Critique Ciné : Romería (2026)

Critique Ciné : Romería (2026)

Romería // De Carla Simón. Avec Llúcia Garcia, Mitch et Tristán Ulloa.

 

Carla Simón a le don de filmer l’intime. Après l’excellent Nos Soleils, elle revient avec Romería, un film qui creuse encore une fois le sillon de la famille et des racines. On y suit Marina, une jeune femme adoptée qui débarque en Galice pour rencontrer sa famille paternelle. Officiellement, elle a besoin d’un papier pour la fac. Officieusement, elle cherche à mettre un visage sur son histoire et à comprendre qui était vraiment son père. L’intention est belle, et sur le papier, tous les ingrédients d'un grand drame espagnol sont réunis : des secrets de famille bien gardés, les traces laissées par les années sida et une quête d’identité nécessaire. 

 

Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…

 

Pourtant, une fois dans la salle, l’alchimie ne prend pas totalement. Le premier constat, c'est que le film prend son temps. Beaucoup de temps. On est dans un cinéma contemplatif, presque au ralenti. Si vous aimez les ambiances posées où l'on observe la pluie tomber et les visages se figer, vous serez servis. Mais pour moi, cette lenteur finit par étouffer le récit. La narration manque de cette tension qui vous tient en haleine. Marina enchaîne les rencontres, les déjeuners de famille et les silences, mais on a l'impression de faire du surplace. On attend le déclic, l'étincelle qui lancerait vraiment le film, mais elle n'arrive jamais vraiment.

 

Carla Simón fait le pari de la suggestion. Elle ne nous mâche pas le travail : tout passe par les non-dits et les regards fuyants. C'est une approche intéressante, mais elle finit par créer une barrière entre l'écran et nous. On regarde Marina de loin, sans jamais réussir à vibrer avec elle. On est spectateur d'une quête qui reste étrangement froide. Le film utilise aussi un mélange de formats : le journal intime de la mère de Marina d'un côté, et des vidéos filmées par Marina elle-même de l'autre. L'idée est de lier le passé au présent, mais le montage manque de fluidité. On saute d'une époque à l'autre sans que cela apporte toujours une vraie profondeur à l'intrigue.

 

Le plus déroutant, c’est le dernier tiers du film. Là, Carla Simón lâche la rampe du récit classique pour plonger dans quelque chose de beaucoup plus abstrait. On se retrouve au milieu de scènes oniriques et de métaphores visuelles censées représenter la mémoire qui se fragmente. C'est poétique, certes, mais ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. On a l’impression que le film hésite entre le documentaire familial et le trip expérimental, sans choisir son camp. C'est d'autant plus dommage que visuellement, le film est superbe. La Galice est magnifiquement filmée. Les paysages de falaises, la mer, les fêtes de village… tout cela a une vraie texture, quelque chose de très physique. 

 

On sent que la réalisatrice aime cette terre. Llúcia Garcia, qui joue Marina, est aussi une belle découverte. Elle dégage un truc naturel, tout en retenue. Mais là encore, son personnage reste tellement en retrait qu'on finit par ne plus trop savoir ce qu'elle veut. Le film nous présente une foule de personnages : oncles, tantes, cousins… C’est une vraie ruche familiale. Le souci, c'est qu'ils ne font que passer. On n'a pas le temps de s'attacher à eux ni de comprendre leurs motivations. Pourquoi sont-ils si réticents à parler du passé ? Qu'est-ce qu'ils cachent vraiment ? Le film survole ces questions sans jamais aller au conflit. Cette pudeur est tout à l'honneur de la réalisatrice, mais elle vide le film de son impact émotionnel.

 

Note : 4.5/10. En bref, Romería est un film sincère, on le sent, mais qui se dilue dans ses propres hésitations. C'est une œuvre qui divisera forcément. Les amoureux d'un cinéma sensoriel et lent y trouveront peut-être leur compte. De mon côté, je suis resté sur le quai. Il y avait une belle promesse de voyage, mais il manque un cap pour que l'on ait vraiment envie de suivre le trajet jusqu'au bout.

Sorti le 8 avril 2026 au cinéma

 

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