Vil et misérable (DVD)

Vil et misérable (DVD)

Disponible en DVD depuis le 1er septembre chez l'éditeur Blaq Out, Vil et Misérable, premier long-métrage du réalisateur québécois Jean-François Leblanc, propose une comédie fantastique aussi cynique qu'attachante. Fidèle à son envie de dénicher des pépites du cinéma indépendant sous toutes ses formes, Blaq Out met à l'honneur ce projet décalé porté par un casting québécois survolté réunissant Fabien Cloutier, Pier-Luc Funk et Anne-Élisabeth Bossé.

 

Ca parle de quoi ?

Lucien est un diable morose descendu sur Terre il y a plus de 350 ans. Libraire passionné par son métier, il voit sa tranquillité perturbée par l'arrivée de Daniel, un collègue humain et enthousiaste. Contraints de faire équipe pour sauver leur librairie, ils se retrouvent malgré eux au cœur d’une mission improbable…

 

Vil et Misérable : une comédie québécoise décalée qui ne ressemble à aucune autre

Adapter une bande dessinée culte sur grand écran relève toujours du numéro d'équilibriste. Avec Vil et Misérable, le réalisateur Jean-François Leblanc choisit de prendre le genre de la comédie fantastique à contre-pied. Librement inspiré des albums de Samuel Cantin, le film entremêle humour absurde, registre surnaturel et satire sociale en s'articulant autour d'un protagoniste bien éloigné des figures démoniaques traditionnelles. Le résultat final s'avère parfois désorientant, franchement drôle par instants, mais accuse aussi quelques problèmes de tempo. Il n'en demeure pas moins que l'œuvre possède un univers affirmé et s'appuie sur une figure centrale qui finit par susciter une réelle empathie. 

 

Lucien Vil est un démon installé parmi les mortels depuis plus de trois siècles et demi. Désormais établi comme libraire passionné, il mène une routine paisible, très loin du folklore terrifiant qu'on associe habituellement aux créatures des ténèbres. Épuisé, isolé et profondément désabusé, il promène surtout une immense lassitude face aux petits travers de l'humanité. Cette prémisse constitue la principale qualité du récit. Lucien n'incarne pas une menace pour son entourage : il se positionne plutôt en observateur cynique qui contemple le monde avec une distance amusée. Son immortalité lui a offert le recul nécessaire pour voir défiler les époques et constater que les schémas humains évoluent très peu.

 

Son existence feutrée se retrouve toutefois chamboulée par l'arrivée de Daniel, un nouvel employé débordant d'enthousiasme. Alors que Lucien a tiré un trait sur ses semblables, Daniel apporte une fraîcheur et une naïveté déconcertantes. L'obligation de faire équipe pour sauver leur commerce force ce duo mal assorti à cohabiter, générant la majeure partie des situations comiques du métrage. L'association repose sur les rouages classiques du buddy movie, mais le film les détourne habilement grâce à sa touche fantastique et son ton décalé. Sous ses airs de farce loufoque, la narration traite de sujets éminemment universels : l'enfermement dans les habitudes, la solitude contemporaine, la difficulté de créer du lien et cette fâcheuse tendance à vivre en pilote automatique.

 

Le prisme du fantastique offre précisément un cadre idéal pour passer nos travers au crible. Le monde dépeint par le cinéaste colle de très près à notre réalité tout en insufflant un léger décalage surréaliste, suffisant pour transformer des scènes ordinaires en moments burlesques. L'humour cherche rarement le gag frontal ou la vanne facile. La mise en scène préfère installer un climat d'étrangeté, voire un malaise palpable, avant de laisser l'absurdité de la situation exploser. Si cette approche s'avère particulièrement payante quand elle fait mouche, elle exige en contrepartie une certaine patience de la part du spectateur. L'impact du film repose en grande partie sur l'interprétation de Fabien Cloutier. 

 

Le comédien prête sa carrure et son phrasé à ce démon blasé sans jamais tomber dans la surenchère ou la caricature. Il y a une vraie ironie à observer ce personnage d'extraction infernale devenir progressivement l'élément le plus humain et touchant de l'histoire. Sa fatigue existentielle, son détachement et sa misanthropie de façade le rendent étrangement attachant. Face à lui, Pier-Luc Funk apporte une belle énergie en contrepoint dans le rôle de Daniel. L'alchimie entre le tandem insuffle au récit un élan précieux pour traverser ses baisses de régime. L'ancrage québécois de la distribution renforce la singularité du projet. 

