17 Septembre 2026
Ted Lasso // Saison 4. Episode 6. Don't Jump Around Much Anymore.
Après un cinquième épisode qui laissait enfin un peu d’air à Alice, cet épisode 6 de la saison 4 de Ted Lasso prend un virage radical. Changement complet de ton, puisqu’on embarque en pleine nuit du Nouvel An, au milieu de soirées absurdes, de tenues de gala, d'un peu trop d’alcool et de retrouvailles chaleureuses. Mais derrière les verres qui se tintent et le chaos ambiant, la série choisit surtout de braquer ses projecteurs sur un personnage qu’on sentait un peu coincé sur place depuis le lancement de la saison : Ted lui-même. Et très franchement, c’est exactement là que l’épisode touche juste.
Pendant que la bande des Lady Greyhounds passe son réveillon à bord d’un yacht tape-à-l'œil réservé par Zelda, Ted préfère une soirée nettement plus posée au pub du coin avec Michelle et Henry. Le parallèle entre la démesure de la fête et la simplicité de ce moment en famille fait sourire, mais il montre surtout une vraie fracture d'ambiance. C’est le moment que choisissent Ted et Michelle pour poser les choses à plat à propos de leur rupture. Pas d'éclats de voix, pas d'effets de manche dramatiques, pas de règlements de comptes téléphonés. Juste deux personnes mûres qui prennent le temps de revenir sur ce qui a brisé leur histoire. Honnêtement, ça fait un bien fou.
Depuis qu’on le connaît, Ted se traîne une culpabilité colossale quant à l'échec de son mariage. Il a beau redoubler d’efforts pour donner le sourire à tout un club, motiver un vestiaire complet et sortir une métaphore improbable toutes les trois minutes, il redevient totalement désemparé quand il s'agit de ses propres sentiments. Cette discussion lui permet enfin de changer de regard sur toute cette période. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est que la scène évite le piège de la caricature. Michelle n’est pas peinte en ex-femme froide, tout comme Ted n'est pas présenté en victime sacrifielle. Leur rupture est plus complexe que ça. Michelle avoue d'ailleurs qu’elle a énormément souffert après leur séparation. Cette mise au point apporte enfin une vraie chair à leur passé commun.
Le symbole ultime vient conclure l'échange quand Michelle lui tend un nouveau panneau BELIEVE, accompagné d'une note rappelant qu'un divorce ne s'apparente pas automatiquement à un échec personnel. C’est simple, un brin appuyé sans doute, mais l’émotion fonctionne. Le véritable intérêt de cette séquence réside dans ce que Ted réalise sur son propre cheminement. Michelle l’incite ouvertement à tourner la page, à rencontrer d'autres personnes et à cesser d'articuler son présent autour d'un fantôme. Après plusieurs épisodes où il me semblait bien isolé, ce déclic tombe sous le sens. Le voilà enfin prêt à se projeter. Que ce soit avec la régisseuse croisée plus tôt ou une toute autre personne importe peu au fond.
L’élément capital, c’est que Ted recommence à regarder droit devant lui, sans ressentir ce besoin compulsif de réparer la vie des autres pour valider la sienne. Du côté des joueuses de Richmond, l'ambiance est tout autre. L'équipe passe la soirée dans une atmosphère pour le moins étrange organisée par Zelda. J'avoue avoir de plus en plus de mal à situer ce personnage. D'abord installée comme une alliée potentielle, elle prend peu à peu des allures de millionnaire excentrique capable de transformer un réveillon en une expérience surréaliste. La fête dérape rapidement entre navire de luxe, verres qui s'enchaînent, tenues excentriques et parterre d’invités fortunés. On a presque la sensation de basculer dans un autre show pendant dix minutes.
Le souci, c'est que Zelda bouffe un espace énorme à l'écran alors que ses véritables intentions demeurent floues. Heureusement, cette bacchanale sert au moins à nourrir l'arche narrative d'Alice. Suspendue suite aux récents événements, elle hésite longuement avant de venir. Elle doute de son look, de son attitude et surtout de l'image qu'elle renvoie au groupe. Cette vulnérabilité met en lumière une facette totalement différente de la coach rigide qu'on se tapait jusqu'ici. Son dialogue avec Gemma s'avère particulièrement pertinent. Alice réalise que l’équipe ne nourrit pas de haine à son égard, mais cherche simplement à percer la carapace d'une femme qui garde en permanence ses distances.
C'est typiquement le genre d'évolution qui me donne envie de voir la suite de son parcours. Malheureusement, tout n'est pas parfait, et on retombe dans les travers de la série avec le duo Roy et Keeley. Encore une fois. Roy entame sa soirée en compagnie de Jamie Tartt et Rebecca, avant de terminer aux urgences pour avoir voulu danser comme s'il avait encore ses deux genoux de vingt ans. Le retour de Jamie m'a arraché un vrai sourire, il faut bien l'avouer. Phil Dunster réinjecte instantanément cette dose d'arrogance comique, de confiance aveugle et de décalage qui caractérise si bien Jamie.
La dynamique entre Roy et lui reste super efficace, notamment lorsque Jamie reconnaît avec une belle franchise à quel point Roy lui manque depuis son installation à Barcelone. Mais le problème de fond réapparaît bien vite dès que Keeley entre dans l'équation. Elle apprend que Roy a refait sa vie avec le docteur Erin. Elle essaie de faire bonne figure, mais son attitude devient de plus en plus confuse. Et puis survient ce cliché absolu : Roy, complètement sonné par les calmants post-opération, murmure qu’il aime sa compagne avant de laisser échapper le prénom de Keeley. Le fameux coup du prénom murmuré à moitié conscient... C'est typiquement le genre de grosse ficelle scénaristique dont la série aurait pu se passer.
L'historique entre Roy et Keeley est suffisamment riche pour éviter ces raccourcis paresseux. Du côté de Beard, le constat n'est guère plus reluisant. Il passe une bonne partie de la nuit à échanger avec Claudine et prend leur belle complicité pour une ouverture romantique. Manque de pot, elle lui fait comprendre sans détour qu'il est bien trop vieux pour elle. Si la scène a le mérite de montrer un Beard classe qui encaisse le refus sans insister, tout ce pan d'intrigue autour de Jane commence sérieusement à piétiner. C’est vraiment dommage pour un personnage qui brillait autrefois par sa bizarrerie et son imprévisibilité. Le voir réduit à combler les trous du script reste assez frustrant.
Au final, cet épisode 6 s'avère extrêmement dense. Entre Zelda, Alice, Roy, Keeley, Jamie, Beard, Rebecca et Matthijs, la création cherche à avancer ses jetons sur tous les tableaux simultanément. Tout ne se vaut pas sur le plan de l'écriture. Pourtant, le segment dédié à Ted et Michelle offre exactement ce qui manquait à cette quatrième saison : une émotion pure, adulte et parfaitement alignée avec le chemin parcouru par le personnage. Ted n'a plus besoin de passer son temps à rafistoler le passé. Il doit simplement s'autoriser à vivre son présent. Rien que pour ce déclic capital, cet épisode vaut clairement le détour.
Note : 7/10. En bref, cet épisode 6 s'avère extrêmement dense. Entre Zelda, Alice, Roy, Keeley, Jamie, Beard, Rebecca et Matthijs, la création cherche à avancer ses jetons sur tous les tableaux simultanément. Tout ne se vaut pas sur le plan de l'écriture. Pourtant, le segment dédié à Ted et Michelle offre exactement ce qui manquait à cette quatrième saison.
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