Critique Ciné : Mermaid (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Mermaid (2026, direct to SVOD)

Mermaid // De Tyler Cornack. Avec Johnny Pemberton, Avery Potemri et Nancy McCrumb.

 

Quand on pense aux sirènes au cinéma, on imagine souvent des histoires de princesses sous-marines, des chants envoûtants et une pointe de magie à la Disney. Dans Mermaid, Tyler Cornack prend exactement le contre-pied de cette imagerie féerique. On se retrouve propulsé dans une Floride poisseuse et étouffante, face à un monstre marin tout droit sorti d'un cauchemar, mélangeant horreur corporelle, humor noir et détresse sociale. L'histoire s'intéresse à Doug Nelson, un type totalement à la dérive dans son quotidien. Il habite la vieille maison de son père décédé, accumule les emmerdes financières et essaie tant bien que mal de garder la tête hors de l'eau. 

 

Un homme de Floride en proie à l'addiction découvre une sirène blessée alors qu'il touche le fond. Lorsque la rumeur se répand, il fera tout pour la protéger.

 

Pour couronner le tout, il perd son boulot de nettoyeur d'aquarium dans un club de strip-tease miteux quand la direction décide de virer l'installation. Sans la garde de sa fille, criblé de dettes auprès de mecs franchement douteux, Doug touche le fond. C'est exactement à ce moment critique qu'il tombe sur une créature marine étrange, échouée et blessée. Au lieu d'appeler les secours, les autorités ou de prendre ses jambes à son cou, il décide de la charger dans son coffre et de la ramener chez lui. La sirène en question n'a absolument rien de ragoutant. Peau visqueuse, dents acérées, regard fixe et prédateur : on est clairement du côté du film de monstre poisseux des années 80. 

 

Pourtant, Doug s'occupe d'elle, l'installe doucement dans sa baignoire remplie d'eau salée et va même jusqu'à lui donner un petit nom : Destiny. C'est là que le film trouve son axe le plus fascinant : ausculter la relation absurde, décalée et complètement à sens unique entre un homme brisé et une créature totalement sauvage. Doug ne tombe pas amoureux d'un monstre au sens classique du terme. Il projette désespérément ses propres manques sur un être incapable de lui répondre. Il a juste besoin de sentir qu'il compte pour quelqu'un ou pour quelque chose, même s'il s'agit d'une créature aquatique prête à le dévorer au moindre faux pas. C'est dans ces passages plus posés que Mermaid tape juste. 

 

Derrière son pitch complètement barré, Tyler Cornack brosse le portrait doux-amer de la solitude urbaine et du besoin d'affection poussé jusqu'à l'absurde. Johnny Pemberton livre une performance vraiment solide dans le rôle de Doug. Le personnage aurait pu rapidement tourner au cliché du loser lourd ou simplement pathétique, mais l'acteur parvient à lui insuffler une vraie fragilité humaine. On s'attache presque à cet homme qui enchaîne systématiquement les pires choix possibles tout en cherchant sincèrement à recoller les morceaux de sa vie démolie. Le reste du casting réunit plusieurs têtes connues des seconds rôles hollywoodiens comme Robert Patrick, Kevin Nealon, Kirk Fox, Kevin Dunn ou encore Tom Arnold. 

 

Leurs interventions ponctuelles apportent un grain de folie fort sympathique à l'univers du film, même si leurs apparitions restent secondaires. Le long-métrage demeure avant tout centré sur le duo bizarre et étouffant formé par Doug et sa protégée Destiny. Le gros point faible du film réside clairement dans son équilibre tonal tout au long du métrage. Mermaid hésite sans cesse entre la comédie absurde, le drame intime, la romance déformée et le film d'horreur sanglant. Ces différentes intentions se superposent sans toujours se mélanger correctement à l'écran. Par moments, le ton décalé fonctionne à merveille et déclenche un rire malaisant très efficace chez le spectateur. 

 

À d'autres moments, le rythme flotte et l'on se demande si le réalisateur cherche à nous faire rire, à nous émouvoir ou à nous terrifier. Visuellement, le travail sur la créature mérite d'être souligné. Le design artisanal du monstre a de la gueule et tranche agréablement avec la surenchère d'effets numériques sans âme que l'on voit trop souvent. On sent les limites du budget indépendant, mais ce côté bricolé et physique donne une identité visuelle forte à l'ensemble. La mise en scène tire aussi un très bon parti des décors naturels de la Floride. Les pavillons défraîchis, les zones côtières abandonnées et la lumière blafarde renforcent le sentiment d'isolement total dans lequel baigne le protagoniste.

 

J’aurais aimé que le scénario tranche plus nettement dans ses choix pour offrir un récit véritablement percutant du début à la fin, mais la démarche demeure singulière dans le paysage actuel du cinéma indépendant. C'est un projet étrange, bancal par endroits, mais suffisamment original pour intriguer les amateurs d'expériences cinématographiques hors des sentiers battus.

 

Note : 5/10. En bref, Mermaid reste une proposition atypique qui vaut le coup d'œil pour sa générosité et son audace narrative. Tyler Cornack livre une œuvre imparfaite mais curieusement attachante, portée par un comédien investi et un sens du bizarre rafraîchissant. 

Prochainement en France en SVOD

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article