Critique Ciné : Supergirl (2026)

Critique Ciné : Supergirl (2026)

Supergirl // De Craig Gillespie. Avec Milly Alcock, Matthias Schoenaerts et Eve Ridley.

 

Après le lancement du nouveau Superman, l’univers DC étendu poursuit son déploiement avec Supergirl. Ce projet suscitait une vraie curiosité. Kara Zor-El n’a jamais été une simple copie de son illustre cousin : son parcours est plus sombre, plus chaotique, marqué par la destruction de sa planète qu’elle a vécue de plein fouet. Avec la révélation Milly Alcock dans le rôle-titre et Craig Gillespie à la réalisation, le long-métrage disposait d'atouts solides pour marquer les esprits. Malheureusement, malgré quelques fulgurances, l’ensemble manque cruellement de souffle et laisse une impression tenace de rendez-vous manqué.

 

Lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, Kara Zor-El, alias Supergirl, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.

 

L’histoire s'attache à dépeindre une Kara en quête d’identité, écrasée par la figure tutélaire de l’Homme d’Acier. Loin du cliché de l’héroïne immaculée et exemplaire, cette version nous présente une jeune femme désabusée, écorchée vive et prompte aux excès. Le jour de ses vingt-et-un ans, elle choisit d’ailleurs d'abandonner un temps ses devoirs pour s’offrir une parenthèse loin de la Terre. Évidemment, une menace inattendue vient rapidement la rattraper, la contraignant à reprendre son rôle de protectrice. Sur le papier, la promesse s'avérait séduisante pour le genre super-héroïque. Explorer les traumatismes, les failles et la colère mal canalisée d'une Kryptonienne offrait la matière idéale pour bâtir un portrait nuancé et profondément humain. 

 

Le problème réside dans le fait que le long-métrage n’ose jamais aller au bout de son idée. Le film esquisse une Kara passionnante dans l'intention, mais s'avère bien moins audacieux dans son exécution dramatique. Le véritable pilier de cette aventure reste incontestablement Milly Alcock. Révélée dans House of the Dragon, l’actrice australienne crève l'écran et insuffle une hargne bienvenue à son personnage. Elle possède une présence magnétique et parvient à rendre Kara immédiatement attachante, même lorsque l'écriture se montre hésitante. Son interprétation donne sincèrement envie de recroiser cette version de Supergirl dans de futurs projets, pourvu qu’on lui offre un matériel scénaristique à la hauteur de son talent. Car le film ne lui simplifie pas toujours la tâche. 

 

Le tempérament rebelle et détaché de l'héroïne fonctionne au départ, mais finit par rendre ses motivations floues. Le personnage semble constamment tiraillé entre trois figures incompatibles : l’adolescente en crise, la guerrière Kryptonienne endeuillée et la figure héroïque classique chargée de sauver des mondes. Ce manque de cap nuit grandement à la cohérence globale de son évolution. Le scénario constitue d'ailleurs la faiblesse majeure de cette production. Adapté du comics plébiscité Supergirl: Woman of Tomorrow, à l'écran, le résultat s'avère bien plus banal. Les péripéties s’enchaînent selon un schéma mécanique et beaucoup trop prévisible. Le traitement du grand méchant illustre parfaitement ce manque d'ambition. 

 

Malgré le talent indéniable de Matthias Schoenaerts, son personnage manque cruellement de relief. Ses motivations restent sommaires et ne permettent à aucun moment d'instaurer un véritable duel psychologique avec l'héroïne. Dans une histoire de ce genre, l'antagoniste doit idéalement renvoyer le héros à ses propres démons ; ici, il se contente d'être un obstacle fonctionnel. De son côté, Jason Momoa vient amener sa touche personnelle sous les traits de Lobo. L'acteur fait exactement ce qu'on attend de lui : de la provocation, une présence imposante et un humour corrosif. L'alchimie opère dans certaines séquences, même si l'on garde le sentiment que le personnage a été intégré pour ajouter une caution déjantée à l'ensemble.

 

Visuellement, le résultat souffle le chaud et le froid. Certaines planètes et environnements extraterrestres bénéficient d'une direction artistique soignée, en particulier lors des retours en arrière consacrés au passé de Kara sur Krypton. Ces passages laissent entrevoir un potentiel plastique prometteur. En revanche, la mise en scène globale manque d'une signature affirmée. Les scènes d’action manquent régulièrement de lisibilité, les effets numériques manquent de finition et plusieurs séquences souffrent d'un manque d'ampleur surprenant pour une telle franchise. La gestion du ton pose un problème similaire. Le film tente d'adopter l’énergie irrévérencieuse propre aux réalisations de James Gunn, en multipliant l'humour décalé et les morceaux de musique percutants. 

 

Mais la recette semble ici appliquée de façon artificielle. Là où des franchises comme Les Gardiens de la Galaxie reposaient sur une réelle complicité entre les personnages, cette aventure peine à installer une véritable dynamique de groupe. Tout n'est pas à jeter pour autant. Les passages centrés sur les origines de Kara apportent une sincère charge émotionnelle et permettent de mieux appréhender sa construction personnelle. Certaines interactions fonctionnent également par intermittence, mais ces rares éclairs restent étouffés par une trame globale sans grande surprise.

 

Note : 4/10. En bref, ce Supergirl n'est pas un désastre, mais il s'impose comme un divertissement calibré qui ne parvient jamais à prendre sa véritable envolée. La prestation habitée de Milly Alcock demeure la grande satisfaction du projet et donne envie de revoir le personnage dans un contexte plus favorable. Mais entre un script trop sage, des enjeux dramatiques dilués et une réalisation générique, le film laisse le goût amer d'une belle opportunité manquée. Kara Zor-El méritait un départ beaucoup plus percutant pour marquer l'histoire du nouveau DCU.

Sorti le 1er juillet 2026 au cinéma

 

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