9 Octobre 2026
Diffusion en direct de l’enfer // De David Janoff. Avec Kevin Hart, Kai Cenat et Drew 'Druski' Desbordes.
Quand j’ai vu débarquer Diffusion en direct de l’enfer, le pitch avait une petite gueule. Mélanger de la frousse, du second degré et la culture du streaming sauvage, c’était franchement pas idiot. Sur papier, le cocktail a tout pour plaire : des personnalités habituées aux caméras, une situation qui dérape en direct et une audience voyeuriste qui en redemande. Sauf qu'entre une idée sympa au bar du coin et un vrai film de cinéma, il y a un gouffre. Et là, l'équipe a sauté dedans sans parachute. Le postulat reste simpliste au possible. Prenez des stars d'Internet, balancez-les dans un guêpier et regardez-les perdre les pédales sous l'œil des caméras.
Lors d'un direct historique dans un manoir, l'émission de Kevin Hart vire au cauchemar. Les blagues font place à la panique quand de vrais cadavres apparaissent. Sous l'œil des caméras, ils doivent cacher les corps et survivre au tueur..
La vraie question posée aurait dû être savoureuse : que fait un type accro aux likes quand la réalité menace de le découper en morceaux ? Malheureusement, l’exécution gâche absolument tout. Un vrai live Twitch ou YouTube marche parce que c'est du brut. On aime le malaise, le bug, l'imprévu qui surgit du néant. Ici, tout est écrit, calculé, prévisible. On essaie de nous faire croire à de la spontanéité, mais on sent le texte récité à des kilomètres. Résultat des courses, on se retrouve coincé devant une imitation médiocre d'un mauvais live, le charme de l'accident en moins. Côté genre, on nous vendait une comédie d’horreur. Pour ce qui est de l’horreur, repassez plus tard.
L'ambiance est aussi flippante qu'un épisode de Scooby-Doo un dimanche après-midi. Pas l'ombre d'une tension, aucun sentiment de danger, zéro trouille. Les rares tentatives de faire sursauter font pshit. Et la partie comédie alors ? C’est le désert absolu. L’humour se résume à une accumulation d’hystérie. Ça hurle, ça gesticule, ça brasse de l'air pour meubler le vide. Les mecs confondent avoir du rythme et faire du potin. Au bout de vingt minutes à voir des types s'égosiller pour un rien, la seule chose qu'on envie, c'est le bouton muet. Au milieu de cette foire, Kevin Hart tente de sauver les meubles. L’acteur a du métier, ça se voit, et il réussit par moments à arracher un sourire sur un malentendu.
Mais face au néant du script, même lui pédale dans la semoule. À ses côtés, l’apparition de Druski et Kai Cenat relève du pur coup marketing. Balancer des pointures d'Internet à l'écran, c'est bien gentil pour le buzz, mais jouer dans un film, c’est un autre métier. Pour les fans endurcis qui captent leurs délires en interne, il y a peut-être deux ou trois clins d’œil digestes. Mais pour quiconque cherche une vraie fiction, c'est pénible. On a la désagréable impression de jouer les tenanciers de chandelle devant un délire entre potes qui s’éternise. Un film n’a pas à s’appuyer uniquement sur la notoriété de ses têtes d’affiche ; il doit raconter un truc et construire des personnages. Ici, il n'y a personne au bout du fil.
Le format pose d'ailleurs un problème majeur de construction. Vouloir garder la lenteur et les hésitations du direct est un piège mortel. Dans la vraie vie, un blanc dans un live s'oublie parce qu'on attend la réaction du chat. Dans une fiction commerciale montée en studio, ces lenteurs deviennent juste du vide abyssal. L'histoire fait du surplace, le tempo s'effondre et le temps semble s'arrêter. Le pire dans cette histoire, c'est le gâchis. Il y avait un vrai boulevard pour défoncer notre dérive numérique. Parler de cette folie des vues, de ces influenceurs prêts à crever l'écran (littéralement) pour gratter du temps de cerveau disponible, c'était un sujet en or. Imaginez un mec qui refuse de lâcher son téléphone alors qu'un tueur lui colle aux fesses, ou des spectateurs qui réclament du sang dans le chat en pensant à un coup de pub...
C'était mordant, c'était d'actualité. Mais le réalisateur préfère rester à la surface, se contentant de grimaces et de vannes usées jusqu'à la corde. Même la fin ne rattrape pas le désastre. Le dernier acte essaie d'abattre ses cartes en révélant le fin mot de l'histoire, mais la mayonnaise est déjà retombée depuis bien longtemps. Le retournement de situation final fait doucement souffler du nez, mais il arrive bien trop tard. Quant à la séquence post-générique, elle alourdit un ensemble déjà particulièrement indigeste. C'est quand même un comble : réussir à faire paraître un film d'une heure et quart aussi long qu'un opéra de trois heures, c'est un concept en soi.
Note : 0.5/10. En bref, Diffusion en direct de l’enfer est un cas d’école de l'idée gâchée par la paresse. L’envie de croiser le fer entre ciné et nouveaux médias était louable, mais le produit fini est un calvaire à visionner. Ni effrayant, ni drôle, le métrage s'épuise dans son propre bruit et prouve qu'accumuler des millions d'abonnés ne suffit pas pour fabriquer du cinéma. Si vous cherchez un bon moment d'épouvante ou une vraie rigolade, passez votre chemin : ce live-là méritait juste de finir dans la corbeille.
Sorti le 30 septembre 2026 directement sur Amazon Prime Video
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