8 Août 2026
Après six semaines à repasser l'histoire américaine à sa moulinette, la première saison de Life, Larry and the Pursuit of Unhappiness: An Almost History of America tire sa révérence avec un septième épisode fidèle à son concept. Aux manettes, Larry David et Jeff Schaffer ne changent pas une équipe qui gagne. La recette reste inchangée : quatre sketches, des époques variées, des figures historiques majeures et un Larry David incapable de traverser un moment fondateur sans y semer un malaise mémorable. Ce final ne cherche pas à réinventer la poudre. La série préfère dérouler une suite de situations absurdes où la mesquinerie et les petits tracas du quotidien prennent le dessus sur la portée symbolique des événements.
L'approche est désormais bien connue des spectateurs, mais le dernier segment apporte le coup de frais nécessaire pour conclure la saison sur une note très positive. L'épisode s'ouvre sur le V-J Day, ce fameux jour de victoire célébrant la fin de la Seconde Guerre mondiale au milieu des scènes de joie dans les rues de New York. Un moment historique chargé d'émotion que Larry David parvient rapidement à transformer en un pur moment de solitude. Le personnage se retrouve coincé dans une engrenage absurde. L'euphorie ambiante sert de décor à une scène où les règles de bienséance s'effritent petit à petit. Tout le monde garde en tête le fameux baiser immortalisé à Times Square, mais le sketch préfère imaginer ce qui se passerait si Larry tentait de reproduire la scène sans mesurer la portée de son acte.
La chute colle parfaitement à la philosophie du personnage : une envie d'associer son nom à la fête qui se solde par une situation particulièrement embarrassante. Ce passage met aussi en lumière la principale limite du concept. Au bout de sept épisodes, la mécanique se devine facilement. Un événement marquant survient, Larry s'en mêle, une micro-frustration apparaît et tout dérape. La véritable surprise ne vient plus de la structure narrative, mais des dialogues et de l'absurdité du jeu d'acteur. Le deuxième segment braque ses projecteurs sur William Henry Harrison, président célèbre pour être resté le plus court mandat de l'histoire des États-Unis. Son discours d'investiture interminable devient le prétexte parfait pour une scène comique bien sentie.
Larry David prend un vrai plaisir à camper un homme incapable de réaliser qu'il parle depuis beaucoup trop longtemps. Le sketch détourne un moment politique solennel pour le transformer en un supplice d'ennui pour son auditoire. Le comique fonctionne sur le décalage entre la majesté de la fonction présidentielle et l'attitude complètement déplacée du personnage principal. Néanmoins, l'idée manque d'un poil de développement par rapport à d'autres trouvailles vues plus tôt cette année. Les répliques arrachent quelques sourires, mais l'ensemble oublie d'imprimer un souvenir impérissable L'épisode bifurque ensuite vers l'histoire tragique de la Donner Party, ce groupe de pionniers américains piégé par les éléments dans des conditions de survie effroyables.
La série applique à ce drame sa formule habituelle en filtrant un drame national à travers le prisme des petites obsessions nombrilistes de Larry. Le grand écart surprend au premier abord, mais c'est exactement la ligne directrice du projet. L'idée n'a jamais été de proposer une reconstitution historique rigoureuse. La grande Histoire sert de toile de fond à une comédie d'observation centrée sur le comportement humain dans des circonstances extrêmes. Cette séquence reste cependant assez convenue. Après plusieurs heures de visionnage, l'effet d'étonnement s'émousse un peu. Heureusement, le véritable coup de maître du final arrive avec le dernier sketch, dédié à Barack Obama et à une controverse beaucoup plus contemporaine.
Larry se retrouve dans le Bureau ovale alors que le président prépare une déclaration publique importante. La conversation s'engage sur des sujets futiles comme le style vestimentaire, les habitudes de bureau et les codes sociaux. Évidemment, une maladresse vient rapidement tout perturber. Une tâche sur une veste devient le point de départ d'une solution bancale : convaincre Obama de porter un costume beige. La fameuse polémique du « tan suit » déclenchée lors d'une vraie conférence de presse en 2014 trouve ici une explication hilarante. Le sketch fonctionne remarquablement bien parce qu'il s'attaque à un souvenir encore frais dans l'esprit du public. La prestation de Barack Obama apporte une vraie plus-value.
Son flegme naturel et sa sobriété face aux gesticulations de Larry créent un contraste parfait. Sa sérénité renforce le ridicule de la situation et donne au sketch une tonalité unique. La conclusion, où l'ancien président s'adresse directement au spectateur en brouillant la frontière entre le vrai et le faux, boucle la saison avec énormément de classe. Au final, ce septième épisode résume bien l'ensemble de la proposition. Le concept de départ demeure séduisant et offre un terrain de jeu formidable pour la comédie. La présence de guests prestigieux apporte un vrai plus dès que l'alchimie prend à l'écran.
Je regrette seulement une certaine répétition dans la mécanique comique. Le schéma où Larry conteste une règle, s'accroche à un détail idiot et déclenche une catastrophe finit par se voir. Les costumes changent, mais les ficelles restent identiques. C'est précisément pour cela que le segment avec Obama fait du bien : il casse les codes établis et apporte la touche de modernité qui manquait. Ce dernier chapitre conclut la saison avec honnêteté. Sans être irréprochable de bout en bout, la série réussit sa sortie grâce à une séquence finale brillante.
Note : 7/10. En bref, Life, Larry and the Pursuit of Unhappiness n'échappe pas toujours au piège du recyclage, mais elle aura eu le mérite de tenter un pari audacieux : appliquer l'humour cynique de Larry David à des événements à priori peu propices à la rigolade. Revoir l'histoire américaine avec des lunettes aussi irrévérencieuses valait le détour, et laisser le mot de la fin à Barack Obama pour justifier une affaire de costume reste une bien belle trouvaille.
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