16 Septembre 2026
C’est quoi l’amour ? // De Fabien Gorgeart. Avec Laure Calamy, Vincent Macaigne et Lyes Salem.
Répondre à la question posée par le titre d'un film, c'est toujours un casse-tête. Dans C’est quoi l’amour ?, Fabien Gorgeart essaie d'attraper le sujet par un bout un peu particulier : qu'est-ce qu'on fait des morceaux quand une histoire se termine ? Pour aborder la chose, il nous invente une situation complètement improbable où se croisent un vieux couple, une nouvelle compagne très pieuse et les méandres des procédures religieuses. Le résultat donne une comédie de mœurs qui cherche moins la romance classique que le petit portrait de famille moderne. Et si le film tient debout, c'est avant tout grâce à son duo d'acteurs.
Lorsque Fred demande à son ex-femme, Marguerite, de faire annuler leur mariage à l'Eglise pour pouvoir s’y remarier, elle se réjouit de le voir refaire sa vie. Mais ce qui devait être une simple formalité s’avère plus compliqué que prévu et va les mener jusqu’à Rome avec leurs enfants et leurs nouveaux conjoints. Un voyage haut en couleurs pour tous les membres de cette famille recomposée.
Laure Calamy et Vincent Macaigne affichent une présence tellement évidente qu'ils deviennent très vite la meilleure raison de rester assis devant le film. Mais derrière les quelques répliques qui font mouche et deux ou trois scènes bien senties, le long-métrage peine à garder son rythme et s'emmêle un peu les pinceaux entre la franche rigolade et le drame sentimental. Au centre de l'intrigue, on retrouve Marguerite et Frédéric. Ils ont divorcé depuis un moment, mais leur histoire semble avoir refusé d'imprimer le mot fin. Il ne s'agit pas du tout de nous rejouer le coup du retour de flamme cousu de fil blanc, la réalité s'avère nettement plus tordue. Frédéric veut refaire sa vie proprement avec Chloé, une femme très croyante.
Sauf que pour pouvoir lui passer la bague au doigt devant l'autel, il doit faire annuler son premier mariage religieux avec Marguerite. Voilà donc notre ancien couple embarqué dans un parcours du combattant administratif et spirituel qui va les mener jusqu'aux portes du Vatican. Sur le papier, le pitch m'a tout de suite emballé. Il fallait aller la chercher, cette idée d'envoyer deux ex-époux déballer leur linge intime devant des autorités ecclésiastiques pour prouver que leur union n'a jamais vraiment existé. Cette démarche absurde sert surtout de prétexte pour replonger dans leur passé et gratter là où ça fait du bien (ou du mal). Le film pose au passage une réflexion plutôt juste sur ces histoires terminées qui ne s'effacent jamais vraiment.
Ce n'est pas parce qu'un papier officiel met un terme à une vie commune que dix ou quinze ans de souvenirs s'évaporent du jour au lendemain. Le vrai bonheur de cette comédie réside dans son casting principal. Laure Calamy retrouve ici un registre dans lequel elle excelle sans jamais forcer. Son personnage de Marguerite déborde d'une énergie brute, parfois complètement dépassée, mais capable de basculer en un clin d'œil vers une vraie vulnérabilité. L'actrice passe de la pitrerie légère à l'émotion contenue avec une aisance assez bluffante. En face, Vincent Macaigne fait du Macaigne, mais il le fait merveilleusement bien. Toujours un peu à côté de ses pompes, maladroit, l'air constamment dépassé par les événements, il apporte à Frédéric un côté désarmant.
Les deux comédiens se connaissent par cœur et ça se voit. Leur complicité saute aux yeux dès les premières minutes. Leurs joutes verbales font mouche et redonnent un vrai coup de fouet au récit dès que l'attention menace de flancher. On sent d'ailleurs très vite que le film fonctionne bien plus grâce au charisme de ses interprètes qu'à ce que les lignes du scénario leur offrent réellement à jouer. Fabien Gorgeart refuse de signer un film de genre pur. C’est quoi l’amour ? tente le grand écart permanent entre la rigolade pure et le ton plus intimiste, mais cet équilibre reste fragile. Il y a évidemment des séquences hilarantes, en particulier quand le couple doit répondre à des questionnaires intimistes face à des prêtres compassés.
Le décalage entre la rigueur théologique et les détails très très concrets de leur ancienne vie de couple offre des moments savoureux. Le problème, c'est que le réalisateur semble toujours retenir son coup. On attend régulièrement que le récit bascule franchement dans la farce déjantée ou le loufoque assumed, mais l'écriture préfère systématiquement revenir vers un cocon plus tiède et rassurant. Même constat du côté du drame : la vraie raison de la rupture entre Marguerite et Frédéric reste floue. On aimerait comprendre ce qui a vraiment cassé chez eux pour vibrer davantage avec eux, mais le film glisse sur les zones d'ombre sans trop fouiller. Heureusement, le film trouve un ton plus naturel dès qu'il s'intéresse à la tribu qui gravite autour du duo.
Les gamins, les nouveaux venus, les ex qui traînent encore dans le paysage : C’est quoi l’amour ? dépeint une famille recomposée vivante, bordélique, mais profondément humaine. Rien n'est parfait chez ces gens-là, ils ont leurs travers, leurs maladresses et leurs moments de honte, ce qui les rend immédiatement sympathiques. On évite le piège des figures stéréotypées. Le personnage de Chloé, qui aurait pu virer à la rivale psychorigide et détestable, bénéficie d'une belle écriture. Mélanie Thierry lui apporte beaucoup de douceur et de nuance. Dans le reste du casting, Lyes Salem fait le job avec une vraie présence, tandis que les jeunes Saül Benchetrit et Céleste Brunnquell apportent la touche de fraîcheur nécessaire pour ancrer le film dans son époque.
Le bât blesse vraiment du côté du montage et de la durée. Avec 1h46 au compteur, le long-métrage accuse le coup dans sa seconde moitié. On sent bien que certaines scènes tirent à la ligne pour faire repasser les mêmes idées. L'intrigue avance par petits à-coups et perd le peps du début. Même l'escapade romaine, supposée relancer la machine, finit par tourner un peu à vide. Vingt minutes de moins auraient donné un coup de peps salvateur à l'ensemble. Par ailleurs, toute la partie consacrée aux tractations avec le Vatican finit par peser un peu lourd. Si le décalage fait sourire au départ, la répétition des entrevues religieuses alourdit le récit et on finit par attendre poliment que la caméra retourne filmer la vraie vie de ces personnages.
Laure Calamy et Vincent Macaigne insufflent suffisamment de vie pour qu'on s'attache à ce couple en morceau, même quand le film piétine. J'ai aimé cette façon d'aborder la séparation sans haine ni guerre ouverte, en montrant simplement que les sentiments se transforment parfois au lieu de disparaître. Il est seulement dommage que le scénario n'ose pas aller au bout de ses idées, n'assumant ni la grosse comédie incisive ni le vrai grand drame romantique. Le résultat manque un peu de hargne pour marquer les esprits sur la durée, mais il offre une jolie parenthèse pleine de tendresse sur la complexité des affaires du cœur.
Note : 5.5/10. En bref, C’est quoi l’amour ? reste un divertissement du dimanche soir tout à fait fréquentable, porté à bout de bras par deux comédiens au sommet de leur forme. Il est seulement dommage que le scénario n'ose pas aller au bout de ses idées, n'assumant ni la grosse comédie incisive ni le vrai grand drame romantique.
Sorti le 6 mai 2026 au cinéma - Disponible en VOD
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