17 Août 2026
The Shards // Saison 1. Episode 4. Robert’s Party.
On sentait le coup venir au troisième épisode, mais là, le doute n'est plus vraiment permis. La série commence à lâcher le fil de ce qui la rendait si captivante au départ. C'est dommage, parce que sur le papier, l'idée de centrer tout cet épisode sur la fameuse soirée chez Robert avait tout pour plaire. Mettre dans une même pièce les sous-entendus du groupe, les mensonges de Bret et l'ombre menaçante du Trawler, c'était le combo parfait pour faire basculer le récit. Sauf qu'à vouloir charger la barque avec mille nouvelles sous-intrigues, la réalisation donne surtout l'impression d'avancer en roue libre et d'imposer un rythme inutilement saturé.
Le premier virage prend d'ailleurs à contre-pied dès les premières minutes. Alors qu'on suivait sagement le point de vue de Bret depuis le début, l'histoire décide soudainement d'adopter le regard de Ryan. Ça aurait pu être une excellente idée pour décaler la perspective sur la bande. Au final, cela sert surtout à nous déballer une vie cachée qui sort de nulle part, nous éloignant encore un peu plus de la perception qu'on avait du personnage. Vouloir épaissir le mystère en multipliant les secrets s'inscrit plutôt bien dans l'esprit de Bret Easton Ellis, où tout le monde avance masqué derrière un vernis social impeccable. Le problème n'est donc pas l'intention, mais la manière de faire.
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Les révélations s'enchaînent à une vitesse telle qu'on n'a même plus le temps d'en mesurer l'impact réel sur l'histoire. Pendant ce temps, la trame principale essaie de garder le cap sur la fête. Susan se démène pour organiser un événement à la hauteur du petit nouveau, pendant que Bret persiste à voir en Robert une menace mortelle. Le reste de la bande en profite pour picoler, se droguer et balayer gentiment la disparition de Matt et Rhonda sous le tapis. Cette insouciance devient d'ailleurs presque troublante. Voir ces gamin·es passer d'une angoisse sourde à un état de fête totale sans jamais encaisser ce qui leur arrive commence à en dire long sur leur psychologie. Bret, de son côté, n'arrive plus du tout à composer.
Son obsession pour Robert vire à la fixation et le moindre bout d'information dégoté sur son passé vient alimenter sa paranoïa. Mais le souci reste le même depuis le début : il n'a toujours rien de concis entre les mains. Il interprète le moindre détail pour valider sa théorie, ce qui le rend de plus en plus douteux aux yeux des autres comme aux miens. La confrontation directe entre les deux reste malgré tout le moment fort de la soirée. Bret tente le tout pour le tout et pousse Robert à bout en balançant le sujet de la mort de sa mère. La réaction ne se fait pas attendre et le pétage de plomb est immédiat. L'épisode fait alors basculer le décor de la fête dans un chaos assez brut. Robert pète un câble au milieu des autres, la musique tape, le verre vole en éclats et l'ambiance devient franchement toxique.
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Sa proximité avec Susan ajoute une couche de tension sentimentale, attisant la jalousie de Thom et poussant la fixation de Bret un cran plus haut. C'est là qu'on touche du doigt la limite de la série. Les premiers épisodes prenaient le temps d'installer un malaise discret, très diffus. Ce quatrième chapitre préfère foncer dans la surenchère en cherchant le choc immédiat plutôt qu'en laissant la tension monter naturellement. Le grand écart des genres devient d'ailleurs fatiguant : on passe du drame d'adolescents friqués au thriller, pour bifurquer vers le psychodrame familial puis l'horreur pure sans la moindre transition fluide. L'arrivée sortie de nulle part d'un mec armé en plein milieu de la villa illustre parfaitement ce déséquilibre.
La scène apporte une tension physique indéniable, mais elle semble avoir été téléportée d'un tout autre projet. Heureusement, tout n'est pas à jeter. Le personnage de Thom gagne enfin un peu d'épaisseur en se retrouvant confronté à un vrai danger. Susan glisse au centre d'un engrenage qui dépasse largement les amourettes de début de saison, et le groupe commence enfin à se fissurer sous la pression. Mais c'est bien Bret qui continue de porter l'intérêt de la série. Son comportement devient totalement bancal. Il répète à qui veut l'entendre qu'il cherche juste à protéger ses potes, alors qu'on le sent étrangement fasciné par le bordel qu'il contribue à créer. Sa position d'observateur extérieur ne tient plus du tout la route maintenant qu'il prend une part active dans le chaos.
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C'est sans doute l'aspect le plus fidèle et le plus réussi de l'adaptation : ce décalage entre le narrateur qui prétend regarder les événements de haut et le personnage qui s'enfonce dans ses propres névroses. Visuellement, l'ensemble tient encore la route. Ce Los Angeles des années 80 continue de faire son effet et le contraste entre les villas de luxe et la violence sourde fonctionne toujours. Mais l'empreinte de Ryan Murphy commence à prendre un peu trop le dessus sur le roman d'origine. C'est plus tape-à-l'œil, plus caricatural, et la retenue du début commence à voler en éclats. Même la fin de l'épisode laisse un goût bizarre. Après une nuit d'un niveau de violence pareil, revoir la bande reprendre son quotidien comme si de rien n'était pose question.
On peut y voir une critique sur leur statut de gosses de riches totalement déconnectés du réel, mais c'est surtout le signe d'un problème de rythme. Les drame s'accumulent trop vite sans jamais avoir le temps de laisser des traces durables.
Note : 4/10. En bref, The Shards reste une proposition visuellement très propre, mais le récit s'éparpille trop. L'ambiance initiale s'efface peu à peu au profit d'un spectacle qui cherche à surprendre à tout prix, au risque d'abîmer ce qui faisait sa force.
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