16 Septembre 2026
Un ancien visage vedette de Rebus, une station balnéaire espagnole prise d'assaut par des vacanciers britanniques, des cadavres qui s'accumulent, une barmaid passionnée de séries policières et une sacrée pincée d'humour. Sur le papier, Benidorm Is Murder réunissait déjà pas mal de bons ingrédients pour attirer mon attention. Il y avait aussi un nom intrigant aux commandes : Ian Jarvis. Le créateur n'est pas un bleu dans le domaine du cosy crime britannique. Il a fait ses armes en signant plusieurs scénarios pour Meurtres au Paradis et son spin-off Beyond Paradise. Derrière la caméra, Simon Delaney est également passé par la case Meurtres au Paradis. La filiation entre les deux univers n'a donc rien d'un hasard.
Un ancien détective britannique ouvre un bar à Benidorm. Lorsque des touristes sont assassinés, il mène l'enquête avec sa barmaid passionnée de séries policières, tout en collaborant avec la police locale.
Après avoir avalé les six épisodes de cette première saison, mon sentiment est limpide : Benidorm Is Murder ne cherche pas à réinventer la poudre ou à révolutionner la fiction télévisée. Et pour tout vous dire, ce n'est absolument pas ce que j'attendais d'elle. Le point de départ reste simple. Dennis Crown, un ancien flic britannique, s'est installé sous le soleil de Benidorm pour oublier ses démons et tourner la page. Il y gère un pub plutôt calme, où les clients ne se marchent pas vraiment dessus. Mais vous vous en doutez, la retraite paisible tourne court. Les crimes commencent à secouer la ville et Dennis se retrouve malgré lui réaspiré par son ancien métier. Pour l'épauler, il peut compter sur Rosa, sa jeune barmaid espagnole.
Elle n'a rien d'une enquêtrice professionnelle, mais elle affiche un bagage encyclopédique impressionnant en matière de séries policières. Ce duo dépareillé fonctionne à merveille. Dennis mise tout sur son expérience du terrain et son instinct de vieux briscard, tandis que Rosa raisonne en fonction des intrigues qu'elle a englouties sur son écran. C'est précisément ce décalage constant entre pratique et théorie télévisuelle qui donne tout son sel à l'histoire. La structure rappelle forcément Meurtres au Paradis : une ambiance ensoleillée, un mort à chaque épisode, une poignée de suspects louches et une affaire bouclée avant les crédits de fin. Sauf qu'ici, l'action quitte les Caraïbes pour s'implanter dans un cadre bien différent.
Impossible de ne pas évoquer John Hannah. L'acteur incarne Dennis avec une nonchalance rafraîchissante qui colle parfaitement à l'esprit du personnage. Dennis n'a aucune envie de jouer les détectives. Son seul souhait est de servir des bières tranquillement derrière son comptoir et qu'on lui fiche la paix. C'est loupé. Ce rôle tranche nettement avec la noirceur qu'il insufflait dans Rebus, et c'est tant mieux. Dennis n'est pas le flic torturé classique dont la télévision nous abreuve jusqu'à l'overdose. C'est juste un type fatigué qui se retrouve embarqué dans des histoires pas possibles. Voir un comédien habitué aux drames s'amuser autant dans une comédie assumée fait vraiment plaisir à voir.
Carolina Bécquer apporte une énergie folle dans le rôle de Rosa. Sur le papier, le personnage risquait de vite devenir agaçant. Elle parle beaucoup, déborde d'enthousiasme, se mêle de tout et ne vit que pour les affaires criminelles. Elle passe son temps à citer des séries et rêve de devenir l'Agatha Christie locale. Pourtant, la magie prend. Son peps fait un bien fou face au caractère rabat-joie et fermé de Dennis. J'ai beaucoup aimé voir leur complicité grandir au fil de l'aventure. La série prend le temps d'installer cette dynamique improbable entre un retraité désabusé et une jeune femme déterminée à faire ses preuves. Rosa apporte une grande partie de la fraîcheur et de la légèreté au récit.
