Critique Ciné : Resurrection (2025)

Critique Ciné : Resurrection (2025)

Resurrection // De Bi Gan. Avec Jackson Yee, Shu Qi et Mark Chao.

 

Resurrection, le dernier long-métrage de Bi Gan, est clairement un film qui se ressent plus qu’il ne se raconte. Après avoir marqué les esprits avec ses précédentes œuvres, le cinéaste chinois revient avec un projet encore plus radical, presque insaisissable. C’est un voyage sensoriel total, mais qui pose une question de taille : peut-on faire du grand cinéma en délaissant totalement l'émotion au profit de la technique ? Le concept de départ a de quoi séduire les amateurs de science-fiction métaphysique. On plonge dans un futur où l'humanité a troqué ses rêves contre l’immortalité. 

 

Un jeune homme rêveur se réincarne dans cinq époques. Tandis que le XXe siècle défile, une femme suit sa trace…

 

Pourtant, quelques individus s’obstinent à rêver, quitte à risquer leur peau. On suit alors une femme qui s’infiltre dans l’esprit de l’un de ces rêveurs. C’est le début d’une déambulation à travers les époques et les styles cinématographiques. Sur le papier, l’idée est brillante. A l’écran, elle sert surtout de prétexte à une suite de tableaux visuels qui retracent l'histoire du septième art. Dès les premières minutes, le talent de Bi Gan saute aux yeux. Visuellement, c’est une baffe. Le réalisateur prouve une fois de plus qu’il est un maître du cadre et du mouvement. Ses fameux plans-séquences, sa marque de fabrique, sont ici poussés à un niveau de virtuosité assez dingue. 

 

On se surprend à rester en apnée devant la fluidité de la caméra. C’est beau, c’est hypnotique, et techniquement, il n'y a absolument rien à jeter. Le film transpire l'amour du détail et de la composition. Cependant, c’est justement là que le bât blesse. À force de nous montrer l'étendue de son savoir-faire, Bi Gan semble oublier de créer un pont avec son public. On finit par regarder Resurrection comme on admire une œuvre d'art contemporain dans un musée : avec respect, mais avec une certaine froideur. La forme prend tellement de place qu'elle finit par étouffer le fond. On est face à un objet magnifique, mais qui reste désespérément à distance.

 

La structure du film n'aide pas forcément à l'immersion. En découpant son œuvre en segments qui rendent hommage au cinéma muet, au film noir ou au fantastique, Bi Gan crée un effet de collage. Si chaque morceau pris à part est souvent une réussite esthétique, l'ensemble manque cruellement de liant. On passe d'une ambiance à une autre sans que le fil rouge narratif ne parvienne à nous tenir en haleine. Cette sensation de déconnexion est accentuée par la durée du film. Tenir deux heures quarante devant une œuvre aussi abstraite demande un effort considérable. Même pour un spectateur curieux, le temps finit par paraître long. 

 

Certaines scènes s'étirent inutilement, comme si le cinéaste n'avait pas voulu trancher dans le vif. Le film refuse la simplicité et préfère se perdre dans ses propres méandres, au risque de voir l'attention du spectateur décrocher totalement. Le mystère est une chose, l'opacité en est une autre. En choisissant une narration aussi floue, Bi Gan nous invite à ressentir plutôt qu'à comprendre. C’est un parti pris courageux, mais qui montre vite ses limites. Sans personnages auxquels s'attacher vraiment, sans enjeux clairement identifiables, on finit par n'être que de simples observateurs passifs. On regarde les acteurs évoluer dans ces décors sublimes, mais on ne vibre jamais avec eux.

 

Malgré ces réserves, on ne peut pas nier que Resurrection est une proposition de cinéma forte. C’est un film qui ne cherche pas à plaire à tout le monde, et c’est déjà une qualité en soi. Sa récompense à Cannes l’an dernier souligne d'ailleurs ce côté objet non identifié : c’est une œuvre qui divise, qui agace ou qui fascine, mais qui ne laisse personne indifférent. De mon côté, mon cœur balance. Je garde en tête des images d'une beauté rare et des idées de mise en scène qui me hanteront encore un moment. Mais je garde aussi le souvenir d'un film un peu trop sûr de lui, qui se regarde parfois fonctionner avec une autosatisfaction flagrante.

 

Note : 5/10. En bref, je ne conseillerais pas ce film à tout le monde. Si vous aimez les expériences contemplatives, que vous n'avez pas peur du vide narratif et que vous voulez voir ce que le cinéma peut produire de plus beau techniquement aujourd'hui, allez-y. Mais si vous avez besoin d'une histoire solide pour vous évader, vous risquez de trouver le temps très long. Resurrection est une prouesse visuelle, certes, mais une prouesse qui a un peu oublié son âme en chemin.

Sorti le 10 décembre 2025 au cinéma

 

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