19 Octobre 2026
A la recherche d’Emily // De Alicia MacDonald. Avec Angourie Rice, Spike Fearn et Yali Topol Margalith.
Trouver l’amour au détour d'une soirée un peu arrosée, c'est le grand classique de la comédie romantique. Mais quand Alicia MacDonald s'empare du sujet avec À la recherche d’Emily, elle essaie d'y injecter un truc en plus : un zeste de cynisme moderne et une bonne dose d'obsession post-adolescente. Porté par Spike Fearn et Angourie Rice, ce film britannique jongle entre l'espoir naïf du coup de foudre et le constat froid que les sentiments ne se commandent pas. Résultat ? Une œuvre qui a franchement de super intentions, mais qui peine parfois à trouver son vrai rythme. Tout commence par une bourde classique.
Après avoir obtenu un mauvais numéro de téléphone de la fille de ses rêves, un musicien fait équipe avec une étudiante en psychologie pour la retrouver.
Owen, 23 ans, ingénieur du son paumé à Manchester, croise une fille prénommée Emily lors d'une fête d'étudiants. Le feeling passe direct, mais au moment de choper son numéro, il y a un bug : un chiffre manque, ou la fille s'est trompée. Bref, impossible de la rappeler. Pour n'importe qui, l'histoire s'arrêterait là. Mais pas pour Owen. Convaincu qu'il vient de rater la femme de sa vie, il décide de retrouver sa trace, quitte à rameuter tout le campus et à faire de son histoire un feuilleton public sur les réseaux. C'est là qu'il croise la route d'une autre Emily. Incarnée par Angourie Rice, cette étudiante américaine en psychologie est tout l'opposé d'Owen.
Pour elle, le grand amour romantique n'est rien d'autre qu'une réaction chimique éphémère, une forme de névrose passagère dont l'humanité pourrait très bien se passer. Quand elle propose d'aider Owen dans sa quête, ce n'est pas par pure gentillesse : elle tient là le cobaye parfait pour valider sa thèse et décrocher une bourse d'études. Ce duo dépareillé sert de carburant à l'histoire. D'un côté, on a un idéaliste romantique prêt à tout repenser pour une inconnue ; de l'autre, une intellectuelle blindée de certitudes qui étudie les sentiments au microscope. Ce choc des visions donne une approche un peu plus intelligente que d'habitude aux relations amoureuses, sans pour autant balayer les codes de la rom-com.
Côté casting, Spike Fearn tire clairement son épingle du jeu dans le rôle d'Owen. Il apporte un côté maladroit, sincère et attachant qui fonctionne immédiatement. Owen n'est pas juste un mec amoureux : c'est un poète un peu perdu qui projette tous ses fantasmes sur une fille dont il ne sait quasiment rien. C'est un travers super parlant à notre époque : on tombe souvent amoureux de l'image qu'on se fait de quelqu'un plutôt que de la personne réelle. En face, le personnage joué par Angourie Rice s'avère plus difficile à aimer. Sous son ton froid et scientifique, elle cache des fêlures bien ancrées, notamment des soucis familiaux et une relation ambiguë avec un autre élève.
Sa posture anti-amour ressemble plus à un bouclier affectif qu'à une conviction solide. Si l'écriture de son rôle est intéressante, ses petites manipulations pour utiliser Owen agacent un peu à la longue, d'autant que le scénario lui passe pas mal de choses sous le silence. De plus, il faut bien l'avouer : le courant ne passe pas toujours entre les deux comédiens. Spike Fearn donne tout ce qu'il a pour animer les scènes, mais la complicité avec Angourie Rice manque cruellement de punch. Dans un film où la relation centrale est censée porter tout l'édifice, ce manque d'alchimie se fait vite sentir. Heureusement, le cadre vient redonner des couleurs à l'ensemble. Manchester n'est pas juste un décor posé là par hasard.
La réalisatrice prend le temps d'immortaliser l'atmosphère de la ville, avec son architecture, son énergie musicale et son ambiance étudiante très forte. Cela donne au récit un vrai ancrage, loin de ces comédies génériques tournées dans des lieux anonymes. L'angle des réseaux sociaux apporte aussi quelques moments franchement drôles. En bombardant de messages toutes les Emily de la fac, Owen crée un buzz imprévu. Un simple mail mal envoyé se transforme en mème universitaire et le propulse au rang de célébrité locale. Le film s'amuse gentiment de cette dérive, où une preuve d'amour maladroite devient publique et commentée par des centaines de personnes.
Ça pose au passage une question assez fine : à quel moment la persévérance amoureuse vire-t-elle à l'obsession dérangeante ? C'est dommage que le scénario n'ose pas creuser cette zone d'ombre jusqu'au bout et préfère rapidement revenir vers des pistes beaucoup plus balisées. Car sur le fond, le film ne révolutionne pas le genre. On se doute très vite de la manière dont les choses vont tourner. La recherche de l'inconnue du début devient peu à peu un prétexte pour obliger Owen et Emily à faire le point sur ce qu'ils attendent vraiment de la vie. Quand la caméra se contente de capter la vie de campus et les interactions quotidiennes, le charme opère plutôt bien. En revanche, le rythme faiblit au milieu du récit et certaines scènes s'étirent sans grande utilité.
On regrette aussi que les rôles secondaires, pourtant très réussis et souvent plus marrants que le duo principal, n'aient pas droit à un peu plus de temps d'écran. En fin de compte, À la recherche d’Emily reste un divertissement plutôt agréable à regarder. La proposition de départ est maligne, les décors sont soignés et la prestation de Spike Fearn vaut le détour. Mais les incohérences de comportement du personnage d'Emily et ce petit manque de magie entre les deux acteurs principaux font qu'on ne décolle jamais complètement. C'est une comédie romantique moderne, sympa pour un soir, qui soulève de bonnes questions sur l'amour à l'ère des réseaux sans toujours réussir à y répondre avec la profondeur qu'on espérait.
Note : 5.5/10. En bref, À la recherche d’Emily reste un divertissement plutôt agréable à regarder. La proposition de départ est maligne, les décors sont soignés et la prestation de Spike Fearn vaut le détour. Mais les incohérences de comportement du personnage d'Emily et ce petit manque de magie entre les deux acteurs principaux font qu'on ne décolle jamais complètement.
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