3 Juin 2026
Unexpected Family // De Taiyan Li. Avec Jackie Chan, Yuchang Peng et Jianing Zhang.
Quand on pense à Jackie Chan, on imagine tout de suite des cascades de folie, des chorégraphies millimétrées et un humour physique qui a bercé des générations de cinéphiles. Autant dire qu'en lançant Unexpected Family, on prend une sacrée claque visuelle, mais pas du tout de la manière habituelle. Ici, l’icône des arts martiaux pose les poings et range les pirouettes au placard. Il s'attaque à un registre radicalement différent, celui du drame familial pur et dur, en plein cœur d'une histoire touchante sur la maladie d'Alzheimer, la perte des souvenirs et les liens humains qu'on tisse un peu par hasard.
Pour des raisons familiales, Zhong Bufan, un jeune homme originaire d'une petite ville, s'enfuit de chez lui pour tenter de rejoindre Pékin. En chemin, il croise la route de Ren Jiqing, un vieil homme atteint de la maladie d'Alzheimer qui le prend pour son fils.
C’est un virage à 180 degrés qui va bousculer les fans de la première heure, mais qui prouve surtout que le bonhomme a une vraie sensibilité d'acteur dramatique sous sa carapace de cascadeur. L’intrigue nous plonge dans le quotidien de Ren Jiqing, un vieil homme qui perd doucement le fil de sa mémoire à cause d'Alzheimer. Un jour, sa route croise celle de Zhong Bufan, un jeune gars un peu paumé qui débarque en ville avec l'espoir de reconstruire sa vie à zéro. À cause d'un quiproquo un peu absurde, Ren se persuade que ce parfait inconnu est en réalité son propre fils. Au lieu de rétablir la vérité tout de suite, Zhong se laisse prendre au jeu et accepte d'endosser ce rôle d'emprunt.
C’est le point de départ d'une cohabitation improbable entre deux âmes cabossées par la vie, qui vont apprendre à se reconstruire ensemble. La grande force du film, c'est vraiment cette relation humaine. Le scénario ne cherche pas à en faire trop avec des rebondissements artificiels ou des secrets de famille explosifs. On est plutôt là pour observer la vie de tous les jours, les petits riens qui font que l’affection s'installe. Le réalisateur montre avec beaucoup de pudeur comment une véritable famille peut naître entre deux personnes qui n'ont pourtant aucun lien de sang. C'est une jolie réflexion sur l’isolement, le deuil et ce besoin viscéral qu'on a tous de trouver notre place quelque part.
Mais la vraie baffe du film vient indéniablement de Jackie Chan. On l’avait déjà aperçu dans des rôles un peu plus sombres par le passé, mais jamais il n'avait poussé le curseur de l'émotion aussi loin. Son interprétation de ce vieil homme désorienté sonne incroyablement juste. Il évite le piège du mélo larmoyant et joue la carte de la retenue. C’est dans ses regards perdus, ses silences et ses brefs moments de lucidité qu’il arrive à nous serrer le cœur. Cette sobriété fait un bien fou et donne une vraie authenticité à son personnage. En face, le jeune Peng Yuchang ne se fait pas démonter et livre une partition très solide. L’alchimie entre les deux fonctionne à merveille et porte littéralement le long-métrage sur ses épaules.
Le réalisateur Li Taiyan a eu la bonne idée de choisir une mise en scène discrète, presque invisible. Il évite les grands effets de caméra pour se focaliser sur des détails du quotidien, comme un repas partagé ou un geste tendre. Cette approche presque documentaire traite la maladie d'Alzheimer avec un immense respect, montrant les ravages de l'oubli sans jamais enlever sa dignité au personnage principal. Tout n'est pas parfait pour autant dans Unexpected Family. Le script retombe régulièrement dans des schémas ultra classiques du cinéma dramatique. On sent venir certaines scènes d'émotion à des kilomètres, et quelques ficelles scénaristiques semblent un peu trop calculées pour forcer les larmes.
De plus, le film a tendance à s'éparpiller un peu. En voulant trop développer des personnages secondaires dont on n'a pas grand-chose à faire, le récit perd en rythme et traîne parfois en longueur. Une narration plus resserrée autour du duo principal aurait donné encore plus d'impact à l'ensemble. Il y a aussi la question de l'humour qui pose parfois problème. On sent que le film essaie de garder un peu de la bonhomie naturelle de Jackie Chan, mais ces touches comiques s'intègrent assez mal avec l'ambiance générale plutôt mélancolique. Ça casse parfois l'émotion d'une scène dramatique sans que ce soit vraiment nécessaire. Malgré ces quelques fausses notes, le film s'en sort haut la main grâce à sa sincérité.
La bande originale sait se faire discrète et accompagne parfaitement cette trajectoire douce-amère. Ceux qui s'attendent à voir Jackie Chan distribuer des mandales vont être déçus, c'est certain. Son ennemi ici est invisible et invincible, ce qui rend le combat bien plus poignant. Au final, Unexpected Family s'impose comme un joli drame humain. Même si l'histoire est parfois prévisible, la performance de son acteur principal vaut largement le détour. C'est la preuve touchante que la famille dépasse parfois les gènes, et une superbe occasion de redécouvrir une légende du cinéma sous un jour totalement inédit.
Note : 8/10. En bref, malgré un scénario parfois prévisible et quelques longueurs, Unexpected Family touche en plein cœur grâce à son regard juste et pudique sur la maladie d'Alzheimer. Porté par un duo complice, le film offre surtout une facette inédit d'un Jackie Chan bouleversant de sobriété, loin de ses cascades habituelles.
Prochainement en France
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