Critiques Séries : MobLand. Saison 1. Episode 8.

Critiques Séries : MobLand. Saison 1. Episode 8.

MobLand // Saison 1. Episode 8. Heller Skelter. 

 

À deux épisodes de la fin, MobLand ne semble toujours pas vouloir choisir entre ses promesses initiales et la direction narrative qu’elle emprunte aujourd’hui. L’épisode 8, « Helter Skelter », en est un reflet assez clair. Non pas par sa densité dramatique, ni par une montée en tension inédite, mais plutôt par sa manière de recentrer l’intrigue sans pour autant lui donner la clarté qu’on aurait pu espérer à ce stade. Cet épisode, tout en donnant enfin un peu plus de place à certains personnages jusqu’ici laissés dans l’ombre, continue d’éluder plusieurs des questions posées dès le début de la série. En cela, « Helter Skelter » ressemble davantage à un épisode de transition qu’à un tournant. 

 

Et pourtant, quelques éléments méritent qu’on s’y attarde. Ce qui frappe dès les premières minutes de l’épisode, c’est le retour à une forme de statisme scénaristique. Les personnages parlent. Beaucoup. Dans des voitures, dans des salons, dans des commissariats. Ce n’est pas la parole en elle-même qui est en cause, mais son usage. Dans MobLand, la parole semble trop souvent n’être qu’un moyen de rappeler ce que l’on sait déjà, ou de souligner des tensions que l’on aurait préféré voir évoluer autrement que par des métaphores interchangeables.

L’écriture tend à homogénéiser les voix. Qu’il s’agisse de Conrad, de Maeve, ou d’un second couteau du clan Harrigan, tout le monde parle sur le même ton, avec le même mélange de menace voilée, de fausse sagesse et d’ironie appuyée. Ce procédé, utilisé ponctuellement, aurait pu renforcer certains dialogues. Répété d’un épisode à l’autre, il a pour effet de diluer l’identité des personnages. L’épisode offre malgré tout deux révélations majeures : Eddie est le frère de Kevin, et l’enquête sur les Harrigan change de mains. Mais ni l’un ni l’autre de ces éléments ne provoque de véritable onde de choc. Le lien familial entre Eddie et Kevin aurait sans doute eu plus d’impact s’il avait été mieux préparé. 

 

À ce stade, cette révélation soulève plus de questions qu’elle ne fournit de réponses utiles. Quant à l’arrivée du nouvel inspecteur Tattersall, incarné par Toby Jones, elle intervient à un moment où la présence policière n’a plus vraiment de poids dans l’intrigue. Les précédents enquêteurs étaient déjà largement inefficaces, et leur disparition ne change pas grand-chose à la dynamique du récit. Le choix d’introduire un personnage aussi charismatique si tard dans la saison est difficile à comprendre, sauf à considérer qu’il pourrait jouer un rôle clé dans un éventuel retournement de situation.

L’un des aspects les plus notables de cet épisode, c’est le regain de présence de Harry (Tom Hardy). Jusque-là, malgré sa place centrale sur les affiches et dans les communications autour de la série, Hardy avait été cantonné à un rôle d’exécutant, toujours à mi-chemin entre le loyal soldat et le chien en laisse. Dans « Helter Skelter », Harry semble enfin prendre conscience de sa propre position au sein de l’organisation familiale. Sa volonté de s’affranchir des Harrigan est affirmée, et cela change la dynamique autour de lui. Il ne se contente plus de suivre les ordres ou de régler les affaires courantes. Il tente de reprendre le contrôle de son destin.

 

La scène dans laquelle il confronte un membre du gang de Richie est révélatrice. Sa réaction violente – un jet de corps du haut d’un parking – n’est pas simplement un accès de rage, mais un symptôme de sa tension interne : entre loyauté, frustration et désir de rupture. Parmi les personnages les plus ambigus depuis le début de la série, Maeve continue de jouer un jeu dangereux. Son attitude envers Eddie reste difficile à cerner. Si elle lui montre une forme d’affection maternelle, elle n’hésite pas à rappeler que Seraphina n’est qu’une connasse. Un propos qui contraste fortement avec son attachement affiché pour la famille et ses valeurs.

