Fúria (Saison 1, 6 épisodes) : du MMA, du drame, mais un petit goût d'inachevé

Fúria (Saison 1, 6 épisodes) : du MMA, du drame, mais un petit goût d'inachevé

Quand une nouvelle série débarque sur le monde des sports de combat, ma curiosité s'allume direct. Pratiquant de boxe anglaise et consommateur régulier de MMA, je sais à quel point cet univers déborde de potentiel. Entre la rigueur des entraînements, la violence des cages et la psychologie des mecs qui y montent, il y a de quoi bâtir d'excellentes histoires. C’est la promesse de Fúria, cette production brésilienne en six épisodes disponible sur Netflix. Mais après avoir bouclé cette première saison, je ressors de là avec un sentiment assez mitigé. Le point de départ fait pourtant le job. On ramasse un mec à moitié mort, incapable de se souvenir de son nom. 

 

Un homme amnésique trouve refuge auprès d'un coach de MMA et monte sur le ring, tiraillé entre l'espoir d'un nouvel avenir et un passé dangereux qui ne cesse de le rattraper.

 

Il est recueilli par Toni, un entraîneur de MMA qui galère à faire tourner sa salle et qui traîne ses propres casseroles. Le nouveau venu prend le prénom de Marcelo et essaie de se reconstruire une vie à peu près normale. Problème : son corps, lui, n'a rien oublié. Dès qu'il enfile les gants, des réflexes fulgurants refont surface. Chaque séance d'entraînement devient une sorte de déclic fâcheux qui ravive des bribes d’un passé qu’il aimerait sûrement mieux éviter. Cette amnésie reste le gros fil conducteur de la saison. La série joue la carte du mystère et distribue les indices au compte-gouttes. On prend plaisir à recoller les morceaux du puzzle pour comprendre qui était vraiment Marcelo avant son accident. 

 

Ça fonctionne bien, c'est efficace, même si honnêtement, certaines révélations s'anticipent des kilomètres à l'avance si vous avez l'habitude des thrillers du genre. À côté de la quête de vérité, la série essaie de creuser la tête de son héros. Marcelo navigue en permanence entre l'envie de repartir à zéro et cette violence sourde qui ne demande qu'à exploser. C'est ce double visage qui le rend intéressant : un gars qui veut juste la paix, mais rattrapé par une colère mécanique. Dommage que le scénario n'ose pas pousser cette noirceur un peu plus loin. Les intentions sont bonnes, mais ça reste souvent en surface. Heureusement, le binôme qu'il forme avec Toni apporte une vraie plus-value. 

 

L'entraîneur n'est pas juste là pour tenir les pattes d’ours ; c’est un mec usé par la vie, qui cherche une forme de rédemption à travers son nouveau protégé. La relation entre les deux dépasse vite le simple cadre du coach et de son athlète. Une forme de fraternité cabossée s'installe naturellement. C'est probablement l'un des aspects les plus touchants de l'histoire, même si là encore, j'aurais aimé que certaines scènes prennent le temps de respirer pour apporter un vrai impact émotionnel. Sur le terrain du MMA, la série s'en sort avec les honneurs sans pour autant signer un chef-d'œuvre de mise en scène. Les séances à la salle sonnent juste et les chorégraphies dans la cage ont de la gueule. 

 

On sent une réelle volonté d'offrir du réalisme et de s'éloigner des clichés hollywoodiens trop exagérés. Le souci vient plutôt du rythme. Certains combats scotchent à l'écran, tandis que d'autres s'enchaînent de manière très générique, faute de choix de réalisation vraiment marquants. Le scénario prend aussi une tournure plus sombre en s'éloignant des projecteurs officiels pour s'enfoncer dans les bas-fonds. Fúria met un pied dans l'univers des combats clandestins et du trafic d'êtres humains. On nous montre un système cynique où les combattants vulnérables finissent traités comme de la chair à canon pour enrichir une poignée de mafieux. Cette dimension apporte une vraie tension dramatique et donne un peu plus de relief aux enjeux globaux de la saison.

 

Le vrai point noir vient plutôt de la gestion des personnages secondaires. Plusieurs figures gravitant autour des salles de sport ou des réseaux souterrains méritaient un vrai traitement. Malheureusement, la série les réduit souvent à de simples silhouettes sans grand relief. C'est encore plus visible avec le grand méchant de l'histoire : caricature classique du type puissant guidé par la thune, il fait son boulot de figurant de luxe sans jamais faire vraiment peur ni surprendre. Côté interprétation, le casting fait heureusement monter le niveau. L'acteur qui joue Toni crève l'écran avec sa gueule fatiguée et son jeu tout en retenue. Il porte clairement les meilleures scènes dramatiques du show. En face, l'interprète de Marcelo gère très bien la transition entre le regard perdu du type amnésique et la brutalité froide du combattant quand les coups partent.

 

Techniquement, la réalisation fait le travail sans prendre de gros risques. Les décors urbains et poisseux s'enchaînent bien avec l'ambiance moite des salles de sport, mais l'ensemble manque d’une identité visuelle forte. On peste aussi un peu contre la gestion du rythme : la série accélère subitement sur certains épisodes pour ensuite temporiser de manière artificielle sur les suivants, juste histoire d'étirer le suspense jusqu'au final. Au final, Fúria fait passer un bon moment, surtout si vous aimez les histoires de baston et de rédemption. L'ancrage dans le MMA lui donne un côté brut assez plaisant et le fil rouge autour de la mémoire de Marcelo suffit à maintenir l'envie de lancer l'épisode suivant. 

 

Mais en fermant le dernier chapitre, difficile de ne pas ressentir une petite pointe de frustration. En lissant trop ses personnages et en n'allant pas au bout de ses thèmes les plus sombres, la série passe à côté de ce qui aurait pu en faire une référence du genre. Une première saison sympa et facile à regarder, mais qui en garde clairement sous le pied pour la suite.

 

Note : 5.5/10. En bref, en s'appuyant sur l'univers réaliste du MMA et un fil rouge amnésique efficace, la première saison de Fúria offre un divertissement rythmé et prenant pour les amateurs de sports de combat. Dommage que le manque de profondeur des personnages et une écriture trop classique l'empêchent de transformer l'essai et de devenir une grande série dramatique.

Disponible sur Netflix

 

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