3 Août 2026
I Want Your Sex // De Gregg Araki. Avec Olivia Wilde, Cooper Hoffman et Mason Gooding.
Le retour de Gregg Araki derrière la caméra avait de quoi intriguer. Patron incontournable du cinéma indépendant américain des années 90, le cinéaste s'est forgé une solide réputation en filmant le désir, le sexe et les questions d'identité avec une liberté rafraîchissante. Dans I Want Your Sex, il revient à ses thèmes fétiches en mélangeant comédie érotique, satire du milieu de l'art et thriller psychologique. Le résultat a une vraie personnalité visuelle, mais me laisse une drôle d'impression : celle d'un réalisateur qui fait le tour de son propre univers sans réussir à retrouver sa hargne d'antan. L'histoire s'attache aux pas d'Elliot, un jeune diplômé un peu paumé qui galère à trouver sa place.
Elliot, un jeune homme naïf en quête de sens, décroche le poste de ses rêves auprès d’Erika Tracy, artiste provocatrice et figure incontournable de la scène artistique. Lorsqu'elle décide de faire de lui sa « muse sexuelle », ses fantasmes les plus audacieux semblent devenir réalité. Mais cette relation l’entraîne bientôt dans un univers trouble où se mêlent désir, obsession, pouvoir, manipulation et trahison…
Tout bascule quand il se fait engager comme assistant par Erika, une artiste contemporaine aussi célèbre que provocatrice. Leur relation de travail prend vite un virage particulier, glissant vers un jeu de domination consentie où les frontières entre envie, pouvoir et manipulation deviennent floues. Dès le départ, Araki installe du mystère avec un flash-forward qui rappelle direct Boulevard du crépuscule. Une entrée en matière efficace qui fait miroiter un pur film noir. Sauf que cette piste policière s'évapore assez vite. L'enquête sert surtout de décor en arrière-plan, pendant que le récit s'attarde sur le duo principal. Araki préfère décortiquer l'engrenage psychologique de cette dépendance affective plutôt que de nourrir un vrai suspense.
Là où le film vise juste, c'est dans son inversion des rôles. Alors que le genre aime empiler les clichés de femmes soumises, Araki place ici le jeune homme dans la position du dominé. C'est une approche plutôt fine du consentement. Elliot n'est pas une victime passive. Il accepte le cadre, teste ses limites, explore ses propres fantasmes et cherche à savoir jusqu'où il peut aller. Le film montre bien qu'un rapport de force ne se résume pas à une bête opposition entre un bourreau et sa proie. Cooper Hoffman restitue à merveille cette hésitation permanente. Son personnage navigue sans cesse entre fascination, curiosité et inquiétude. L'acteur fait passer énormément de choses avec une sobriété bienvenue, ce qui rend Elliot très attachant.
En face, Olivia Wilde s'en tire très bien aussi. Son Erika dégage une autorité naturelle tout en laissant poindre des failles qui lui évitent de tomber dans la caricature. Leur dynamique à l'écran porte clairement tout le métrage sur ses épaules. Visuellement, pas de doute, on est bien chez Gregg Araki. La mise en scène brille par ses teintes pop ultra saturées, son esthétique kitsch assumée et ses décors rétro venus tout droit des années 70. On retrouve instantanément cette signature graphique si particulière : des séquences psychédéliques, des touches d'animation décalées et un côté démesuré qui floute la frontière entre fantasme et réalité. Le problème, c'est que sous cette superbe couche de peinture, le scénario manque de fraîcheur.
On a vite une sensation de déjà-vu qui colle au récit. Les clins d'œil à 9 semaines 1/2, La Secrétaire ou Boulevard du crépuscule sautent aux yeux, mais Araki s'en contente au lieu d'en faire autre chose. Les connaisseurs y retrouveront aussi pas mal d'échos à Kaboom ou The Doom Generation. En repassant par des chemins aussi balisés, le film perd la subversion de ses premiers travaux. Il y a vingt ans, Araki bousculait son monde à chaque plan. Ici, le résultat s'avère nettement plus sage qu'annoncé. Le long-métrage cherche aussi à jongler entre les styles sans toujours trouver le bon équilibre. La comédie fonctionne bien par moments, notamment grâce à des dialogues ciselés et une scène de ménage à trois très cocasse. Le côté thriller reste en revanche trop timide.
Quant à la satire du milieu artistique, elle manque de piquant et donne l'impression de rejouer des vannes déjà entendues ailleurs. Cette hésitation permanente crée un léger déséquilibre. Le film se laisse regarder sans ennui, mais il manque cette montée en tension capable de faire basculer le tout dans une vraie expérience marquante. Autre regret : les rôles secondaires font les frais de cette focalisation sur le tandem Elliot-Erika. Plusieurs personnages apparaissent puis disparaissent aussitôt sans avoir eu le temps de s'installer.
En dépit de ces réserves, I Want Your Sex reste un moment de cinéma plutôt plaisant. Gregg Araki n'a pas perdu son sens du rythme, ses répliques font souvent mouche et certaines scènes rappellent pourquoi son style a tant marqué. Il conserve cette aisance rare pour parler du désir sans voyeurisme, tout en touchant à des sujets actuels comme les rapports de force ou le consentement.
Note : 5/10. En bref, I Want Your Sex s'apparente plus à une parenthèse nostalgique qu'à un grand virage artistique. Le jeu inspiré de Cooper Hoffman et d'Olivia Wilde maintient l'attention, l'univers visuel flatte la rétine et plusieurs passages fonctionnent très bien. Mais au moment de sortir de la salle, difficile de ne pas regretter qu'un sujet aussi électrique n'ait pas donné un film plus explosif. C'est sympa, c'est stylé, mais il manque cette étincelle de pure folie qui faisait toute la force du cinéma de Gregg Araki.
Sorti le 29 juillet 2026 au cinéma
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