Le personnage de Maeve semble osciller entre deux pôles : celui de la matriarche protectrice et celui de la stratège froide. Cette dualité pourrait enrichir le personnage si elle était mieux exploitée. Pour l’instant, elle contribue surtout à entretenir une forme de flou. On devine que ses manœuvres auront un prix, mais la série semble hésiter à nous montrer ce que ce prix pourrait être. L’impression persistante, à l’issue de cet épisode, est celle d’un récit qui s’est égaré en chemin. Plusieurs arcs lancés dans les premiers épisodes n’ont pas connu de véritable développement. D’autres, à peine amorcés, sont déjà refermés ou oubliés. 

 

L’apparition de nouveaux personnages, parfois introduits comme s’ils faisaient déjà partie du paysage, brouille encore un peu plus la lecture de l’ensemble. Un exemple frappant : Kat McAllister. Sa simple évocation par Conrad laisse entendre qu’il s’agit d’une figure influente, à appeler avec prudence. Mais Harry la contacte à deux reprises avec une facilité déconcertante. L’enjeu supposé de ce lien s’en trouve considérablement amoindri. La série joue trop souvent avec des noms et des allusions sans en donner la substance. 

Dès le premier épisode, MobLand semblait vouloir s’inscrire dans une tradition du drame criminel familial, avec en toile de fond les tensions générationnelles, les trahisons internes, et la difficulté de maintenir un empire dans un monde en mutation. Mais en chemin, l’équilibre entre ces différentes composantes s’est désagrégé. Le récit peine à identifier ce qui constitue réellement son cœur. Est-ce la rivalité entre Conrad et Harry ? Le rôle de Maeve ? La destinée de Seraphina ? Le trafic de fentanyl ? À force de vouloir tout explorer, la série n’approfondit rien. Certains épisodes précédents avaient déjà laissé entrevoir cette dispersion, notamment ceux centrés sur des flashbacks ou sur des intrigues secondaires sans résonance directe avec l’axe principal. 

 

L’épisode 8 ne corrige pas ce défaut. Il semble même le prolonger. La prestation de Tom Hardy, dans cet épisode, apporte néanmoins une densité qui manquait jusque-là. Son personnage est moins figé, plus vulnérable aussi. Il semble enfin échapper au carcan du "gros bras" pour laisser entrevoir une complexité que l’on espérait dès le début de la saison. Mais cette mise en lumière arrive peut-être trop tard. À deux épisodes de la fin, il est difficile de savoir si cette évolution sera réellement menée à son terme. Les hésitations de l’écriture ne permettent pas d’être pleinement confiant quant à la direction finale que prendra la série.

Le potentiel dramatique est pourtant là. Les ingrédients sont présents : des conflits de loyauté, des relations ambivalentes, une structure familiale prête à exploser, un trafic prêt à franchir un nouveau cap. Mais l’exécution reste timide. La tension existe, par moments. Elle affleure dans les silences, dans certaines confrontations, dans la manière dont certains regards s’évitent. Mais elle n’est que rarement poussée jusqu’à son point de rupture. Le récit avance à pas feutrés, là où il aurait gagné à prendre plus de risques. « Helter Skelter » n’est pas un mauvais épisode. Il contient des moments intéressants, pose des jalons qui pourraient déboucher sur une fin plus dense. Mais il incarne surtout les limites structurelles de MobLand.

 

À force de vouloir bâtir une mythologie complexe autour des Harrigan, la série a parfois oublié l’importance de faire vivre ses personnages au-delà de leurs archétypes. Le retour de certains visages familiers n’apporte pas la résonance émotionnelle attendue, et les nouveaux venus n’ont pas encore de rôle suffisamment défini pour que leur présence fasse sens. Il reste deux épisodes pour redonner une direction claire à l’ensemble. Cela passe peut-être par un recentrage sur Harry, qui semble désormais prêt à franchir une ligne. Cela pourrait aussi impliquer de laisser tomber certains artifices pour revenir à une narration plus directe.

 

L’envie de suivre jusqu’au bout est toujours là, mais ce ne sera pas par fidélité à une intrigue solide. Plutôt par curiosité, voire par espoir que MobLand sache, in extremis, rappeler pourquoi elle semblait prometteuse à ses débuts.

 

Note : 6/10. En bref, la série reste trop bavarde à mon goût. Tom Hardy sauve une bonne partie de l’épisode et l’arrivée de Toby Jones apporte un peu de sang neuf mais j’ai tendance à penser que MobLand se repose un peu trop sur son casting impeccable. 

Disponible sur Paramount+

 

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