L'aventure démarre fort avec la mort suspecte du sosie officiel d'un membre de Take That, retrouvé au fond d'une piscine. On enchaîne ensuite dans un club de stand-up, puis lors d'un enterrement de vie de jeune fille qui tourne au vinaigre. Le quatrième épisode nous plonge dans l'univers impitoyable du bingo, avant qu'un meurtre sur la plage de Levante ne vienne troubler le bronzage des vacanciers. Enfin, l'ultime chapitre hausse le ton lors d'une soirée privée qui vire au drame au cœur même du pub de Dennis. Ce choix d'intrigues permet d'explorer les multiples facettes de Benidorm. Les victimes comme les suspects évoluent tous au sein de cette communauté britannique installée sur place ou de passage pour les vacances.
C'est sans doute là que Benidorm Is Murder se détache le plus des productions habituelles du genre. Oubliez la campagne anglaise verdoyante, les petits villages paisibles et les salons de thé. Benidorm propose exactement l'opposé. Les barres d'hôtels immenses, les pubs anglais à chaque coin de rue, les plages saturées du matin au soir et les touristes en coup de soleil occupent tout l'écran. La réalisation ne cherche jamais à embellir la réalité ou à cacher le côté bétonné et populaire de la station balnéaire. Elle s'en amuse avec malice. Ce cadre atypique donne une vraie signature visuelle au programme et apporte un brin d'exotisme pop fort agréable. L'héritage de Meurtres au Paradis se fait clairement ressentir.
Ian Jarvis connaît la recette sur le bout des doigts. Il sait parfaitement installer un mystère, distribuer les mobiles, distiller les fausses pistes et réserver une petite surprise pour le dénouement. La série s'amuse gentiment avec les clichés de la fiction policière. Rosa sert de miroir au spectateur : elle repère les ficelles scénaristiques parfois avant les personnages eux-mêmes. Cela donne un ton complice très sympathique sans jamais tomber dans la parodie lourde. Tout n'est pas irréprochable pour autant. La série connaît quelques baisses de régime sur la longueur. Le pilote demande par exemple un petit temps d'acclimatation. L'humour tombe parfois à côté et certains secondaires paraissent vraiment trop caricaturaux au début.
Heureusement, la machine règle ses rouages dès le deuxième épisode pour trouver sa vitesse de croisière. L'épisode 5 m'a en revanche un peu agacé. Les choix de certains personnages manquent cruellement de logique et le scénario tire franchement sur la corde pour faire avancer l'enquête. C'est le petit travers de la série : quand elle veut absolument amener une scène précise, elle n'hésite pas à prendre de grosses libertés avec le bon sens. Le dernier épisode opère un virage étonnant. Après cinq affaires plutôt légères et ensoleillées, l'ambiance devient nettement plus tendue et sombre. Dennis se retrouve directement visé et son passé finit par le rattraper.
Le fait de situer une grande partie de ce final en huis clos dans le pub apporte une tension bienvenue. Ce choix fonctionne très bien et permet de conclure la saison sur un vrai suspense. Ian Jarvis a d'ailleurs confirmé qu'il avait déjà pas mal d'idées en réserve sous le coude pour développer la suite sur plusieurs saisons.
Note : 5.5/10. En bref, Benidorm Is Murder n'a pas la prétention d'être un thriller psychologique sombre et complexe. Si vous cherchez un drame poignant de la trempe de Broadchurch ou Unforgotten, vous n'êtes clairement pas au bon endroit. En revanche, la série assume totalement son statut de divertissement estival, drôle et rafraîchissant. La recette fonctionne grâce au charme de Benidorm et à la complicité évidente entre John Hannah et Carolina Bécquer. Même si quelques intrigues s'avèrent un peu téléphonées, l'ensemble se regarde avec un plaisir simple et sans prise de tête. Une bonne surprise idéale pour se vider la tête.
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