Critique Ciné : Un jour avec mon père (2026)

Critique Ciné : Un jour avec mon père (2026)

Un jour avec mon père // De Akinola Davies. Avec Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo et Godwin Egbo.

 

Plus qu'un simple récit, Un jour avec mon père agit comme une plongée sensorielle dans un souvenir aux contours flous et fuyants, capturant avec une justesse troublante cette impression de revivre un fragment de passé. Le premier long métrage d’Akinola Davies Jr. ne suit pas les rails habituels du cinéma narratif. C’est une œuvre qui respire, qui hésite et qui finit par nous emmener dans une journée particulière à Lagos, en 1993, au cœur d’une période charnière pour le Nigeria. Le point de départ est d'une simplicité désarmante : un père, Folarin, vient chercher ses deux fils pour passer une journée ensemble. Mais très vite, on sent que l’évidence n’est qu’une façade. 

 

Un Jour avec mon père est un récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la capitale nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l'immense ville alors que des troubles politiques menacent.

 

On est juste après des élections présidentielles cruciales, et l'atmosphère dans les rues de Lagos est lourde, presque électrique. Pourtant, le réalisateur fait un choix fort : la politique reste en périphérie. Ce qui l'intéresse, c'est l'intimité de cette cellule familiale éclatée qui tente de se reconstruire le temps de quelques heures. Le personnage du père est fascinant parce qu'il est profondément humain, c’est-à-dire pétri de contradictions. Folarin n'est pas un héros, ni même un modèle de stabilité. Il débarque comme une sorte de mirage dans la vie de ses enfants, avec une chaleur qui semble sincère, mais une distance qu’il ne parvient jamais tout à fait à combler. 

 

Il promet beaucoup, il rit fort, mais ses yeux trahissent une urgence ou peut-être une fuite. Cette ambiguïté est le moteur silencieux du film. On passe la journée à se demander qui est vraiment cet homme et pourquoi cette rencontre a lieu maintenant. Face à lui, les deux garçons apportent une vérité incroyable au récit. Le fait qu'ils soient réellement frères dans la vie se ressent à chaque seconde. Il y a entre eux cette complicité qui n'a pas besoin de mots, faite de regards en coin et de gestes protecteurs. La caméra se place souvent à leur hauteur, ce qui transforme la ville de Lagos en un terrain d'observation immense. 

 

On voit ce qu'ils voient : les uniformes militaires au coin des rues, la poussière qui danse dans la lumière, l'agitation d'une métropole qui semble toujours sur le point de basculer. Visuellement, le film est une claque de douceur et d'âpreté mêlées. La lumière est travaillée de telle sorte qu'on a parfois l'impression de regarder de vieilles photographies qui auraient pris vie. Lagos n'est pas qu'un décor, c'est un personnage à part entière, organique et parfois menaçant. Cette esthétique renforce l'idée que nous sommes dans la mémoire. Les souvenirs ne sont jamais nets, ils sont faits de fragments, de bruits de moteurs, de silences sur une plage et de conversations interrompues dans une voiture.

 

C’est là que le film peut perdre certains spectateurs. Un jour avec mon père refuse la structure classique du scénario avec ses rebondissements calculés. C’est un film atmosphérique qui préfère accumuler des moments de vie plutôt que de construire une intrigue solide. Par moments, on a la sensation que le récit piétine ou s'égare dans des scènes un peu trop contemplatives. Cette liberté narrative est une prise de risque : elle rend l'expérience très authentique, mais elle bride parfois l'émotion brute. On reste un peu sur le seuil, spectateurs d'une intimité dont on ne possède pas toutes les clés. Pourtant, il est impossible de nier la sincérité qui se dégage de chaque plan. 

 

Le réalisateur ne cherche pas à nous manipuler ou à nous arracher des larmes par des ficelles faciles. Il filme le vide, les non-dits et la maladresse d'un père qui ne sait plus très bien comment être là. C’est un portrait de famille sans fard, où l'absence est aussi présente que la présence. La fin du voyage vient donner un éclairage tout nouveau à cette déambulation urbaine. Elle apporte une touche de mélancolie qui reste en tête bien après le générique. On comprend alors que ce qu'on a pris pour une simple chronique est en fait quelque chose de beaucoup plus précieux et peut-être de plus définitif. Un jour avec mon père est un film qui demande de la patience et une certaine ouverture d'esprit. 

 

Ce n'est pas un divertissement calibré, c'est une proposition de cinéma sensoriel. Malgré quelques longueurs et un rythme qui pourra sembler trop vaporeux pour certains, c'est une œuvre qui touche par sa justesse et par sa manière délicate de traiter des sujets universels comme la transmission et le poids du passé. Une jolie parenthèse, fragile et hantée, qui prouve qu'au cinéma, l'émotion naît souvent du plus simple des silences.

 

Note : 7/10. En bref, Un jour avec mon père est un film qui demande de la patience et une certaine ouverture d'esprit. Ce n'est pas un divertissement calibré, c'est une proposition de cinéma sensoriel. Malgré quelques longueurs et un rythme qui pourra sembler trop vaporeux pour certains, c'est une œuvre qui touche par sa justesse et par sa manière délicate de traiter des sujets universels comme la transmission et le poids du passé. 

Sorti le 25 mars 2026 au cinéma

 

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