22 Mai 2026
Side Effects (Něco za něco) // De Matej Pichler. Avec Jaromír Nosek, Judit Pechácek et Martin Pechlát.
Avec Side Effects, le réalisateur Matěj Pichler tente de nous plonger dans un drame de couple étouffant. Sur le papier, l’idée avait de quoi attirer l'attention. Prenez un architecte à qui tout réussit, ajoutez-y une annonce médicale dramatique et saupoudrez le tout d'un week-end entre amis à la campagne qui vire au grand déballage. Ce point de départ laissait espérer un thriller psychologique grinçant, une plongée inconfortable dans l’hypocrisie sociale et les lâchetés ordinaires. Pourtant, le résultat final s'avère décevant et reste bloqué à la surface de son sujet.
Daniel, un architecte accompli, s’apprête à annoncer à sa femme Kateřina qu’il a terminé le projet d’un prestigieux gratte-ciel lorsqu’elle lui révèle qu’elle souffre d’une grave insuffisance rénale nécessitant une transplantation. Face à ce dilemme, il doit décider s’il va lui offrir un de ses reins, au risque de mettre sa propre vie en danger, ou refuser, au risque de détruire son mariage. Leur week-end d’anniversaire, partagé avec leurs amis Erik et Diana, prend alors une tournure inattendue, révélant les forces, les faiblesses et les côtés comiques de chacun.
L'histoire se concentre sur Daniel, un architecte qui vient de finaliser le projet de sa vie, une tour immense destinée à redéfinir le paysage urbain. C'est le moment précis que choisit sa femme, Katerina, pour lui annoncer une terrible nouvelle : ses reins lâchent et elle a besoin d'une greffe en urgence. Immédiatement, une question terrible s'impose sans qu'on ait besoin de la formuler à voix haute. Daniel va-t-il accepter de donner un de ses propres organes pour sauver son épouse ? Le dilemme moral est posé, mais le couple doit mettre cette tension de côté pour rejoindre leurs amis, Erik et Diana, afin de célébrer l'anniversaire de Katerina.
Évidemment, dans ce genre de configuration, les secrets ne restent jamais bien gardés. La fête d'anniversaire se transforme rapidement en un tribunal improvisé où les infidélités, les jalousies enfouies et les vieilles rancunes remontent à la surface. Le plus grand défaut de Side Effects réside dans son incapacité à choisir son camp. Le long-métrage oscille constamment entre le drame psychologique pur, la comédie de mœurs un peu cynique et le règlement de comptes théâtral. Ce manque d'équilibre casse le rythme. Le ton change d'une scène à l'autre sans réelle justification narrative, donnant parfois l'impression que le réalisateur cherche le choc immédiat plutôt que la construction logique de ses personnages.
C'est d'autant plus regrettable que le postulat de départ pose une question essentielle et rarement traitée avec autant de front : jusqu'où va concrètement l'amour quand le sacrifice devient physique et irréversible ? Parler de solidarité conjugale est une chose, passer sur une table d'opération en est une autre. Le film réussit d'ailleurs ses meilleurs moments lorsqu'il capte cette peur viscérale et l'égoïsme légitime qui sommeille en chacun de nous. On touche alors du doigt une vérité humaine dérangeante. Malheureusement, ces éclairs de lucidité sont vite étouffés par des vagues de dialogues interminables. Side Effects souffre du syndrome de la pièce de théâtre filmée.
Les personnages verbalisent absolument tout, s'écharpent dans des discussions redondantes et finissent par tourner en rond dans le décor de cette maison de campagne. À force de vouloir accumuler les révélations fracassantes pour relancer l'intérêt, le scénario perd de sa crédibilité. Ce manque de subtilité se ressent également dans l'écriture des protagonistes. Chaque membre du quatuor semble prisonnier d'une fonction précise. Nous avons le mari lâche, l'ami trop lisse pour être honnête, la femme victime et l'autre couple dont les fissures sautent aux yeux. Comme les trajectoires n'évoluent pas de manière organique, les réactions des uns et des autres deviennent prévisibles.
Les rebondissements arrivent souvent de façon grossière, ce qui gâche la surprise. Heureusement, la distribution sauve les meubles. Les acteurs croient en leur personnage et leur investissement permet de traverser les tunnels de dialogues sans trop décrocher. Anna Polívková insuffle une vraie vulnérabilité à Katerina, évitant de sombrer dans le pathos. Face à elle, Martin Pechlát incarne avec une justesse agaçante ce mari fuyant, incapable de prendre une décision courageuse. Le second couple, interprété par Jaromír Nosek et Barbora Seidlová, apporte une énergie bienvenue qui permet de secouer un récit souvent amorphe. Le cœur du problème vient d'une mise en scène trop sage pour un tel sujet.
Un huis clos exige une caméra nerveuse, une gestion de l'espace qui accentue la sensation d'enfermement et de paranoïa. Ici, la réalisation reste désespérément plate et académique. On assiste à une succession de champs-contrechamps classiques, sans aucune proposition visuelle forte pour traduire le malaise grandissant. L'ennui pointe alors le bout de son nez, malgré une durée totale plutôt courte. Certaines scènes s'étirent inutilement, là où le film aurait gagné à être plus incisif et percutant. Au bout du compte, cette comédie dramatique venue de République Tchèque laisse un sérieux goût d'inachevé.
Il y avait le potentiel pour signer une œuvre cruelle, une critique acerbe du couple moderne et des apparences. À la place, Matěj Pichler livre une œuvre timide qui effleure des thématiques puissantes comme la maladie, la culpabilité ou la peur de vieillir, sans jamais oser aller au bout de son concept. Side Effects se veut profond, mais il s'arrête là où le véritable inconfort aurait dû commencer. C'est un rendez-vous manqué, vite vu et malheureusement vite oublié.
Note : 4/10. En bref, malgré un point de départ intrigant sur le sacrifice de soi et l'égoïsme dans le couple, Side Effects se perd rapidement dans des dialogues interminables et une mise en scène trop plate. Ce huis clos psychologique, gâché par un manque de subtilité et un ton hésitant, passe à côté de son sujet pour devenir une œuvre prévisible et vite oubliée.
Prochainement en France en SVOD
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