Critique Ciné : Breach (2026, direct to Plex)

Critique Ciné : Breach (2026, direct to Plex)

Breach // De Nick Azzaro, Bruno Centofanti et Aleksandra Czenczek. Avec Annabel Bates, Brian Bovell et Femi Houghton.

 

La science-fiction indépendante aime nous rappeler qu'elle a des choses intelligentes à dire sur notre avenir. Avec Breach, le programme était alléchant sur le papier : rassembler cinq courts-métrages autour de nos angoisses modernes. Au menu, de l'intelligence artificielle qui déborde, de la réalité virtuelle qui soigne les bobos de l'âme, du changement climatique, de la guerre et des androïdes tristes. Un vrai buffet à volonté de concepts vus et revus. Sur le papier, l'initiative portée par la plateforme DUST partait peut-être d'un bon sentiment. Sauf qu'à l'écran, le constat est cruel. L'ensemble démarre gentiment avant de glisser vers un vide artistique assez fascinant. 

 

Cinq visions troublantes du futur s'entremêlent dans cette anthologie de science-fiction captivante où la technologie échappe à tout contrôle, la société s'effondre et l'humanité est poussée dans ses derniers retranchements.

 

Ce n'est pas juste moyen ou inégal, c'est un projet décousu qui transforme une heure et demi de visionnage en une épreuve de patience. Breach n'a même pas fait l'effort d'inventer un fil conducteur. On nous balance cinq histoires tournées par des cinéastes différents, sans le moindre récit-cadre pour coller les morceaux. On saute d'un univers à l'autre en espérant que le ciment prenne par miracle. Dans une bonne anthologie, la variété stimule. Ici, l'absence de vision globale donne juste l'impression de regarder une playlist d'étudiants en cinéma balancée au hasard sur un lecteur DVD. Le premier segment, EVA, tente d'ouvrir le bal. Dans un futur usé jusqu'à la corde où l'eau potable se fait rare, un ingénieur cherche une technologie miracle pour sauver sa communauté. 

 

C'est prévisible, c'est calibré pour cocher la case du message écologique du moment, mais ça reste passable. La présence d'Aubrey Anderson-Emmons sauve un peu les meubles, même si l'ensemble ressemble à une introduction de jeu vidéo de seconde zone. On se dit que ça démarre doucement avant le plat de résistance. Grosse erreur. Arrive le deuxième chapitre, How to Be Human, et là, miracle involontaire. C'est l'unique moment du film où l'on arrête de regarder sa montre. L'histoire nous plonge dans un monde où l'intelligence artificielle domine à tel point que les humains doivent singer les machines pour survivre. Deux sœurs tentent de pirater le système pour intégrer une cité refuge, l'une devant faire croire qu'elle est un programme informatique.

 

Le concept dépasse le simple gadget visuel. Ça parle d'identité, de fuite et de renoncement avec une vraie sincérité. Le lien entre les deux comédiennes apporte un peu de chaleur dans un film autrement glacial. Il y avait clairement ici la matière pour faire un vrai long-métrage palpitant. Mais comme nous sommes dans Breach, ce bon moment est écourté pour laisser la place au reste de la braderie. Une fois ce sommet très relatif dépassé, l'anthologie plonge la tête la première. Retrieval nous emmène suivre une femme qui utilise la réalité virtuelle pour guérir du deuil de sa mère. Sur le papier, l'idée de retourner gratter dans des souvenirs douloureux grâce à la technologie a déjà servi mille fois, mais pourquoi pas.

 

Dans les faits, c'est un encéphalogramme plat. L'écriture est si creuse qu'il est impossible de ressentir la moindre empathie pour le personnage. Le format court exige de la précision, mais le réalisateur préfère enfiler des clichés visuels. On n'assiste pas à une histoire, mais à une fiche conceptuelle déroulée sans la moindre étincelle narrative. C'est là que le film commence vraiment à perdre son spectateur. Puis vient Selvedge, un segment qui enfonce des portes ouvertes avec une lourdeur remarquable. On nous raconte l'histoire d'une jeune fille séparée de son père dans un monde qui rejette les familles mixtes composées d'humains et d'IA. Le propos sur la différence et l'exclusion est asséné avec de grands sabots. 

 

C'est lent, inutilement contemplatif et la science-fiction devient un simple décor de carton-pâte posé là pour meubler. Pour achever ce spectacle navrant, REWIND ferme la marche. Une mère essaye de surmonter la perte de sa fille partie au front en adoptant un androïde nommé Melo. Le robot a une bouille sympathique, certes, mais l'histoire piétine gentiment pendant de longues minutes. Le film ressasse son idée de départ en boucle sans jamais savoir comment la conclure. C'est répétitif, plat et d'un ennui mortel. Le problème majeur de Breach, ce ne sont pas ses thèmes. C'est la façon dont il les gâche les uns après les autres. Vouloir traiter du changement climatique, des dérives de l'IA, du deuil et de la guerre en quatre-vingts minutes sans aucun lien logique relevait déjà du casse-pipe. 

 

Mais le faire avec une telle absence de rythme transforme le visionnage en punition. Visuellement, l'origine indépendante du projet saute aux yeux. Ce ne serait pas un souci si la réalisation ou le jeu d'acteurs venaient compenser la pauvreté des décors. La bonne science-fiction n'a pas besoin de millions de dollars quand elle a des idées solides. Sauf qu'ici, l'indigence visuelle ne fait que souligner la vacuité du scénario. Les effets spéciaux bancals finissent par faire sourire là où ils devaient créer du vertige. 

 

Note : 1/10. En bref, Breach ressemble davantage à un dossier d'archives nettoyé à la va-vite qu'à un vrai film de cinéma. En dehors des quinze minutes de How to Be Human qui laissaient entrevoir ce qu'un bon scénariste aurait pu faire du sujet, le reste est à jeter sans regret. C'est prétentieux par moments, mal fichu le reste du temps, et surtout incroyablement pénible à suivre. Si vous avez du temps à perdre, regardez uniquement le deuxième segment et coupez tout. Vous économiserez votre soirée.

Sorti le 19 août 2026 directement sur Plex

 

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