Critique Ciné : Elise sous emprise (2026)

Critique Ciné : Elise sous emprise (2026)

Elise sous emprise // De Marie Rémond. Avec Marie Rémond, José Garcia et Gustave Kervern.

 

Quand j'ai vu le sujet du premier film de Marie Rémond en tant que réalisatrice, j'étais plutôt curieuse. S'attaquer aux crises de panique et à l'impact d'une relation toxique sur le quotidien d'une femme n'est jamais un exercice facile, mais l'approche semblait intéressante. L'idée ici n'est pas tant d'analyser le comportement du manipulateur, mais plutôt d'observer les dégâts invisibles qu'il laisse derrière lui. Marie Rémond passe donc derrière et devant la caméra en incarnant Élise. On la suit dans son travail au théâtre, un milieu particulièrement pesant, où elle essaye de garder la tête hors de l'eau. 

 

Rien ne va plus dans la vie d’Élise : engluée dans une relation toxique avec Léopold, elle se retrouve propulsée à la tête d’une troupe de théâtre, suite à la mort soudaine du metteur en scène dont elle était l’assistante. Submergée par des crises de panique, Élise vacille. Mais peut-être est-ce dans cette confusion qu’elle parviendra à se libérer de ses emprises et à reprendre le contrôle de sa propre vie ?

 

Entre un quotidien professionnel épuisant, des peurs personnelles qui prennent toute la place et une relation amoureuse malsaine, elle donne l'impression d'être en permanence au bord du burn-out ou de la crise de l'angoisse. Sur le papier, le projet avait tout pour me plaire. Pourtant, en sortant de la salle, le constat est assez mitigé. Le film reste trop souvent en surface. Les intentions sont bien là, mais l'histoire manque cruellement de relief et finit rapidement par tourner en rond. Dans le récit, la pression monte d'un cran quand Élise, assistante d'un metteur en scène reconnu joué par Alain Françon, se retrouve propulsée vers plus de responsabilités après la disparition brutale de ce dernier. 

 

Ce qui aurait dû ressembler à une belle opportunité professionnelle se transforme vite en un fardeau de plus. Son corps prend le relais de sa tête : elle court partout, panique, perd ses moyens. Les crises d'angoisse deviennent régulières et envahissantes. À cela s'ajoute sa vie personnelle avec Léopold, interprété par José Garcia. C'est un homme séduisant, infidèle et clairement nocif. Leur relation forme la source principale de malaise dans l'histoire. Cela dit, le titre du film est un peu trompeur. Si l'emprise existe bel et bien, l'intrigue se concentre davantage sur les conséquences psychologiques de cette situation que sur le face-à-face entre les deux personnages.

 

C'est un parti pris intéressant. Montrer la perte progressive de confiance en soi et l'incapacité à comprendre son propre mal-être permet de aborder les troubles paniques de manière assez concrète. Le problème, c'est que la mise en scène manque d'immersion. Les crises d'angoisse sont montrées, mais on ne les ressent pas. J'aurais aimé que le film nous plonge directement dans la tête d'Élise pour nous faire vivre cette panique de l'intérieur. Malheureusement, on reste simple spectateur de sa souffrance, à bonne distance. Concernant le casting, José Garcia surprend dans ce registre. Il apporte ce qu'il faut de charme à son personnage pour qu'on comprenne pourquoi Élise reste attachée à lui, tout en révélant une toxicité bien agaçante sans jamais en faire trop. 

 

Le souci vient plutôt de l'écriture de leur dynamique. On nous répète que cette relation détruit Élise, mais le scénario montre très peu comment ce piège s'est refermé sur elle ni pourquoi il lui est si difficile d'en sortir. Le monde du théâtre sert d'autre terrain de pression. L'environnement professionnel est dépeint comme un nid à ego, où la jalousie et les rapports de force règnent en maîtres. L'idée que l'emprise ne vient pas seulement d'un conjoint mais peut aussi découler d'un cadre de travail toxique est une excellente piste. Malheureusement, comme pour le reste, le sujet est effleuré sans jamais être creusé jusqu'au bout. Pour tenter de s'en sortir, Élise croise plusieurs figures sur son chemin. 

 

Son thérapeute, joué par Yannick Choirat, lui propose une approche intéressante pour apprivoiser sa peur plutôt que de la fuir. Son amie Emma, incarnée par Olivia Côte, apporte une touche de légèreté bienvenue. Enfin, Gustave Kervern interprète un éleveur de chèvres dont le calme tranche complètement avec le stress ambiant. Même si ces personnages font du bien au récit, ils ressemblent plus à des outils scénaristiques posés là pour faire avancer l'héroïne qu'à de véritables personnages secondaires développés. Le plus grand problème du film réside sans doute dans son ton. En oscillant constamment entre la comédie et le drame psychologique, le récit perd son équilibre. 

 

Les touches d'humour tombent parfois à côté et cassent les moments de tension, tandis que les scènes dramatiques manquent d'intensité pour vraiment toucher. La réalisation reste très sage, presque trop discrète, ce qui rend certaines séquences un peu plates. On sent pourtant une vraie sincérité dans la démarche de Marie Rémond. En écrivant, réalisant et jouant le rôle principal, elle met clairement beaucoup d'elle-même dans ce projet. C'est d'ailleurs ce qui rend le résultat si frustrant. Le scénario s'éparpille entre le couple, la pression du travail, les crises de panique et les rencontres fortuites. Certaines scènes paraissent anecdotiques et l'histoire piétine parfois au lieu d'avancer.

 

Élise sous emprise n'est pas un mauvais film pour autant. La volonté d'aborder la santé mentale et les pressions étouffantes du quotidien sans tomber dans le piège de la simple victimisation est louable. Mais la mayonnaise ne prend pas complètement. Le potentiel était là, quelques acteurs s'en sortent très bien, mais le manque de profondeur et la dispersion du récit empêchent l'émotion de sortir. C'est dommage, car le sujet méritait un traitement beaucoup plus percutant.

 

Note : 4/10. En bref, porté par de bonnes intentions et une interprétation sincère de Marie Rémond, le film propose une approche intéressante des crises d'angoisse en évitant le piège du mélodrame classique. Malheureusement, son scénario trop dispersé et une mise en scène trop distante empêchent le récit d'offrir la profondeur et l'émotion que le sujet méritait.

Sorti le 13 mai 2026 au cinéma - Disponible en VOD

 

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