A Shop for Killers (Saison 2, 8 épisodes) : le retour des mercenaires

A Shop for Killers (Saison 2, 8 épisodes) : le retour des mercenaires

J’avais une sacrée hâte de retrouver A Shop for Killers. La première saison avait réussi un coup de maître : trouver un équilibre presque parfait entre baston, tension, humour noir et une belle bande de bras cassés attachants. Le concept tenait la route parce que chaque élément restait à sa place. Que ce soit Murthehelp, Jin-man, Ji-an, Pasin, Min-hye, Brother ou Bale, tout ce petit monde formait une famille de mercenaires bizarrement cohérente. Pour cette deuxième saison, l'équipe a voulu passer au niveau supérieur. Babylon prend une place énorme, l'intrigue part à l'international, les nouveaux tueurs déferlent et l'action sort du cadre intimiste de la maison. 

 

Sur le papier, l'ambition se comprend tout à fait. Dans la réalité, le résultat s'avère nettement plus chaotique. Après avoir avalé les huit épisodes, je reste clairement sur ma faim. C'est du bon divertissement, souvent très visuel, mais le scénario m'a laissé bien plus perplexe qu'au premier chapitre. Le gros changement vient du changement d'échelle. Avant, tout reposait sur une mécanique simple et ultra-efficace : Ji-an devait sauver sa peau. Le moindre mètre carré de la baraque de son oncle devenait un piège mortel. La saison 2 met complètement de côté ce sentiment d'urgence pour construire un univers plus vaste. Babylon devient une multinationale du crime avec ses guerres de clans et ses sous-factions.

 

Visuellement, on en prend plein les yeux. Les budgets ont grimpé, les décors se multiplient et les scènes d'action envoient du lourd. Les poursuites et les fusillades s'enchaînent bien et l'envie de lancer l'épisode suivant reste là. Le souci, c'est que faire plus grand ne veut pas dire faire mieux. Le récit passe désormais son temps à caser de la contextualisation, à présenter des figurants et à détailler des alliances complexes. Résultat : le rythme trinque et les incohérences commencent à se voir. Du côté de Ji-an, le cap franchi est massif. Elle ne subit plus les événements et prend enfin les rênes de son destin. Elle découvre ce que signifie diriger Murthehelp et cesse d'être la protégée qu'on doit constamment tirer d'affaire. 

 

L'intention d'écriture est excellente, mais la réalisation manque parfois de naturel. Par moments, son évolution semble forcée par le script plutôt que guidée par ses choix personnels. Sa transformation reste impressionnante, notamment lors de sa confrontation glaciale avec Kusanagi où l'on comprend que son innocence s'est envolée, mais le chemin pour y arriver aurait mérité plus de soin. Jin-man, quant à lui, manque cruellement d'écran. Lee Dong-wook est toujours fabuleux dans le rôle de l'oncle stoïque qui a trois coups d'avance sur tout le monde sans jamais lever la voix. Cette saison permet d'apprécier la profondeur de ses préparatifs : les armes cachées, les marques jaunes dans la forêt, les sorties de secours... 

 

On réalise qu'il a passé sa vie à blinder le monde autour de sa nièce pour lui donner une chance de survivre. C'est l'un des aspects les plus touchants de l'histoire. Le problème, c'est que Jin-man et Ji-an passent presque toute la saison séparés. On attendait cette dynamique mentor-élève avec impatience, et la série nous en prive en grande partie. Concernant la gestion des méchants, le tirage est tout aussi contrasté. Bale, teasé comme la menace ultime depuis le début, se retrouve expédié bien trop vite. Sa confrontation avec Jin-man claque visuellement, mais le bonhomme avait encore tellement à offrir. Son côté psychopathe imprévisible apportait une vraie tension qui manque par la suite.

 

Et que dire du traitement réservé à certains secondaires historiques ? Les fins réservées à Pasin et Brother passent assez mal. Transformer Pasin en pion manipulé par rapport à son fils s'entend sur le papier, mais son revirement paraît trop brusque, et sa disparition tombe comme un cheveu sur la soupe. Quant à Brother, le sortir de l'équation ressemble plus à une volonté de choquer gratuitement le spectateur qu'à une vraie nécessité scénaristique. À force de vouloir faire du nettoyage dans les rangs pour prouver que personne n'est à l'abri, le récit perd l'attachement émotionnel qui faisait sa force. Heureusement, l'arrivée de la branche japonaise apporte un peu d'air frais. La dynamique entre J et Q fonctionne très bien et donne une dimension plus globale à l'organisation. 

 

Malheureusement, dès que la vérité éclate sur leurs motivations, cette sous-intrigue retombe un peu comme un soufflé. Q avait l'étoffe d'un personnage majeur, mais son arc se conclut de façon trop précipitée. Enfin, Kusanagi s'impose comme l'antagoniste la plus déconcertante. Si l'actrice livre une prestation habitée et complètement déjantée, l'écriture du personnage pose question. On nous la vend comme une stratège hors pair pendant des heures, pour la voir ensuite enchaîner les décisions complètement absurdes dans le final. Ce manque de cohérence gâche un peu le dénouement de la saison.

 

Note : 5.5/10. En bref, cette deuxième saison de A Shop for Killers reste un spectacle efficace, mais beaucoup moins maîtrisé. En voulant trop embrasser (la politique interne de Babylon, l'héritage familial, les luttes de pouvoir), la série perd le côté brut et incisif qui nous avait tous séduits au départ. C'est toujours un plaisir de retrouver cet univers, et la fin laisse évidemment la porte ouverte à la suite. Si une saison 3 voit le jour, je serai au rendez-vous. Mais il faudra resserrer le tir, réduire le nombre d'intrigues secondaires et remettre la relation entre Ji-an et Jin-man au centre du jeu pour retrouver la magie des débuts.

Disponible sur Disney+

 

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