte rien, alors ça vaut le détour. On en ressort un peu sonné, avec l'impression d'avoir vu un truc qu'on ne reverra pas de sitôt. C’est excessif, c’est trop, mais c’est justement pour ça qu’on s’en souvient.
Note : 6/10. En bref, Chainsaws Were Singing est un délire artisanal totalement imprévisible qui mélange gore, comédie musicale et humour absurde dans un chaos généreux. Malgré des longueurs évidentes, cet ovni cinématographique séduit par sa sincérité et son refus total de se plier aux règles du genre.
Sorti le 24 avril 2026 directement sur Shadowz
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