10 Avril 2026
La 18ème Rose // De Dolly Dulu. Avec Xyriel Manabat, Kyle Echarri et Vin Hezeta.
Avec La 18ème Rose, le cinéma philippin propose un récit initiatique centré sur le passage à l’âge adulte. Sur le papier, l’idée a de quoi séduire : une jeune fille déterminée à organiser une fête d’anniversaire parfaite, une rencontre inattendue avec un garçon en décalage, et en toile de fond, les attentes sociales qui pèsent sur la jeunesse. Pourtant, derrière cette promesse, le film laisse une impression plus contrastée. L’histoire suit Rose, une adolescente ambitieuse, obsédée par la réussite de ses 18 ans, un moment symbolique dans sa culture. Tout est planifié dans les moindres détails.
Une ado pétillante qui rêve d'une fête parfaite pour ses 18 ans conclut un pacte avec un nouveau venu solitaire, mais des sentiments inattendus pourraient bouleverser leurs plans.
Cette quête de perfection devient rapidement le moteur du récit, mais aussi sa limite. À force de vouloir contrôler chaque élément, le personnage finit par créer une distance. Il devient parfois difficile de s’identifier à elle, tant certaines de ses décisions semblent dictées par le scénario plutôt que par une logique émotionnelle. Face à elle, Jordan, jeune homme discret fraîchement arrivé aux Philippines, apporte un contraste intéressant. Réservé, presque en retrait, il incarne une autre forme de fragilité. Le personnage intrigue d’abord, notamment grâce à une interprétation tout en retenue.
Il y a quelque chose dans son regard, dans son silence, qui laisse deviner un passé plus lourd qu’il n’y paraît. Mais à mesure que le film avance, ce mystère reste en partie inexploité. L’écriture ne lui donne pas toujours l’espace nécessaire pour exister pleinement. La relation entre Rose et Jordan repose en grande partie sur une dynamique de malentendus. C’est un choix classique dans ce type de récit, mais ici, il devient rapidement envahissant. Les conflits naissent souvent de silences ou de non-dits qui auraient pu être évités. Ce mécanisme, répété à plusieurs reprises, finit par créer une certaine frustration. L’impression domine que l’histoire avance moins grâce à ses personnages qu’à cause de leurs hésitations à communiquer.
Pourtant, tout n’est pas à jeter. Visuellement, La 18ème Rose a de vrais atouts. La mise en scène accorde une attention particulière aux décors et à la lumière. Les scènes liées à la fête, notamment, sont soignées et apportent une dimension presque féerique au film. Il y a une vraie recherche esthétique qui permet de maintenir l’intérêt, même lorsque le récit s’essouffle. Certaines séquences fonctionnent presque indépendamment de l’histoire, simplement par leur atmosphère. Le travail sur l’image compense en partie un rythme parfois inégal. Le film prend son temps, parfois trop. Certaines scènes semblent s’étirer sans réelle nécessité, comme si l’ensemble hésitait entre contemplation et narration.
Le milieu du film, en particulier, donne une impression de répétition. Les mêmes tensions reviennent, les mêmes schémas se reproduisent, sans véritable évolution. Du côté des dialogues, le constat est similaire. Par moments, ils sonnent juste, presque naturels. Dans les scènes plus calmes, les personnages laissent entrevoir une sincérité touchante. Mais à d’autres instants, certaines répliques paraissent forcées, comme si elles cherchaient à donner du poids à des émotions qui auraient mérité plus de subtilité. Cette irrégularité empêche le film de trouver une vraie cohérence. Ce qui reste intéressant, en revanche, c’est la manière dont La 18ème Rose aborde la question des attentes.
Attentes familiales, sociales, mais aussi personnelles. Rose ne cherche pas seulement à organiser une fête. Elle cherche à répondre à une image, à une pression implicite. Derrière cette obsession du détail, il y a une peur de ne pas être à la hauteur. Le film touche parfois à quelque chose de juste sur ce sujet, même si ces moments sont trop rares. La performance des acteurs contribue aussi à maintenir l’attention. L’interprète de Rose parvient à rendre son personnage crédible dans ses instants de doute, malgré une écriture parfois rigide. Quant à Jordan, son interprétation repose davantage sur la présence que sur les dialogues, ce qui fonctionne… jusqu’à un certain point. Il y a une vraie sensibilité, mais elle aurait mérité d’être davantage explorée.
Il faut aussi reconnaître que le film reste engageant. Malgré ses défauts, il donne envie de savoir comment tout cela va se terminer. Il y a une forme d’efficacité dans sa structure, même si elle reste prévisible. Les rebondissements ne surprennent pas vraiment, mais ils maintiennent une certaine curiosité. Le dernier acte tente de rassembler les pièces du puzzle. La résolution arrive sans heurt, presque trop facilement. Tout se met en place de manière logique, mais sans provoquer une réelle émotion. C’est une conclusion qui fonctionne, sans marquer durablement. Au final, La 18ème Rose est un film qui oscille entre sincérité et maladresse. Il possède des qualités indéniables, notamment dans sa direction artistique et dans certaines de ses intentions.
Mais il peine à les exploiter pleinement, à cause d’un scénario qui s’appuie trop sur des ressorts déjà vus. Ce n’est pas un mauvais film. C’est un film qui aurait pu aller plus loin, qui laisse entrevoir quelque chose de plus fort sans jamais vraiment l’atteindre. Une expérience agréable par moments, frustrante à d’autres, qui trouvera sans doute son public chez les amateurs de récits adolescents, mais qui risque de laisser les autres sur le bord du chemin.
Note : 5/10. En bref, un joli écrin pour une histoire qui tourne en rond.
Sorti le 9 avril 2026 directement sur Netflix
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog