2 Septembre 2026
Après une première salve centrée sur la rupture brutale de son mariage et les premiers pas d'une liberté retrouvée, Leanne revient sur Netflix avec une deuxième saison de dix épisodes. Cette fois, l'enjeu s'est déplacé. La question n'est plus de savoir comment digérer un divorce après plus de trente ans de vie commune, mais plutôt de trouver un moyen de vivre sa propre vie quand toute la smala débarque sous le même toit.
Leanne Morgan reste le cœur battant du show, mais le récit prend une tournure différente. Le divorce passe au second plan pour laisser la place à des thématiques plus larges : le temps qui passe, les parents qui prennent de l'âge, la vie amoureuse qu'il faut réinventer et cette période charnière où l'on se retrouve à devoir épauler ses propres parents alors qu'on n'a pas franchement demandé à assumer autant de responsabilités. Dans la première saison, la trajectoire était assez lisible. Il fallait encaisser le choc et réapprendre à avancer en solo. Cette suite démarre dans un contexte bien distinct. La liberté est là, théoriquement, mais elle se fait constamment piétiner par les imprévus du quotidien.
Un anniversaire qui tourne court, la disparition inquiétante du père, un petit incendie domestique... Très vite, la maison de Leanne se transforme en véritable poste de commandement familial. Ses parents, Margaret et John, finissent par emménager chez elle. Ce déménagement réorganise complètement la dynamique de la série. Leanne ne cherche plus seulement à se reconstruire un avenir affectif. Elle devient la fille prise entre deux feux, confrontée à deux figures paternelle et maternelle vieillissantes qui n'ont absolument aucune intention de se laisser dicter leur conduite. C'est là que cette nouvelle saison trouve sa vraie matière. John et Margaret ne sont pas traités comme de vieux personnages sans défense qu'on se contenterait de couver.
Ils ont leurs manies, leurs opinions tranchées et une résistance à toute épreuve face aux décisions de leurs filles. Le résultat donne des scènes franchement absurdes, mais touche aussi à des vérités bien senties sur le temps qui passe et le choc des générations. Le quotidien sous le même toit devient le moteur principal des intrigues. Leanne, Carol, Margaret et John doivent composer ensemble, une configuration classique pour une sitcom mais qui déroule ici une belle efficacité. La série tire profit des frictions ordinaires : les répliques piquantes, les travers impossibles à supporter, les initiatives individuelles prises sans demander leur avis aux autres et cette tendance typiquement familiale à envahir le territoire du voisin quand il cherche juste un peu de calme.
Blake Clark apporte une tonalité grinçante très réussie dans le rôle du père. Il s'en donne à cœur joie quand il s'agit d'incarner cet homme obstiné qui refuse d'admettre qu'il a besoin d'un coup de main. Face à lui, Celia Weston offre à Margaret une chaleur bienvenue, évitant au couple de tomber dans la simple caricature comique. Margaret amène une forme de douceur légère là où John transforme la moindre petite contrariété en affaire d'État. Même si les parents occupent un espace important cette année, l'axe formé par Leanne et Carol reste le pilier du show. Kristen Johnston est toujours aussi impeccable dans le costume de la sœur sans filtre qui balance leurs quatre vérités à tout le monde.
Carol sait être cassante, parfois agaçante, mais elle conserve une vraie profondeur et dépasse le simple rôle de la frangine terre à terre. C'est ce dosage qui alimente la pertinence de leurs échanges. Elles se fritent, se jugent sur leurs choix respectifs, mais restent soudées dès que les choses se compliquent. Leur complicité sonne juste parce que la série n'essaie pas de transformer la moindre engueulade en grande leçon morale. Ça se prend le bec comme deux sœurs dans la vraie vie, et la journée continue. Leanne Morgan trouve un espace d'expression idéal. Son jeu garde ce ton très particulier emprunté au stand-up, cette manière d'étirer une anecdote banale jusqu'au petit détail comique qui fait mouche.
C'est ce style bien à elle qui donne à la série son identité. La série n'oublie pas pour autant le parcours sentimental de son héroïne. Andrew, joué par Tim Daly, conserve une place notable. Son job d'agent du FBI injecte au passage une touche de polar assez décalée par rapport au cadre très domestique de la maison. Sa traque d'un criminel surnommé le « Subaru Strangler » permet de sortir de l'entre-soi familial et d'aérer un peu le rythme. L'intérêt majeur de cette relation réside surtout dans la recherche de Leanne, qui tente de définir ce qu'elle attend vraiment d'une histoire après la fin de son mariage. Son ex-mari Bill reste dans les parages.
Il a refait sa vie avec Faye et pouponne à nouveau, mais certaines vieilles connexions ne s'effacent pas d'un trait de plume juste parce qu'un divorce a été prononcé. La comédie gagne en relief en montrant une héroïne qui progresse sans faire comme si le passé n'avait jamais existé. Visuellement et dans sa structure, la série ne cherche pas à casser les codes. Elle revendique son identité de sitcom classique : tournage multi-caméras, plateaux très éclairés, dialogues au tac au tac et réactions du public en fond. Ce cadre à l'ancienne colle parfaitement avec l'atmosphère recherchée. Les intrigues partent de petits problèmes du quotidien pour monter progressivement en pression avant de retomber sur une note plus intime.
Le risque de cette formule reste le sentiment d'un léger bégaiement par moments. On retrouve parfois des ficelles identiques concernant l'attitude de Leanne ou ses réactions face à ses proches. L'humour ancré dans le Sud des États-Unis fait partie du charme, mais la série a parfois tendance à tirer un peu trop sur les mêmes ficelles régionales. L'autre réserve concerne la façon de régler les conflits. Certains sujets plus profonds auraient gagné à laisser des traces plus durables sur les personnages. Le récit préfère souvent revenir rapidement au statu quo comique plutôt que de laisser des tensions s'installer durablement au sein de la famille. En se tenant à dix épisodes, cette saison 2 gagne en densité et évite de s'éparpiller.
Les trajectoires de chacun s'entremêlent sans qu'on ait le sentiment de voir des sous-intrigues meubler le temps inutilement. Le fil conducteur reste limpide : comment continuer à se construire quand sa propre famille sollicite votre attention en permanence ? À l'aube de la soixantaine, Leanne se retrouve propulsée dans une drôle de position. Elle décroche une réelle autonomie au moment exact où ses parents perdent une partie de la leur. Au milieu du jeu, elle tente de trouver un équilibre qui dépasse le simple statut d'ex-épouse, de fille ou de sœur. C'est assurément la partie la plus réussie de ce retour.
La série s'empare aussi d'un sujet peu traité sous l'angle de la comédie : recommencer sa vie à un âge où l'on sous-entend souvent que le plus gros du chemin est déjà derrière soi. Leanne refuse de se laisser enfermer. Elle veut continuer de sortir, de vibrer, de faire des choix forts et d'imaginer la suite de son histoire. Tout n'est pas d'une profondeur abyssale et certains dénouements tombent un peu trop facilement. On n'échappe pas non plus à quelques vannes téléphonées. Il n'en reste pas moins qu'on prend un vrai plaisir à partager le quotidien de cette tribu. Entre querelles absurdes, gaffes et moments de solidarité, la série déroule son programme sans prétention et offre un divertissement particulièrement attachant.
Note : 6/10. En bref, la saison 2 de Leanne s'impose comme une comédie familiale très agréable, portée par un casting qui maîtrise parfaitement sa partition. L'alchimie entre Leanne Morgan et Kristen Johnston reste le moteur principal, tandis que l'installation des parents apporte ce qu'il faut de sang neuf pour relancer les situations comiques.
Disponible sur Netflix
Netflix n’a pas encore renouvelé Leanne pour une saison 3 à l’heure où j’écris ces lignes.
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