18 Août 2026
Compostelle // De Yann Samuell. Avec Alexandra Lamy, Julien Le Berre et Mélanie Doutey.
Mettre des ados au bord de la correctionnelle sur les chemins de randonnée plutôt que derrière les barreaux : l'idée n'est pas sortie de nulle part. Dans Compostelle, Yann Samuell s’inspire directement du travail d'associations comme Seuil, qui proposent à des jeunes en grande difficulté de traverser la France à pied pour se reconstruire. Sur le papier, le point de départ a tout pour plaire. C'est un terrain idéal pour parler de colère, de seconde chance et de ce moment où il faut réapprendre à faire confiance. Au centre de l'histoire, on suit Adam, dix-sept ans, à deux doigts de basculer définitivement du mauvais côté de la justice. Pour lui éviter la prison, on lui impose de partir marcher plusieurs semaines sur les chemins de Saint-Jacques.
Fred et Adam, un adolescent en rupture, ne se connaissent pas. Pourtant, grâce à une association, ils entreprennent ensemble le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle cherche à apaiser son passé, il tente de canaliser sa colère et son sentiment d’abandon. Au fil des kilomètres, entre affrontements et instants suspendus, un lien fragile se tisse. Face aux épreuves du chemin, chacun découvre en lui une force insoupçonnée.
Pour l'encadrer durant ce périple, il y a Fred, jouée par Alexandra Lamy. On s'en doute, la cohabitation démarre dans la douleur. Adam n'a aucune envie d'être là, sac au dos sous la pluie, et Fred ne possède pas de méthode miracle pour réparer un gamin cabossé par la vie. Chacun avance avec ses propres valises et ses blessures pas vraiment réglées. Autant le dire tout de suite, l'intrigue ne cherche pas un instant à surprendre. On devine très vite la trajectoire du récit. Les engueulades au bord du chemin, les trêves autour d'un repas, les rencontres d'un jour et les coups de pompe suivent gentiment le cahier des charges du film initiatique. Tout est très balisé. Pourtant, malgré cette mécanique prévisible, le duo finit par fonctionner.
On ne regarde pas le film pour ses rebondissements, mais simplement pour observer ces deux personnages s'apprivoiser au fil des kilomètres. Le film doit d'ailleurs beaucoup à ses deux interprètes principaux. Alexandra Lamy apporte une vraie chaleur à son personnage sans jamais tomber dans le piège de l'accompagnatrice parfaite ou moralisatrice. Elle doute, elle perd patience, elle fait des erreurs, ce qui la rend humaine et crédible. En face, Julien Le Berre est une très belle découverte dans le rôle d'Adam. Le piège classique aurait été d'en faire un adolescent agressif et stéréotypé de plus. L'acteur lui insuffle suffisamment de retenue et de fragilité pour que son évolution reste logique. C'est d'ailleurs dans les scènes les plus simples que la relation marche le mieux.
Une pause sur le rebord d'un chemin, une explication un peu vive après dix heures de marche ou un simple silence partagé en disent souvent plus long qu'un grand discours. Le scénario prend le temps de construire cette complicité. La confiance ne tombe pas du ciel, elle s'installe lentement, au rythme des foulées. L'autre présence majeure du film, c'est évidemment le décor. Les paysages traversés donnent un vrai souffle visuel à l'ensemble. Les chemins terreux, les reliefs escarpés et la traversée de petits villages traduisent bien l'effort physique. La marche n'est pas juste un décor de carte postale, elle impose son propre tempo. Quand vous devez avancer pendant des heures aux côtés de la même personne, impossible de fuir les discussions compliquées.
La fatigue accumulée fait sauter les carapaces, et c'est plutôt bien rendu. Seul regret sur la forme : le réalisateur abuse un peu trop des plans de drone. Ces grandes vues aériennes sur la nature reviennent si souvent qu'elles finissent par couper l'élan du récit. Par moments, on a un peu l'impression de regarder une vidéo promotionnelle pour la région alors qu'on aimerait juste rester proches des visages. Sur le terrain de l'émotion, le film évite heureusement le piège du mélodrame larmoyant. Il y a bien quelques ficelles scénaristiques un peu grosses, avec des rencontres qui arrivent pile au bon moment pour faire passer un message, mais l'ensemble reste assez sobre.
Le propos général demeure simple et plutôt sain : personne ne se résume à une erreur de parcours, et avec un peu d'écoute, un nouveau départ reste possible. On regrettera tout de même une écriture parfois maladroite. Pour renforcer le propos, le scénario a voulu accumuler trop de thématiques lourdes sur les épaules du jeune Adam, à tel point que le personnage ressemble parfois à une addition de cas sociaux réels plutôt qu'à un vrai adolescent. La mise en scène manque aussi un peu d'audace. Le passage d'un format d'image étroit en ville à un format large pendant le voyage est une idée sympathique, mais elle reste très démonstrative.
Note : 5/10. En bref, Compostelle est un film imparfait mais pétri de bonnes intentions. Il ne va pas révolutionner le cinéma social et s'oubliera probablement assez vite, mais il dégage suffisamment de sincérité et de générosité pour faire passer un moment agréable. Porté par un duo d'acteurs très juste et quelques jolis moments de complicité, c'est une œuvre simple, idéale si l'on cherche une histoire humaine sans prise de tête.
Sorti le 1er avril 2026 au cinéma - Disponible en VOD
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