28 Avril 2026
On commence à bien connaître le style de Sam Levinson, mais cet épisode 3 arrive quand même à nous prendre à contre-pied. Placer un mariage en plein milieu de la saison, c'est un pari risqué. D'habitude, ce genre d'événement sert de grand final ou de dénouement. Ici, c'est tout l'inverse : c'est un point de ralliement forcé où toutes les rancœurs du passé viennent s'installer discrètement à la table des invités. On attendait une explosion, une scène de ménage monumentale devant l'autel, mais la série joue la carte de la tension sourde, et c’est presque plus efficace. Le mariage de Cassie et Nate est traité comme une immense pièce de théâtre.
Tout est millimétré, esthétique, ultra-léché, mais on sent dès les premières secondes que c’est une façade en carton-pâte. Ils essaient désespérément de nous vendre une réussite sociale, un couple goal qui aurait survécu au chaos des années lycée. Sauf que derrière le voile blanc de Cassie, le malaise est palpable. Leur relation ne tient pas sur de l'amour, mais sur une accumulation de non-dits et une envie maladive de prouver au monde qu'ils ont gagné. En réalité, ils n'ont jamais semblé aussi fragiles. Le grand moment que tout le monde attendait, c’était bien sûr l’arrivée de Maddy. On imaginait déjà des verres brisés et des insultes, mais l'épisode prend une direction beaucoup plus mature.
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Maddy ne vient pas pour faire un scandale. Sa retenue est fascinante. Elle observe ce cirque avec une distance qui montre à quel point elle a grandi. Son silence pèse beaucoup plus lourd qu'une crise de nerfs. Elle regarde Cassie, elle comprend le piège dans lequel son ancienne amie s'est enfermée, et elle s'en va. C’est une forme d'adieu définitif au passé, et c'est sans doute l'évolution de personnage la plus gratifiante de la saison. De son côté, Jules continue de naviguer dans des eaux troubles. Sa présence au mariage est étrange, surtout quand elle se retrouve face à Nate ou Cal. Ce qui frappe, c’est son calme. Elle n'est plus dans la réaction émotionnelle brute.
Elle semble essayer de se construire une nouvelle vie, mais ses vieux démons ne sont jamais loin. L’intrigue qui la lie à cet homme plus âgé est d’ailleurs assez troublante. On a l’impression de voir Jules reprendre le contrôle, mais en même temps, elle retombe dans des schémas de domination qu’on lui connaît bien. C’est tout le paradoxe du personnage : elle veut avancer, mais elle est attirée par ce qui l'abîme. Pendant que tout le monde joue à la famille parfaite, Rue reste un peu en marge. Ses apparitions sont plus courtes, plus hachées, ce qui renforce l'idée qu'elle vit désormais dans un monde totalement différent de celui des autres. Elle n'est plus vraiment là, même physiquement.
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Elle s'enfonce dans des affaires de plus en plus sombres, et la menace qui pèse sur elle n'est plus une simple crise d’adolescence. C’est une épée de Damoclès qui devient de plus en plus lourde au fil des minutes. On sent que le danger approche, pas par une grosse déflagration, mais par une lente érosion de sa sécurité. Le mariage finit par se fissurer de l'intérieur. Les discours deviennent gênants, les regards se font fuyants, et l'ambiance devient franchement étouffante. Cassie, qui voulait tellement ce moment de gloire, réalise peu à peu que la réalité ne ressemble en rien à ses fantasmes. La chute est brutale. Le vernis craque complètement quand les problèmes d'argent de Nate refont surface.
C’est là qu’on voit son vrai visage : celui d'un homme qui veut tout contrôler mais qui est incapable de gérer sa propre vie. Son déni est presque pathétique et il finit par saboter l'équilibre précaire qu'il avait réussi à instaurer. La fin de l’épisode bascule carrément dans autre chose. Une irruption de violence extérieure vient briser le peu de cérémonie qui restait. C’est soudain, presque absurde, et ça laisse un goût amer. On passe du glamour à l'horreur en un clin d'œil, un rappel brutal que dans l'univers d'Euphoria, rien n'est jamais acquis.
Note : 7/10. En bref, cet épisode ne résout rien, et c’est tant mieux. Il se contente de nous montrer des gens brisés qui essaient de faire semblant d'aller bien. C’est un portrait acide de la superficialité et des illusions qu'on se raconte pour tenir debout. Le mariage était censé unir les gens, il n'a fait qu'isoler davantage chaque personnage dans sa propre solitude. Un épisode dense, inconfortable par moments, mais terriblement juste sur la fin des illusions de jeunesse.
Disponible sur HBO max
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