13 Juillet 2026
Permis de détruire // De Eric Fraticelli. Avec Kad Merad, Patrick Timsit et Eric Fraticelli.
On le sait, le cinéma français adore user et abuser des recettes qui marchent. Enfin, qui marchent, c’est un bien grand mot. Disons plutôt des recettes qui ont réussi à gratter quelques entrées par le passé. Après le succès très relatif mais existant de Permis de construire, Éric Fraticelli s’est dit que le filon de la comédie corse n'était pas encore totalement essoré. Grand mal lui en a pris. Avec Permis de détruire, le réalisateur ne se contente pas de recycler une formule éculée, il l'enterre définitivement sous une montagne de lourdeur. Si vous espériez retrouver le petit charme provincial du premier opus ou un tant soit peu de finesse, préparez-vous à une sacrée douche froide.
Dominique lutte pour concrétiser son rêve corse entre son cabinet médical en chantier et son combat contre une centrale électrique controversée. Quand Olivier, son ami psychanalyste en plein divorce, débarque pour refaire sa vie sur l'île, les deux pinzuti (Français du continent) aidés de leur ami corse Santu, vont tout faire pour s'intégrer à la culture insulaire pour le meilleur et le pire.
Ce film n'est pas juste une déception, c'est un véritable cas d’école de ce qu’il ne faut plus faire en matière d'humour régional. Sur le papier, l'intrigue fait déjà souffler d'ennui. On prend les mêmes et on recommence, ou presque. Un gars de la métropole, un vrai « pinzutu » pur jus, débarque sur l’île de Beauté avec ses gros sabots et un projet professionnel sous le bras. Évidemment, il ne comprend rien aux us et coutumes locaux. Évidemment, les locaux vont lui faire la misère. C’est le pitch de départ de Permis de détruire, et malheureusement, le scénario s'arrête exactement là. Le long-métrage passe quatre-vingt-dix minutes à bégayer sur le même conflit culturel sans jamais essayer de creuser un tant soit peu le sujet.
Cette fois, c’est Kad Merad qui s'y colle et qui enfile le costume du continental un peu paumé. En face, pour lui donner la réplique, on retrouve Patrick Timsit, censé incarner le gars du coin déjà bien installé. Un tel duo d'anciens de la comédie hexagonale laissait espérer une étincelle, un ping-pong verbal un peu nerveux ou au moins une complicité de vieux briscards. Il n'en est rien. L’alchimie entre les deux acteurs est totalement inexistante. On sent presque le prompteur derrière chaque réplique tant les dialogues sonnent faux. Rien ne coule de source, chaque échange semble écrit à la truelle uniquement pour caler la mention d'une tradition corse ou d'une énième boutade sur le fromage qui pue ou les routes sinueuses.
C’est laborieux, c'est lourd, et ça ne fait jamais progresser une intrigue de toute façon inexistante. Le vrai problème de cette suite déguisée, c'est son incapacité totale à dépasser le premier degré. Utiliser des stéréotypes dans une comédie, pourquoi pas. C'est même souvent la base du genre. Mais le secret réside dans le détournement, dans la caricature intelligente ou dans l'autodérision. Ici, le réalisateur semble avoir coché une liste de clichés sur la Corse trouvée sur un forum internet du début des années 2000. Les tensions permanentes avec les nouveaux arrivants, les répliques machistes, les querelles de clocher ridicules, les personnages outranciers qui hurlent au lieu de parler...
Tout y passe, sans aucun filtre ni subtilité. L’humour tourne en rond dès la vingtième minute. Une fois qu'on a compris que le film allait baser tous ses effets comiques sur le fait que les Corses ont du caractère et que les Parisiens sont des snobs, on a fait le tour. Les situations deviennent prévisibles au possible, et on voit venir les chutes des blagues à des kilomètres. C’est d'autant plus rageant que la culture corse possède un humour noir, une fierté et un sens de la dérision magnifiques qui auraient pu donner un excellent film satirique. Au lieu de cela, on a droit à une enfilade de gags ringards dignes d'un mauvais sketch de fin de soirée.
Quand le scénario est aux abonnés absents, on se raccroche souvent aux comédiens. Mais là encore, c’est le désert absolu. Kad Merad fait du Kad Merad. Il essaie de sauver les meubles avec son capital sympathie habituel, s'agite beaucoup, grimace un peu, mais le pauvre homme ne peut pas faire de miracles avec un script aussi vide. On sent par moments une pointe de lassitude dans son regard, comme s'il calculait mentalement le temps qu'il lui restait avant la fin du tournage. Pour Patrick Timsit, le constat est encore plus douloureux. Totalement à côté de la plaque, il semble se demander ce qu'il fait là. Son personnage n’a aucune épaisseur, aucune trajectoire, et ses répliques tombent toutes à plat.
Quant aux seconds rôles, ils se contentent de faire de la figuration utilitaire. Ils ne sont pas là pour exister en tant qu'êtres humains, mais simplement pour apporter leur touche de folklore local à un tableau déjà bien trop chargé. Il reste quoi à sauver, alors ? Les paysages, bien sûr. La Corse est magnifique, les villages sont pittoresques, la mer est bleue et le soleil brille. Mais à moins que vous ne cherchiez un écran de veille pour votre téléviseur ou une brochure pour vos prochaines vacances d’été, cela ne suffit pas à faire un film. La mise en scène est d'un classicisme mortel, sans aucune idée visuelle, sans rythme, sans la moindre ambition artistique. Les scènes s'enchaînent sans liant, donnant l'impression d'assister à une succession de sketchs mis bout à bout plutôt qu'à un véritable projet de cinéma.
Note : 1/10. En bref, Permis de détruire porte malheureusement très bien son nom : il détruit le peu de capital sympathie que la franchise avait pu accumuler. Ce long-métrage paresseux, écrit sur un coin de table et réalisé sans aucune inspiration, est un véritable navet qui prend le spectateur pour un imbécile. Si vous voulez voir de beaux paysages insulaires, regardez un documentaire sur la chaîne voyage, cela vous évitera de perdre une heure et demie de votre vie.
Sorti le 1er juillet 2026 au cinéma
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