Critique Ciné : The Furious (2026)

Critique Ciné : The Furious (2026)

The Furious // De Kenji Tanigaki. Avec Xie Miao, Joe Taslim et Brian Le.

 

Quand on lance The Furious, on sait exactement dans quoi on s'embarque. Le réalisateur Kenji Tanigaki ne s'en cache pas : ici, les dialogues et la psychologie des personnages restent au vestiaire. Ce qui l'intéresse, ce sont les cascades, les os qui craquent et les chorégraphies millimétrées. Le film utilise son intrigue comme un simple prétexte pour enchaîner les morceaux de bravoure. Le résultat final en met plein la vue, mais quelques choix artistiques m'empêchent d'adhérer complètement à la proposition. L'histoire va droit au but. Un père muet remue ciel et terre pour retrouver sa fille, kidnappée par un réseau de trafic d'êtres humains. Sur sa route, il s'associe à un journaliste qui cherche lui aussi un proche disparu. 

 

Après l’enlèvement de sa fille par un réseau criminel et face à l’inaction de la police, Wang Wei se lance dans une traque implacable pour la retrouver. Son seul allié, Navin, est un journaliste tenace dont la femme a mystérieusement disparu. Unis par un même désir de vengeance, ces deux hommes que tout oppose affrontent les ravisseurs dans un face-à-face explosif mêlant arts martiaux et justice sans merci.

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Ensemble, ils décident de remonter la piste de l'organisation criminelle, un combat après l'autre. Le scénario recycle une formule vue et revue des dizaines de fois dans le cinéma de genre. Mais soyons honnêtes, ce n'est pas pour l'originalité de sa plume qu'on regarde ce genre de production. Le film démarre sur les chapeaux de roue et ne relâche jamais la pression. Les scènes d'action s'enchaînent sans aucun temps mort. J'ai particulièrement apprécié la façon dont le réalisateur utilise les décors pour donner une vraie identité à chaque affrontement. Qu'il s'agisse d'un marché désaffecté, d'un entrepôt sombre, d'un club branché, d'une cage de MMA ou de l'arrière d'un camion, chaque lieu devient un terrain de jeu hyper physique.

 

C'est là que le passé de Kenji Tanigaki fait des miracles. En tant qu'ancien cascadeur et chorégraphe chevronné du cinéma asiatique, il sait exactement comment filmer la baston. Sa caméra reste fluide, elle accompagne le mouvement au lieu de le hacher au montage, ce qui permet d'apprécier la performance athlétique des acteurs. Chaque personnage possède sa propre manière de combattre, ce qui évite de ressentir une lassitude trop rapide devant cette avalanche de coups. La présence de figures bien connues des amateurs du genre, comme Joe Taslim et Yayan Ruhian, révélés dans The Raid, apporte un énorme crédit à l'ensemble. On sent tout de suite la différence quand les acteurs réalisent eux-mêmes leurs cascades. L'intensité grimpe d'un cran à chaque échange.

 

L'inventivité visuelle est aussi au rendez-vous. Le film s'amuse à transformer n'importe quel objet du quotidien en arme mortelle. Les marteaux, les vélos, les chaînes, les palettes en bois ou même des blocs de glace servent à pimenter les affrontements. Cette créativité permanente permet de renouveler le spectacle et de surprendre agréablement. Pourtant, cette générosité finit par se retourner contre le film. Beaucoup de combats durent trop longtemps. À force de multiplier les rebondissements, les vagues d'ennemis et les face-à-face interminables, certaines séquences perdent de leur superbe et finissent par lasser. Un peu d'épuration et des affrontements plus courts auraient gagné en impact. L'autre gros point noir concerne la gestion des dégâts corporels, qui frôle parfois le ridicule. 

 

Les combattants encaissent des chocs normalement mortels et se relèvent comme si de rien n'était. Voir un personnage prendre un coup de marteau en pleine tête ou traverser des cloisons solides pour ensuite reprendre le combat sans broncher casse complètement la tension. Dans un univers qui se veut sombre et violent, ce manque total de réalisme rapproche le film d'un jeu vidéo ou d'un comic book, ce qui désamorce le danger. Le minimalisme du scénario montre lui aussi ses limites. Si la quête de ce père muet fonctionne au départ, le manque cruel de développement des personnages empêche de ressentir une vraie empathie. On effleure à peine leur passé, et les répliques servent uniquement à justifier le passage à la scène de baston suivante. 

 

Le thème délicat du trafic d'enfants apporte un semblant de gravité, mais le long-métrage préfère clairement filmer des cascades plutôt que de creuser ses émotions. Les antagonistes manquent cruellement de relief et de charisme pour marquer les esprits. Sur le plan technique, l'expérience reste très solide. La photographie met bien en valeur les différents décors et la réalisation déborde d'énergie. Le montage reste lisible la majeure partie du temps, même si quelques plans très serrés gâchent parfois la lisibilité de l'action. Côté sonore, le sound design en fait des tonnes : chaque coup de poing résonne comme une explosion. C'est ultra-brutal, parfois un peu trop exagéré, mais cela renforce l'impact physique de chaque scène. 

 

The Furious est un film généreux mais déséquilibré. Si vous cherchez simplement deux heures de grand spectacle physique et de chorégraphies de haut vol, vous passerez un excellent moment. Kenji Tanigaki prouve une fois de plus sa maîtrise technique pour emballer l'action. En revanche, si vous espériez un thriller avec un minimum de cohérence narrative et d'épaisseur humaine, vous risquez de rester sur votre faim.

 

Note : 6/10. En bref, un divertissement ultra-généreux qui plaira sans aucun doute aux amateurs de sensations fortes, mais qui oublie de donner du poids à son histoire pour devenir un grand film.

Sorti le 10 juin 2026 au cinéma

 

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