19 Mai 2026
Depuis le retour d'Euphoria pour cette troisième saison, on a souvent eu l'impression de regarder un train dérailler en boucle. Sam Levinson adore pousser ses personnages au bout du rouleau, quitte à sacrifier un peu la cohérence de son histoire en chemin. Mais ce sixième épisode vient enfin calmer le jeu. On ne revient pas par magie aux sommets des débuts de la série, mais on respire un peu. Derrière le chaos visuel et les provocations habituelles, l'émotion pointe à nouveau le bout de son nez, et ça fait un bien fou. Tout repose sur les épaules de Rue.
Ces derniers temps, sa trajectoire ressemblait à une fuite en avant épuisante, une descente aux enfers sans fin qui commençait à tourner en rond. Cette fois, la série prend le temps de la reconnecter à ses démons intérieurs, les vrais. On parle de culpabilité, de pardon et d'une tentative désespérée de rédemption. La longue séquence dans l'église montre bien ce changement de cap. Rue n'essaie plus seulement de survivre au jour le jour ou de fuir les retombées de ses mensonges. Elle se demande, concrètement, comment on continue à vivre quand on a tout cramé autour de soi. Cette touche spirituelle n'arrive pas de nulle part, même si Euphoria n'a jamais brillé par sa subtilité.
Les symboles religieux ont toujours été là, et l'apparition de ce buisson en feu sur la route est une métaphore un peu lourde. Pourtant, elle colle parfaitement à l'état d'esprit de Rue. C'est l'image d'une gamine complètement perdue, au bout du chemin, qui supplie le ciel de lui envoyer un signe pour donner un sens à son existence. Heureusement, le vrai cœur de l'épisode est beaucoup plus simple et terre à terre. C'est ce coup de téléphone déchirant entre Rue et sa mère. Alors que leur relation avait été totalement mise de côté depuis le début de la saison, ce moment nous rappelle d'où vient la force dramatique de la série. Le personnage de Leslie a toujours été la boussole réaliste face aux dérives de sa fille.
Retrouver ce lien apporte une vraie bouffée d'humanité dans une saison qui s'était sérieusement refroidie. Zendaya y est immense, toute en retenue, loin des grands éclats de larmes et des crises de nerfs auxquels la série nous avait habitués. En parallèle, l'épisode prend le temps d'explorer le passé d'Alamo via un long flashback sur son enfance. C'est probablement l'une des meilleures intuitions des scénaristes cette année. Euphoria avait un peu perdu cette habitude de soigner ses seconds rôles avec de vraies histoires d'origine. Comprendre comment la trahison de sa propre mère a forgé sa paranoïa et son besoin viscéral de tout contrôler donne enfin de l'épaisseur au personnage.
Tout devient plus logique, plus viscéral. Malheureusement, le traitement n'est pas le même pour tout le monde, et certains personnages continuent de naviguer à vue. Prenez Jules, par exemple. Sa trajectoire devient de plus en plus illisible. Sa confrontation avec Rue aurait dû nous briser le cœur, surtout après des semaines de non-dits et de tensions sous-jacentes. À la place, on se prend un éclat de violence qui sort de nulle part, sans aucune progression logique. On sent trop la volonté de choquer le spectateur plutôt que de raconter une vraie évolution de leur couple. C'est d'ailleurs le gros point noir de cette saison 3 : les personnages bougent souvent parce que le scénario l'exige, pas parce que c'est logique pour eux.
Nate Jacobs en est la preuve vivante. Lui qui terrorisait tout le monde et incarnait une menace fascinante ressemble aujourd'hui à une caricature de méchant fatigué. Ses scènes tournent tellement en rond qu'elles en deviennent presque comiques malgré elles. Du côté de Cassie, le constat est similaire. Son immersion dans l'univers de L.A. Nights offre de superbes moments, notamment lorsqu'elle craque face caméra en mélangeant ses propres traumatismes à sa performance improvisée. Mais ses décisions s'enchaînent sans logique. Supprimer son compte OnlyFans sur un coup de tête balaie d'un revers de main tout ce que la série construisait patiemment autour de son émancipation et de sa rivalité avec Maddy.
Maddy, quant à elle, reste reléguée au second plan alors qu'elle a tout le potentiel pour faire exploser l'intrigue. L'histoire avance par morceaux, de façon tellement décousue qu'on commence à se demander si Sam Levinson sait vraiment comment il va refermer toutes ces portes avant le final. Au bout du compte, cet épisode 6 s'apprécie pour ses fulgurances plutôt que pour sa cohérence globale. Par moments, on retrouve le Euphoria qu'on aimait tant, celui qui sait capter la solitude adolescente, le besoin viscéral d'être aimé et les ravages des environnements toxiques. À d'autres moments, on a l'impression de voir une équipe qui improvise son propre chaos sans boussole.
Mais ne boudons pas notre plaisir : cet épisode offre une vulnérabilité sincère qui manquait cruellement au show depuis trop longtemps. Rue s'extrait enfin, le temps de quelques scènes, de l'engrenage des trafics et des drames permanents. Sous les paillettes, la mise en scène grandiloquente et les métaphores mystiques, il reste une jeune femme brisée qui veut juste qu'on lui donne une chance de tout recommencer. À deux épisodes de la fin de la saison, la série avance encore en boitant, mais elle prouve qu'elle a encore un cœur qui bat.
Note : 6.5/10. En bref, cet épisode 6 redonne enfin une vraie touche de vulnérabilité et d'humanité à Rue, notamment grâce à un coup de téléphone déchirant avec sa mère qui rappelle les meilleurs moments de la série. Malgré cette belle sincérité retrouvée, l'ensemble souffre encore d'un scénario fragmenté et de personnages secondaires qui naviguent à vue à l'approche de la fin de saison.
Disponible sur HBO max
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