13 Mai 2025
MobLand // Saison 1. Episode 7. The Crossroads.
Suivre une série comme MobLand demande parfois plus de patience que d’enthousiasme. Après un début qui parvenait à capturer une certaine tension malgré sa complexité excessive, l’ensemble s’est rapidement dilué dans une narration qui donne l’impression de naviguer sans cap. L’épisode 7, sobrement intitulé « The Crossroads », marque un tournant, mais pas forcément dans le sens attendu. Il redonne un peu de souffle, mais continue de s’empêtrer dans des erreurs de construction qui affaiblissent tout espoir d’atterrissage réussi en fin de saison. Il faut le dire : cet épisode offre quelques séquences qui rappellent pourquoi cette série a pu séduire au départ.
Un retour à une forme d’intensité brute, parfois absurde, qui avait dynamisé les premières scènes de la saison. Malheureusement, ce regain est entravé par un manque de clarté dans la structure narrative, et par une incapacité chronique à faire vivre ses intrigues sur la durée. La série persiste dans un découpage en saynètes trop courtes, trop dispersées, qui empêchent de s’attacher durablement à ce qui se joue à l’écran. Certains fils rouges sont à peine effleurés, d’autres surgissent sans véritable introduction, comme si l’écriture se déroulait au fil de l’improvisation. Depuis le pilote, MobLand peine à se concentrer sur une ligne narrative solide. Cet épisode ne fait pas exception.
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Plusieurs intrigues se croisent sans jamais réellement se répondre. Le passé carcéral de Kevin, la taupe au sein de la famille, les affaires obscures de Bella et Antoine, ou encore les manigances de Maeve : tout est mentionné, mais rarement développé. Chaque scène semble interrompue avant d’avoir eu le temps d’installer la moindre tension dramatique. Cette façon de fonctionner nuit à la progression émotionnelle. Comment mesurer l’évolution d’une relation ou l’intensité d’un conflit quand chaque interaction est écourtée, puis immédiatement noyée dans une autre, sans lien apparent ?
C’est le cas notamment pour la relation entre Eddie et Gina, qui pourrait devenir un point d’ancrage plus humain dans cet univers saturé de violence, mais qui reste bloquée à l’étape du flirt prévisible. L’un des problèmes majeurs réside dans la volonté manifeste de raconter plusieurs histoires à la fois, sans jamais vraiment choisir laquelle mérite d’être approfondie. Cela donne lieu à une alternance permanente entre les lieux, les personnages, et les enjeux, avec un montage qui empêche toute immersion durable. En théorie, cet éclatement pourrait produire un effet de tension, mais ici, il génère surtout de la confusion.
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La scène du pub entre Jan et Alice illustre bien cette dérive. Censée être tendue, elle perd tout impact du fait de son interruption permanente. On sent l’intention de créer un suspense basé sur la double loyauté, la manipulation, l’espionnage, mais l’ensemble manque de densité. Tout comme les scènes au manoir, où chacun semble jouer sa partition dans le vide, sans que les dialogues ne fassent réellement progresser l’intrigue. Ce n’est que dans les dix dernières minutes de l’épisode que MobLand parvient à se recentrer. Seraphina et Brendan, toujours captifs, deviennent enfin le point focal d’une séquence plus posée.
Le temps est donné à la tension de s’installer, même si elle repose sur des éléments narratifs tirés par les cheveux. L’apparition soudaine de Jaime Lopez, héritier d’une vieille rancune contre Conrad, tente d’apporter une cohérence rétroactive à cette séquestration. Ce recours à des personnages encore inconnus à ce stade de la saison interroge : pourquoi attendre aussi tard pour poser des figures aussi centrales ? Cela donne l’impression d’un univers narratif constamment réécrit, comme si chaque épisode redistribuait les cartes.