 

Les présences d'Anne-Élisabeth Bossé et de Chantal Fontaine viennent enrichir cette galerie de figures locales dans un univers qui assume pleinement ses accents et ses référents culturels. L'aspect le plus stimulant de Vil et Misérable réside dans son traitement du temps. Pour Lucien, la longévité éternelle a cessé d'être un don pour devenir une forme de punition feutrée. Le scénario s'amuse d'ailleurs à faire écho aux récits de boucle temporelle à la Un jour sans fin, transposant cette idée de répétition à l'échelle de l'immortalité plutôt qu'à celle d'une simple journée. Pour un être immortel, la véritable épreuve ne consiste pas à traverser les âges, mais à regarder les mortels passer et disparaître inexorablement.

 

Cette perspective confère une teinte douce-amère au personnage. Derrière le cynisme et les situations cocasses, le libraire apparaît surtout comme un être en quête d'une raison de se soucier à nouveau du monde qui l'entoure. C'est sur le terrain de la structure que le long-métrage accuse le coup. Affichent 1h54 au compteur, le récit s'essouffle par moments et peine à tenir son rythme de croisière. Plusieurs intrigues secondaires auraient gagné à être resserrées, tandis que certaines séquences étirent inutilement la narration. Si le côté foutraque et débraillé fait partie du charme de l'entreprise, la simple accumulation de péripéties bizarres ne suffit pas toujours à maintenir une attention constante. L'écriture manque parfois de fluidité et tend à s'éparpiller en cours de route.

 

Vil et Misérable s'impose comme une comédie fantastique hors des sentiers battus. Son sens du décalage, son ancrage québécois assumé et la figure originale de son démon bouquiniste lui confèrent un cachet indéniable. Malgré des imperfections structurelles et des longueurs évidentes, il est difficile de ne pas tomber sous le charme de cette proposition singulière qui utilise le fantastique pour parler du spleen et des relations humaines. Porté par un Fabien Cloutier impeccable, le film de Jean-François Leblanc mérite qu'on s'y arrête pour peu qu'on apprécie les œuvres décalées et curieuses.

 

Et le DVD ?

Édité par Blaq Out, le DVD de Vil et Misérable bénéficie d'un traitement technique irréprochable qui rend justice à l'esthétique soignée et à l'ambiance singulière de cette comédie québécoise. L'éditeur confirme une fois de plus son attention aux détails pour offrir une galette physique équilibrée et riche en contenus. Sur le plan visuel, le transfert proposé au format 16/9 offre une image propre, lumineuse et bien contrastée. La compression vidéo, parfaitement maîtrisée, prend soin de restituer la palette de couleurs chaleureuses de la librairie, le grain naturel de la photographie ainsi que les détails dans les décors nocturnes. 

 

L'image conserve une très belle précision, qu'il s'agisse des expressions impassibles de Fabien Cloutier ou des éléments fantastiques qui parsèment le récit. Côté audio, l'édition met à disposition une piste en Dolby Digital 5.1 (doublée d'une piste Stéréo dynamique) qui diffuse un mixage enveloppant. Les dialogues, servis par le phrasé québécois savoureux des comédiens, restent parfaitement intelligibles et détachés du reste de la bande-son. Pour ceux qui auraient besoin d'un coup de pouce avec les expressions locales, la présence de sous-titres en français s'avère particulièrement bienvenue. 

 

La vraie force de cette édition réside dans sa section bonus, particulièrement généreuse pour une sortie DVD standard : Le commentaire audio du réalisateur Jean-François Leblanc est un exercice captivant où le cinéaste revient sur les coulisses du tournage, l'adaptation de la bande dessinée de Samuel Cantin et les choix de mise en scène. La sélection de courts-métrages de Jean-François Leblanc est un ajout idéal pour découvrir le travail antérieur du réalisateur et prolonger l'immersion dans son univers visuel et comique. En bref, Blaq Out délivre un DVD très réussi. Entre une facture technique sans reproche et des compléments vidéo apportant une réelle valeur ajoutée, cette édition constitue le support parfait pour découvrir ou revoir cette pépite décalée dans les meilleures conditions.

 

Caractéristiques techniques 

Éditeur : Blaq Out - Édition : Standard - Durée : 114 minutes (1 h 54)
Format d'image : 16/9 — PAL — Couleur - Langues : Français canadien (Dolby Digital 5.1 / Stéréo) - Sous-titres : Français
Contenu : Le DVD du film - Bonus : Commentaire audio du cinéaste Jean-François Leblanc, courts-métrages de Jean-François Leblanc

Disponible le 1er septembre 2026 en DVD au prix public conseillé de 19,99€

 

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