Critiques Séries : Life, Larry and The Pursuit of Unhappiness: An almost history of America. Saison 1. Episode 5.

Critiques Séries : Life, Larry and The Pursuit of Unhappiness: An almost history of America. Saison 1. Episode 5.

Life, Larry and The Pursuit of Unhappiness: An almost history of America // Saison 1. Episode 5. Lincoln.

 

Depuis le lancement de Life, Larry and the Pursuit of Unhappiness: An Almost History of America, Larry David applique sa formule habituelle. Le principe est simple : il prend un grand moment de l'histoire américaine et y injecte ses petites manies, ses prises de bec ridicules et son incapacité chronique à lâcher l'affaire. Jusqu'ici, ça tournait un peu à la routine. Mais avec ce cinquième épisode, l'ambiance change. L'humour est toujours là, mais il se frottait cette fois à un sujet bien plus lourd, ce qui donne au visionnage une saveur très particulière. L'épisode s'attaque directement à l'assassinat d'Abraham Lincoln. 

 

C'est un pari risqué, parce qu'il faut réussir à faire rire autour d'une tragédie nationale que tout le monde connaît par cœur. Le résultat provoque parfois un vrai sentiment d'inconfort, mais c'est honnêtement ce qui fait tout l'intérêt de la chose. Avant d'en arriver là, l'épisode prend le temps de faire un petit crochet par Tombstone. Larry David y rejoue à sa manière un grand classique de l'Ouest américain, transformant le légendaire duel en une série de conversations absurdes sur l'organisation pratique de la fusillade. Les personnages passent plus de temps à chipoter sur les horaires et leurs contraintes personnelles qu'à préparer le combat. Cette introduction fonctionne bien. 

 

Elle remet gentiment les pendules à l'heure en rappelant que la série s'intéresse bien plus aux querelles du quotidien qu'aux grands récits héroïques. Voir le mythe du Far West se défaire au profit d'engueulades banales est un ressort classique, mais efficace. Ça met en jambes avant de passer au gros morceau de l'épisode. Le cœur du récit reste évidemment ce fameux sketch sur Lincoln. La différence avec les épisodes précédents, c'est qu'on ne cherche pas juste à empiler les vannes à toute vitesse. L'écriture prend le temps d'installer une tension particulière, où chaque petit mot prononcé rapproche inévitablement les personnages du drame que l'on attend tous. Tout le conflit tourne autour d'un simple foulard perdu. 

 

Une broutille totale, mais qui prend des proportions démesurées, exactement comme Larry David adore le faire depuis Curb Your Enthusiasm. Sauf qu'ici, cette prise de tête ridicule croise directement le chemin de l'Histoire avec un grand H. C'est là que l'idée devient vraiment maligne. On sait très bien comment tout cela va se terminer, alors que les personnages sur l'écran continuent de s'écharper pour un détail sans importance. Ce décalage crée une nervosité étonnante pour un format comique. On regarde l'horloge tourner en sachant ce qui arrive, et cette attente donne un rythme très différent à l'ensemble. L'autre grande réussite de l'épisode vient de Kathryn Hahn dans le rôle de Mary Todd Lincoln. 

 

Elle apporte une énergie folle avec son personnage à fleur de peau, oscillant en permanence entre la colère noire et la détresse totale. Elle évite d'en faire une simple caricature et donne une vraie présence à l'écran. Face à elle, Larry David reste fidèle à lui-même. Peu importe l'époque ou le costume, il refuse de plier dès qu'il estime être dans son droit. Les siècles passent, mais son personnage reste immuable, et c'est toujours aussi jouissif de le voir énerver son monde. Alors bien sûr, l'épisode n'échappe pas à certains travers. On retrouve des tics d'écriture bien connus, des dialogues qui tournent en rond et des obsessions sociales déjà vues mille fois chez l'auteur. Les fans de la première heure y trouveront leur compte, mais d'autres pourront y voir une forme de paresse.

 

Mais la noirceur du sujet rattrape largement ces quelques longueurs. S'amuser autour d'un assassinat historique ne plaira pas à tout le monde, et l'épisode cherche clairement à bousculer le spectateur. Il assume ce côté dérangeant sans jamais chercher à s'excuser, ce qui permet à la série d'aérer un peu sa mécanique.

 

Note : 7/10. En bref, ce cinquième chapitre s'impose comme l'un des moments les plus marquants de la saison. Moins pour ses gags purs que pour son audace à installer une vraie tension narrative. Larry David prouve qu'il sait encore surprendre quand il sort de sa zone de confort pour pousser son concept vers quelque chose de plus sombre.

Disponible sur HBO max

 

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