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C’est frustrant, car même les rares moments de tension (la scène de la scie mécanique, le compte à rebours implicite) sont affaiblis par un manque d’investissement émotionnel de la part du spectateur. L’intervention de Kat, figure mystérieuse dotée d’un jet privé et d’une autorité implicite sur les cartels, illustre à elle seule la facilité avec laquelle la série règle ses conflits. Il suffit d’un appel téléphonique pour désamorcer une exécution. L’idée aurait pu fonctionner si cette figure avait été introduite plus tôt, ou si son rôle avait été mieux préparé. Ici, elle surgit comme une carte magique sortie du chapeau.
Ce genre de raccourci narratif est symptomatique de l’écriture de MobLand. Les personnages sont souvent des fonctions plus que des individus. Ils apparaissent pour débloquer une situation, puis disparaissent ou changent brutalement de comportement. Le récit semble avancer non pas en raison des choix faits par les protagonistes, mais par commodité scénaristique. Ce qui aurait pu constituer le cœur émotionnel de la série — la suspicion et la trahison au sein de la famille Harrigan — est trop souvent traité en surface. La relation entre Maeve et Conrad, qui pourrait explorer une dynamique de couple déchiré entre loyauté et pouvoir, reste cantonnée à des scènes convenues.
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Les larmes de façade de Maeve, sa duplicité, tout cela est montré, mais jamais interrogé avec la profondeur nécessaire. Idem pour Kevin, dont les souvenirs traumatiques sont évoqués mais jamais explorés. Ce manque de développement nuit à l’impact des révélations. Lorsque Conrad soupçonne Jan d’être la taupe, la scène aurait pu faire basculer leur monde, mais elle ne provoque finalement qu’un soupir de plus. Ce n’est pas l’accumulation des secrets qui crée le suspense, c’est la manière dont ils sont amenés à éclater. Ici, l’explosion est constamment différée.
Harry reste l’un des personnages les plus actifs de la série, et sans doute celui qui concentre le plus d’action physique. Mais là encore, l’efficacité de ses interventions ne compense pas l’absence de trajectoire personnelle claire. Le personnage agit, tue, négocie, sauve, mais sans que ses actes ne soient vraiment mis en relation avec ses dilemmes ou ses motivations profondes. Ce manque de fond rend difficile l’identification. Le spectateur assiste à une performance, pas à une transformation. Même l’appel désespéré à Kat, censé marquer un point de bascule dans ses alliances, reste superficiel.
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Il n’y a pas de prix à payer, pas de tension éthique, juste une dette à venir, mentionnée du bout des lèvres. Avec un seul épisode restant, la série semble avoir encore trop de chantiers ouverts pour espérer une résolution satisfaisante. Les ramifications entre les factions criminelles, les rancunes anciennes, les trahisons internes, les relations amoureuses naissantes : tout cela mérite du temps, que la série ne semble pas prête à accorder. Surtout, l’accumulation de nouveaux éléments, comme les cartels mexicains ou les figures mystérieuses à influence quasi divine, donne le sentiment d’un récit qui cherche à surprendre plutôt qu’à construire.
Cela rend le suivi difficile, même pour les spectateurs investis. L’épisode 7 de MobLand reflète assez fidèlement les qualités et les défauts de la série. Une ambition manifeste, une envie de proposer un univers dense, mais une exécution trop souvent brouillonne. L’énergie est là, parfois même la tension, mais elle se dilue dans un traitement trop fragmenté. Les personnages ne respirent pas, les intrigues ne s’épanouissent pas, et les rebondissements tombent à plat faute de construction en amont.
Reste une question : que peut encore offrir MobLand pour son final ? Il est permis d’espérer un sursaut, mais pas certain que cela suffise à faire oublier une saison marquée par le déséquilibre. Pour l’instant, l’impression générale reste celle d’une série en quête de son propre centre de gravité.
Note : 5/10. En bref, un sursaut tardif et une fin d’épisode violente. Cet épisode reflète assez fidèlement les qualités et les défauts de la série.
Disponible sur Paramount+
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