13 Juillet 2026
LES K’DOR // De Jeremy Ferrari. Avec Jeremy Ferrari, Laura Felpin et Eric Judor.
Quand on aime le style de Jérémy Ferrari, on attend forcément ses projets au tournant. Son humour noir, son ton piquant et ses spectacles hyper bossés ont fait de lui une figure à part dans le paysage humoristique français. Alors, le voir franchir le cap du cinéma en cumulant l'écriture, la réalisation et le premier rôle, ça avait de quoi intriguer. Sur le papier, son projet de comédie d'aventure dans le désert promettait un vent de fraîcheur irrévérencieux. Malheureusement, après visionnage, l'enthousiasme retombe vite. Passer de la scène au grand écran est un exercice périlleux, et ce premier essai s'avère particulièrement laborieux. L'idée de départ possède pourtant ce grain de folie qui caractérise l'humoriste.
D’après sa mère, Noé serait le fils caché de Kadhafi. Devenu chasseur de trésors, Noé n’a donc plus qu’une obsession, retrouver l’or de son père éparpillé dans le Sahel après sa mort. Pour y arriver il va avoir besoin des connexions de Zoulika (anciennement Louise), aussi attachante qu’incontrôlable et fraîchement sortie d’un centre de réinsertion civique, ainsi que de Ryan, puceau malvoyant de 52 ans participant au « Marathon des sables »… Une parfaite couverture pour passer la frontière discrètement !
Le scénario suit Noé, un homme persuadé d'être le fils caché de Mouammar Kadhafi. Persuadé qu'un trésor familial l'attend quelque part dans le Sahara, il embarque avec lui un duo improbable, Zoulika et Ryan. Ce pitch absurde promettait une vraie comédie d'action, et le décor désertique change des productions françaises habituelles. Le problème, c'est que cette bonne idée s'effondre après seulement vingt minutes. Le récit perd rapidement son fil conducteur et s'éparpille. On a constamment l'impression de regarder une succession de sketchs indépendants collés les uns aux autres plutôt qu'un vrai film de cinéma. Le rythme en prend un coup, et on finit par décrocher. C'est d'autant plus dommage que l'humour, censé être le point fort du projet, ne fonctionne que très rarement.
On connaît Ferrari pour sa plume acérée et sa capacité à traiter de sujets graves avec cynisme. Mais ici, les blagues tombent souvent à plat. Le long-métrage mise énormément sur la vulgarité gratuite et la provocation pure, sans la subtilité nécessaire pour rendre le tout digeste. Plusieurs séquences cherchent visiblement à créer un malaise sans jamais déboucher sur un vrai rire. Le film tente bien d'aborder des thèmes lourds comme la guerre ou le terrorisme, mais le traitement s'avère si maladroit que cela crée un décalage assez embarrassant. L'écriture manque de la précision chirurgicale que Ferrari déploie d'ordinaire sur scène. Heureusement, le casting secondaire permet de sauver les meubles à quelques reprises.
Laura Felpin insuffle une belle énergie au personnage de Zoulika. Sa présence solaire et son tempérament explosif arrachent quelques sourires, même si le scénario l'enferme vite dans un registre répétitif qui l'empêche d'évoluer. De son côté, Éric Judor fait du Éric Judor. Son sens inné du décalage et de l'improvisation apporte des bouffées d'air frais indispensables au milieu de ce marasme. Ces moments de complicité restent pourtant trop rares pour redresser la barre. Le vrai point noir vient paradoxalement de Jérémy Ferrari lui-même dans le rôle principal. Son jeu manque cruellement de nuances. Il garde une expression fermée et monolithique pendant tout le film, ce qui jure totalement avec l'ambiance déjantée que l'histoire essaie de construire.
Techniquement, on sent une réelle volonté de bien faire et de proposer une identité visuelle marquée. Le désert offre de jolis plans et la photographie est plutôt soignée pour un premier film. Mais la mise en scène manque encore de maturité pour lier le tout. Les transitions entre les scènes s'avèrent brutales, le montage manque de fluidité et l'ensemble donne une impression de désordre permanent. Le film passe son temps à hésiter entre la satire politique féroce, le road-movie classique et le délire absurde, sans jamais choisir son camp. Cette accumulation de genres finit par alourdir le récit au lieu de l'enrichir. La dernière partie du film ne parvient pas à redresser la barre, bien au contraire.
Le dénouement arrive de manière confuse, avec des révélations tardives qui tombent complètement à plat puisque l'intérêt du spectateur s'est émoussé depuis longtemps. Le scénario tente une surenchère dans l'absurde pour clore l'aventure, mais cela laisse surtout un goût d'inachevé. Beaucoup de pistes narratives ouvertes en cours de route se retrouvent abandonnées sans explication. Au final, ce projet déçoit par rapport à ses ambitions initiales. Il y avait le casting, le budget et une vraie personnalité artistique aux commandes. Mais réaliser un film demande une structure et une gestion du rythme bien différentes d'un spectacle de stand-up. Là où Ferrari brille en solo sur scène, il peine ici à diriger un long-métrage cohérent.
Note : 2/10. En bref, ce premier essai reste une œuvre décousue et maladroite, qui laisse un regret persistant face à un potentiel gâché. Un rendez-vous manqué pour les amateurs de comédie grinçante.
Sorti le 11 mars 2026 au cinéma - Disponible en VOD
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