8 Février 2026
L’Internat (The Internship) // De James Bamford. Avec Lizzy Greene, Megan Boone, Sky Katz, Philip Winchester et Alix Villaret.
Sur le papier, L’Internat avait de quoi intriguer. Un programme secret de la CIA destiné à transformer des enfants en agents d’élite, des adolescents devenus adultes traqués par leurs anciens employeurs, une chasse à l’homme menée par les services russes, et au centre de tout ça, une relation mère-fille chargée de non-dits. L’idée de départ est forte, presque dérangeante, et laisse espérer un thriller nerveux, sombre et tendu. Malheureusement, une fois à l’écran, le film peine à transformer ce concept en véritable expérience de cinéma. L’Internat repose sur un programme clandestin imaginé par un ancien directeur de la CIA, visant à former de très jeunes enfants pour en faire des agents surentraînés.
Une tueuse surentrainée et sans pitié, élevée depuis son enfance dans un programme top-secret de la CIA uniquement connu sous le nom L’Internat, est prête à démanteler l’institution qui lui a volé sa jeunesse. Elle rassemble les autres internes et mène une insurrection sanglante, poussant la CIA à déployer des forces toutes aussi mortelles pour les arrêter.
Le programme est abandonné, les internes dispersés, mais le passé ne les lâche pas. Les services secrets russes surveillent ces anciens cobayes depuis des années, fascinés par une expérience qu’ils n’ont jamais réussi à reproduire sans catastrophe. L’idée est intéressante, et le film ouvre d’ailleurs plutôt bien. Les premières scènes d’action, explosives et brutales, installent une certaine attente. Une séquence se déroulant dans un ancien bâtiment soviétique se distingue clairement comme le moment le plus réussi du film, avec une vraie sensation de chaos et de danger. Pendant quelques minutes, L’Internat donne l’impression de savoir où il va.
Le problème, c’est que cette promesse initiale n’est jamais tenue sur la durée. Très vite, le récit devient prévisible. Les révélations arrivent sans surprise, les retournements sont annoncés bien trop tôt, et certaines intrigues secondaires semblent expédiées sans réel intérêt. Le fameux jeu de la taupe, pourtant central dans ce type de thriller, est tellement mal amené que le twist principal perd toute efficacité. Le scénario avance par automatismes, en cochant des cases du film d’espionnage sans jamais y apporter de regard personnel. Les thèmes abordés — manipulation, endoctrinement, loyauté, rébellion — restent en surface. Le film veut parler de beaucoup de choses, mais sans jamais prendre le temps de creuser quoi que ce soit.
La relation entre Renee et Candace, censée être le cœur émotionnel du film, manque cruellement d’impact. L’idée qu’une agente de la CIA parte à la recherche de sa fille, qu’elle a abandonnée avant de s’engager, aurait pu donner lieu à un vrai conflit intime. Ici, tout reste étonnamment froid, presque administratif. L’un des gros points faibles de L’Internat, ce sont ses personnages. Les anciens enfants soldats sont présentés comme une équipe, mais chacun se résume à un trait caricatural. Il y a celle qui se bat au couteau, le faux Russe un peu lourd, le spécialiste des armes, et ainsi de suite. Ces profils ne dépassent jamais le stade de l’esquisse. Difficile, dans ces conditions, de s’attacher à leur sort.
Le film demande de s’inquiéter pour eux, mais ne prend pas le temps de les rendre humains. Renee elle-même, pourtant mise en avant comme une figure centrale, ressemble davantage à un concept qu’à un personnage réellement incarné. Candace, interprétée par Megan Boone, souffre du même problème. Son rôle est important sur le papier, mais son écriture reste trop rigide pour créer une vraie tension émotionnelle. Le duo mère-fille évoque clairement d’autres figures du cinéma d’action, sans jamais atteindre leur intensité. La mise en scène trahit rapidement ses limites. Le film multiplie les effets de caméra inutiles : ralentis excessifs, accélérations soudaines, transitions tape-à-l’œil.
Ces choix donnent une impression d’exagération permanente, comme si chaque scène devait paraître plus spectaculaire qu’elle ne l’est réellement. Ce style finit par fatiguer. Au lieu de renforcer l’impact des scènes d’action, il les rend artificielles. Certaines poursuites ou fusillades ressemblent davantage à un rêve adolescent qu’à une situation crédible, même dans un cadre de fiction. La musique n’aide pas non plus. Les morceaux choisis ne collent pas toujours à ce qui se passe à l’écran, créant un décalage étrange qui nuit à l’immersion. À plusieurs reprises, le film semble vouloir compenser ses faiblesses narratives par un habillage visuel et sonore trop appuyé.
Les performances sont globalement inégales. Lizzy Greene montre un certain potentiel dans les scènes physiques, mais son personnage manque d’écriture pour vraiment exister. D’autres acteurs s’en sortent correctement, sans jamais marquer durablement. À l’inverse, une grande partie du casting, notamment les jeunes adultes, peine à convaincre. Certaines scènes donnent l’impression d’assister à une répétition plus qu’à un film abouti. L’engagement est là, mais la justesse manque, ce qui affaiblit encore l’impact des scènes censées être les plus tendues. Steven Berkoff, en antagoniste russe, apporte un peu d’énergie à l’ensemble, mais son personnage reste lui aussi prisonnier d’une écriture caricaturale.
Ce qui ressort surtout de L’Internat, c’est ce décalage constant entre ses ambitions et son résultat. Le film semble persuadé de proposer quelque chose de fort, de sombre, presque subversif. En réalité, il ressemble souvent à un téléfilm d’action grimé en thriller adulte. Les services secrets sont dépeints de manière excessivement cynique, parfois jusqu’à la caricature. La CIA apparaît comme une entité manipulatrice et amorale, tandis que le FSB est montré comme encore plus impitoyable, mais paradoxalement plus efficace. Ce parti pris finit par neutraliser toute tension réelle. Même le final, qui tente un dernier retournement, arrive trop tard pour vraiment rattraper l’ensemble.
L’idée est intéressante, mais elle ne suffit pas à faire oublier tout ce qui précède. L’Internat n’est pas un film scandaleux, ni même profondément raté. Il est simplement décevant. Le concept avait de quoi nourrir un thriller plus dense, plus dérangeant, avec de vrais enjeux humains. À la place, le film se contente d’un récit générique, d’une réalisation maladroite et de personnages trop peu développés. Il reste quelques bonnes idées, quelques scènes d’action efficaces, et un twist final qui montre que le scénario aurait pu aller plus loin.
Note : 4/10. En bref, L’Internat ressemble à ces nombreux films d’action série B qui envahissent les plateformes : regardables, vite oubliés, et incapables de laisser une trace durable. Une occasion manquée de faire bien plus qu’un simple divertissement sans âme.
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