Tip Toe (Mini-series, épisode 4) : face-à-face brutal et vérités qui blessent

Tip Toe (Mini-series, épisode 4) : face-à-face brutal et vérités qui blessent

On avance enfin dans Tip Toe, et ce quatrième épisode ne fait pas de cadeaux. Après un début qui posait tranquillement le décor et les personnages, puis un troisième volet braqué sur Clive, on arrive au moment que tout le monde attendait : celui où les secrets arrêtent de gentiment couver pour commencer à tout cramer. Russell T Davies continue de disséquer cette famille anglaise avec sa justesse habituelle, et autant le dire tout de suite, ça fait mal. On est en plein dans le vif du sujet, là où le déni généralisé se prend le mur du réel en pleine face. Ce qui frappe avec cet épisode, c'est qu'il ne s'encombre pas de rebondissements artificiels ou de coups de théâtre de série B. 

 

Tout avance de manière organique, presque étouffante. La tension ne vient pas d'une menace extérieure, mais des personnages eux-mêmes, de leurs non-dits et de cette incapacité chronique à s'écouter. C'est l'épisode des conséquences, le moment inconfortable où ce qui était caché sous le tapis commence à déborder de partout. Clive est clairement le pivot inconfortable de cette histoire. Depuis le premier épisode, le mec vit dans une forteresse de certitudes absolues. Ici, l'écriture lui donne un peu plus de relief, mais attention, ça ne le rend pas plus sympathique pour autant. On découvre juste l'étendue de ses failles. C'est fascinant et flippant de voir à quel point il est infoutu de remettre en question sa vision du monde. 

Chaque fois que la réalité contredit ses préjugés, son cerveau bugge. Au lieu d'essayer de comprendre, il se braque, il contourne, il s'énerve. David Morrissey est tout simplement impérial dans l'inconfort. Il évite avec brio la caricature du gros réac de service. Dans son regard, dans ses accès de colère, on sent surtout un mec complètement paumé, terrifié par un monde moderne dont il n'a plus les codes et qu'il ne contrôle plus du tout. Ses hésitations permanentes entre une curiosité un peu maladroite et un rejet viscéral créent un malaise permanent à l'écran. Le gros morceau de l'épisode, c'est évidemment le face-à-face entre Clive et Leo. C'est le moteur de Tip Toe depuis le début, mais leurs discussions prennent ici une tournure beaucoup plus intime et brutale.

 

On n'est pas dans un débat politique stérile ou une opposition idéologique de plateau télé. C'est de l'humain pur, avec tout ce que ça a de tragique. Les deux hommes se parlent, se crient dessus, mais ils ne se comprennent jamais vraiment. Chacun est enfermé dans sa logique. Leo essaie de lui ouvrir les yeux sur des vérités flagrantes, tandis que Clive se cramponne à ses peurs comme à une bouée de sauvetage. Alan Cumming apporte une sensibilité dingue à Leo. Il garde son ironie mordante et son style bien à lui, mais il laisse aussi entrevoir ses propres cicatrices. On comprend que son franc-parler cache un vécu lourd, des combats passés qui dictent sa manière de réagir aujourd'hui. Le duo Morrissey-Cumming fait de vraies étincelles dramatiques. 

Pendant que les adultes se déchirent, le genre George commence enfin à exister par lui-même. C'est l'une des très bonnes surprises de cet épisode. Jusqu'ici, on le sentait constamment sur la défensive, obligé de peser le moindre de ses mots chez lui pour ne pas déclencher une crise de nerfs paternelle. Enfin, la série lui donne de l'air. À travers des moments passés en dehors du cercle familial, dans des espaces plus bienveillants, George explore qui il est vraiment. Ces scènes font un bien fou à l'épisode. Elles sont simples, sans grands discours moralisateurs. On y voit juste un gamin en pleine construction qui cherche sa place, tiraillé entre l'envie de plaire à ses proches et le besoin vital de s'émanciper. 

 

C'est là que le fossé des générations se fait le plus cruellement sentir. Là où Clive s'imagine un complot ou une menace pour ses valeurs, il n'y a en fait qu'un adolescent qui essaie de respirer. À côté de ça, la maison Goss ressemble de plus en plus à un navire qui prend l'eau. La relation entre Clive et sa femme est arrivée à un point d'usure assez terrible. Les silences pèsent plus lourd que les mots, et la communication est totalement rompue. La présence de Saul vient en rajouter une couche : son parcours prend le contre-pied exact des fantasmes de réussite de son père, ce qui ne fait qu'accentuer le décalage entre la vitrine que Clive veut afficher et le désastre à l'intérieur de son salon. 

Personne ne se parle franchement, tout le monde détient un morceau du puzzle mais personne ne veut le poser sur la table. L'ambiance générale est devenue incroyablement lourde. La mise en scène est brillante parce qu'elle utilise des décors du quotidien, hyper banals, comme des maisons de banlieue ou le bar du coin, pour en faire des huis clos étouffants. Le rythme prend son temps. Pas d'effets de manche, tout passe par des regards fuyants, des silences pesants et des dialogues au rasoir. On sent que la bascule est proche, que le point de non-retour est presque atteint. Pour ma part, j'ai trouvé cet épisode 4 redoutablement efficace. 

 

La série gomme les petites lourdeurs thématiques des débuts pour se concentrer sur ce qu'elle fait de mieux : l'humain et les relations qui foirent. La confrontation Clive-Leo tient toutes ses promesses, et l'évolution de George apporte un contrepoids lumineux qui évite au récit de sombrer dans le pur cynisme. Russell T Davies prouve encore une fois qu'il sait raconter notre époque par le prisme de l'intime, sans donner de leçons faciles, juste en montrant à quel point nos certitudes peuvent nous détruire. Un excellent cru qui donne cruellement envie de voir comment tout cela va s'effondrer.

 

Note : 9/10. En bref, cet épisode 4 fait voler en éclats le déni de la famille Goss à travers un face-à-face d'une justesse brute entre Clive et Leo reposant sur le talent d’écriture du créateur et le talent de son casting. Sans artifices, Russell T Davies signe un huis clos étouffant et profondément humain où les silences et les non-dits finissent enfin par tout cramer.

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