9 Juin 2026
We’re Not Safe Here // De Solomon Gray. Avec Hayley McFarland, Sharmita Bhattacharya et Margaret Wuertz.
Vous connaissez cette sensation quand on vous promet un grand huit psychologique et qu'on vous installe finalement sur un escalator en panne ? C’est exactement le voyage proposé par We’re Not Safe Here. Sur le papier, l’affaire avait presque l’air sexy. Une prof d'art en pleine panne d'inspiration, une collègue visiblement instable qui toque à sa porte en pleine nuit, des traumatismes contagieux, des visions bizarres… Bref, la panoplie complète du thriller psychologique moderne qui veut vous faire douter de votre propre ombre. On se dit qu’on va frissonner, ou au moins réfléchir un peu. Spoiler : on va surtout lutter pour ne pas checker son téléphone toutes les trois minutes.
Après avoir disparu, une femme revient avec une histoire effrayante. Maintenant, elle et son amie sont pourchassées par une force obscure qui transforme la peur en réalité.
Le film s’ouvre sur une scène choc dont on ne comprend absolument rien. C’est la vieille astuce de réalisation pour faire genre « attention, c'est mystérieux et profond ». En fait, c'est surtout le début d’un long tunnel de vide. On fait donc la connaissance de Neeta, notre prof blasée, qui se retrouve coincée chez elle avec Rachel, sa collègue en pleine crise d'angoisse. Rachel commence alors à lui raconter sa vie, ses peurs, ses traumatismes. Et là, le concept du film se dévoile : la peur et les névroses se transmettent comme une vulgaire grippe. L’idée de la contamination émotionnelle est plutôt cool, c’est vrai. Sauf qu’au lieu d'en faire un engrenage oppressant, le réalisateur a préféré filmer deux personnes qui se regardent le blanc des yeux dans un salon mal éclairé.
Parlons-en, du rythme. Dire que ce film est lent est un euphémisme. À ce niveau-là, ce n'est plus de la lenteur artistique, c'est du sabotage de pellicule. Le scénario passe son temps à repousser le moindre début d'action ou de révélation. Les personnages entament une phrase, s'arrêtent au milieu, fixent un mur pendant trente secondes, puis soupirent. On sent bien l’intention derrière tout ça. On veut nous faire croire à une ambiance lourde, pesante, étouffante. Mais la seule chose qui étouffe ici, c'est l'ennui. Les dialogues tournent en boucle et n'apportent absolument rien de neuf à l'intrigue. Quand un film repose uniquement sur des plans fixes de couloirs sombres et des actrices qui respirent bruyamment en regardant hors champ, ce n’est pas du génie atmosphérique, c’est du meublage.
On peut apprécier un rythme contemplatif quand il y a une tension sous-jacente. Ici, la seule tension réside dans l'espoir secret qu'il se passe enfin quelque chose avant le générique de fin. Le réalisateur a visiblement confondu mystère et paresse d'écriture. Visuellement, le film essaie de gratter des points de style avec des grands classiques du genre. Des pièces plongées dans le noir, des silhouettes floues, des apparitions étranges au détour d'une porte. Au début, on y croit, on attend le déclic. Sauf que la mécanique devient vite d'une monotonie mortelle. Une vision bizarre apparaît, la musique monte, on se redresse sur notre canapé en se disant que ça y est, le film démarre enfin, et… rideau.
La scène se termine, la vie reprend son cours léthargique, sans aucune conséquence sur la suite de l’histoire. À force de crier au loup pour rien, le suspense s'effondre totalement. Les jump scares ratés et les visions mystiques finissent par provoquer des soupirs de découragement plutôt que des frissons. Pour être tout à fait honnête, le naufrage n’est pas de la faute des actrices. Sharmita Bhattacharya fait ce qu'elle peut avec ce qu'on lui donne. Elle joue Neeta avec un sérieux olympique, trimbalant sa mine fatiguée et confuse d'un bout à l'autre du cadre. Face à elle, Hayley McFarland s'en sort honorablement dans le rôle de Rachel. Elle a ce regard un peu fou, cette nervosité qui aurait pu rendre le film vraiment flippant si elle avait eu de vraies lignes de dialogue à défendre.
Les deux comédiennes s’investissent à fond, mais elles naviguent à vue dans un scénario qui n'a aucun cap. Pire, leurs personnages finissent par prendre des décisions tellement absurdes qu’on perd toute empathie pour elles. Quand on commence à lever les yeux au ciel face aux réactions illogiques des protagonistes, c’est que le film a définitivement perdu son public. Le plus insupportable reste sans doute le traitement du mystère. Le film soulèves des dizaines de questions, balance des bouts de passé mystérieux, introduit des visions et des personnages secondaires pour finalement tout abandonner en cours de route. L’ambiguïté au cinéma, c’est formidable quand ça pousse à la réflexion. Ici, c’est juste un aveu d’impuissance.
On a l’impression que les scénaristes ont jeté des idées sur un tableau sans jamais prendre la peine de chercher une conclusion logique. La fin du film arrive d'ailleurs comme un cheveu sur la soupe, nous laissant sur notre faim avec une vague sensation d'inachevé. On essaie de nous faire croire à une ouverture philosophique, mais on comprend surtout que personne ne savait comment terminer cette histoire. We’re Not Safe Here avait le potentiel pour être un huis clos psychologique efficace et dérangeant sur la transmission de la folie. Au final, on se retrouve face à une coquille vide prétentieuse qui confond silence et profondeur. Les quelques bonnes idées de mise en scène et la performance sincère du duo d'actrices ne suffisent pas à sauver ce désert cinématographique.
Note : 2/10. En bref, et c’est bien payé comme note pour une si longue sieste. Si vous cherchez un bon thriller pour votre soirée, passez votre chemin. Si vous souffrez d’insomnie sévère, par contre, vous venez de trouver le remède idéal.
Prochainement en France en SVOD
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