4 Août 2026
Feels Like Home // De Gábor Holtai. Avec Rozi Lovas, Áron Molnár et Tibor Szervét.
Avec Feels Like Home, le réalisateur hongrois Gábor Holtai signe un thriller psychologique qui mélange tension domestique et allégorie politique. Sur le papier, le pitch accroche tout de suite : une femme se fait enlever par une famille persuadée qu’elle est leur fille disparue. Pour s’en sortir vivante, elle n’a d'autre choix que de jouer le jeu, d'endosser ce rôle absurde et d'attendre la moindre faille pour s'échapper. Le début du film marche fort. Les premières minutes posent une ambiance lourde, dérangeante, où l'angoisse vient surtout du flou total dans lequel on se trouve.
Une femme est enlevée par une famille qui prétend qu'elle est leur fille disparue. Elle doit se faire passer pour cette autre femme afin de survivre tout en essayant de trouver une issue à ce cauchemar.
Le scénario pose des questions, prend son temps pour semer le trouble et donne vraiment envie de savoir jusqu'où cette histoire folle va nous emmener. Le problème, c'est que la suite a du mal à tenir la cadence. Passé ce premier acte très réussi, le récit se met à piétiner. Plusieurs scènes s'étirent sans raison valable et l'intrigue stagne longuement. Même si le mystère reste présent, il avance à un rythme tellement lent qu'on risque de perdre le fil ou de décrocher. C'est dommage, parce qu'avec un montage plus serré ou une demi-heure de moins, le film gagnait énormément en efficacité. C'est d'autant plus énervant que le scénario ne manque pas de bonnes idées. L'héroïne, Rita, n'est jamais traitée comme une victime passive.
Elle comprend très vite que sa survie passe par la comédie. Elle entre dans la démence de ses ravisseurs, ce qui crée un jeu psychologique tendu où chacun essaie d'avoir le dessus sur l'autre. Petit à petit, le long-métrage dépasse le cadre du simple thriller. Derrière cette famille complètement tordue, on devine une critique plus large sur l’autorité, la domination et la façon dont on peut détruire l'identité de quelqu'un. Même sans connaître la politique hongroise actuelle, le propos reste très parlant. Ça fonctionne aussi très bien comme une métaphore des relations toxiques et de l'emprise psychologique. C'est clairement la grande force du film : on peut le regarder comme un huis clos flippant ou comme une histoire plus profonde sur le contrôle.
Malheureusement, le film oublie au passage d'approfondir ses personnages secondaires. Certains acteurs apparaissent, apportent quelque chose, puis disparaissent sans qu'on sache vraiment quoi en faire. Ça donne une petite impression d'inachevé. Heureusement, le jeu des acteurs sauve le niveau. Rozi Lovas est excellente dans le rôle de Rita. Elle fait passer son personnage de la peur à l'instinct de survie avec une vraie justesse. Ses choix restent cohérents, même quand la situation devient carrément malsaine. En face, les comédiens qui jouent le père et le fils sont tout aussi bons, oscillant en permanence entre un calme très poli et une violence psychologique glaciale.
Les dialogues aident beaucoup à rendre l'ensemble crédible. Ils restent simples, sans grands discours explicatifs. La tension vient surtout des non-dits, des longs silences et des regards en coin. Visuellement, le film choisit des tons très froids. Les couleurs sont ternes, les décors gris et la lumière manque cruellement de chaleur. Ça renforce ce sentiment de prison sans issue et colle parfaitement à la détresse du personnage principal. La caméra reste souvent collée au visage de Rita pour nous enfermer avec elle. Ça fonctionne bien une grande partie du film, même si le montage de la dernière partie manque un peu de fluidité, avec des transitions parfois brutes et des scènes qui traînent encore.
La fin risque d'ailleurs de diviser. Le film répond vite à certaines questions tout en laissant d'autres portes ouvertes. Si vous aimez les fins mystérieuses, ça peut vous plaire, mais ceux qui cherchent une vraie conclusion risquent de rester sur leur faim.
Note : 6/10. En bref, Feels Like Home reste un thriller psychologique intéressant pour son atmosphère et ses comédiens. Il installe un malaise durable au lieu de tout miser sur les sursauts faciles. Mais son rythme en dents de scie et son manque de punch l'empêchent de devenir un incontournable. Une proposition intéressante sur la manipulation, à réserver à ceux qui aiment les histoires sombres qui prennent leur temps.
Prochainement en France en SVOD
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