27 Juin 2026
Citizen Vigilante // De Uwe Boll. Avec Armie Hammer, Mukit Abdul Hamid et Costas Mandylor.
Quand le nom d’Uwe Boll surgit sur une affiche, on sait d'avance que la séance ne va pas briller par sa subtilité. Avec Citizen Vigilante, le cinéaste allemand le plus controversé d'Internet frappe encore, et il n'a pas raté sa cible : le fond du caniveau. Sur le papier, le projet vendait un énième thriller d'autodéfense dans la digne lignée d'un Death Wish, censé interroger les limites de la justice et les dérives de la vengeance personnelle. Sauf qu'aux commandes, c'est Uwe Boll. Le résultat final abandonne instantanément toute ambition artistique pour devenir un tract politique rance déguisé en film d'action fauché, où le concept même de cinéma semble avoir été totalement oublié en cours de route.
Sanders se lance dans la chasse aux criminels. Alors que sa croisade le transforme en héros aux yeux du public et sur les réseaux sociaux, le chef de la police locale le considère comme une menace pour la société et cherche à le faire tomber.
Notre héros du jour est un ancien militaire qui s'installe tranquillement en Europe après avoir hérité de la boîte familiale. Le pitch de départ aurait pu mener à quelque chose de potable, mais le scénario choisit de saboter ses propres fondations en moins de dix minutes. Convaincu que les institutions dorment au gaz, notre homme commence à traquer du criminel avec un biais très spécifique : pour lui, l’immigration est la source unique de tous les maux de la société. Le script balance alors toute forme de nuance par la fenêtre. Le protagoniste n'est jamais traité comme un personnage de fiction avec des doutes, des traumatismes ou une psychologie évolutive. Non, il est transformé en une vulgaire mascotte idéologique ambulante.
C’est là que réside le problème majeur de cette purge. Le long-métrage refuse catégoriquement d'écrire des êtres humains crédibles ou de construire des situations un minimum complexes. Chaque individu à l'écran n'existe que pour représenter un panneau publicitaire politique. Les policiers sont dépeints comme de parfaits imbéciles incapables de lacer leurs chaussures, les médias réagissent de manière totalement robotique selon les besoins purement mécaniques du script, et les criminels affichent le relief d'une feuille de papier toilette. Là où un bon thriller noir parvient à bousculer le spectateur et à le pousser à la réflexion, Citizen Vigilante préfère lui enfoncer son message bien profondément dans le crâne à coups de parpaing.
L'insécurité égale l'immigration, point final, circulez, il n'y a rien à voir. Ce simplisme outrancier transforme l'œuvre en une démonstration politique ultra-grossière. Pour s’assurer que même le spectateur le plus distrait saisisse bien la leçon, Boll abuse jusqu’à la nausée de faux reportages télévisés explicatifs. Les personnages ne se parlent jamais vraiment, ils s'échangent des éditoriaux dogmatiques. Les dialogues ressemblent à s'y méprendre à une section commentaires de réseau social un soir de lune de miel entre trolls. Si au moins le film tenait la route visuellement, on pourrait tenter de débrancher son cerveau pour profiter du spectacle. Mais sur le plan purement technique, on est face à une véritable catastrophe industrielle.
La narration s’emmêle les pinceaux dans des flashbacks foireux et des changements de temporalité inutiles qui ne servent qu’à masquer le vide abyssal de l’intrigue. Certaines scènes débarquent sans le moindre sens logique, tandis que d'autres sont répétées sous plusieurs angles différents, probablement pour gratter de précieuses minutes et atteindre péniblement le format long-métrage. Les séquences d'action ne sauvent absolument rien. Les fusillades s'enchaînent sur un rythme d'une monotonie mortelle, sans aucune gestion de la tension ou de l'espace. Le réalisateur cherche visiblement à choquer en accumulant une violence crue et mécanique, mais l’effet tombe complètement à plat tant l'ensemble est fade. On sent aussi passer le budget ultra-limité de la production.
Les effets spéciaux font de la peine, les explosions semblent générées sur un logiciel gratuit du début des années 2000 et le montage s'avère tellement abrupt qu’on jurerait que les coupes ont été faites à la hache. Au milieu de ce naufrage, le pauvre Armie Hammer essaie tant bien que mal de maintenir le navire à flot. C'est l'un des rares éléments qui livre une prestation à peu près digne, apportant une once de charisme à un personnage pourtant écrit à la truelle. Mais son jeu stagne rapidement, bloqué par un script qui lui refuse la moindre trajectoire psychologique. En face, Costas Mandylor joue l'enquêteur fantoche, un simple pion posé là pour faire mine de créer un obstacle.
Note : 0/10. En bref, Citizen Vigilante n'est pas un thriller, c'est un supplice laborieux qui sacrifie le septième art sur l'autel de la provocation bas du front. Économisez votre temps et votre énergie : il n'y a absolument rien à sauver ici.
Prochainement en France en SVOD
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